dimanche 16 septembre 2007

IMMIGRATION • Le test de la honte

Une nouvelle gifle française

Ce qui s'est passé à l'Assemblée nationale en France avant-hier, mercredi 12 septembre va certainement faire grand bruit et créer, pour l'histoire, un fâcheux précédent.

En effet, dans le cadre de la lutte engagée désormais de manière permanente par le gouvernement français contre l'immigration clandestine à travers toutes ses variantes, un député du parti majoritaire, l'UMP, a fait adopter par la commission des lois de l'Assemblée nationale un amendement autorisant " le recours aux tests ADN pour authentifier les filiations lors de la délivrance des visas de plus de trois mois. "

En d'autres termes, dans les demandes de visas pour les regroupements familiaux dont les conditions avaient déjà fait l'objet de nombreuses restrictions, il ne suffira plus pour le demandeur qui respecte les conditions de séjour et de confort des revenus de présenter des documents officiels établissant sa filiation avec les membres qu'il souhaite regrouper autour de lui. Il faudra qu'en plus, il passe par l'utilisation des tests génétiques pour prouver qu'il s'agit bien de membres de la famille, et qu'ils sont bien unis par le sang.

A l'origine de ce nouvel artifice juridique, une étude publiée en juin dernier par un autre député de la droite française, et qui met ouvertement en cause l'authenticité de certains actes officiels d'état civil fournis par les familles venant de pays africains, les plus cités étant le Sénégal, la Côte d'Ivoire, les deux Congo, le Togo, Madagascar ou les Comores... Désormais donc, la simple présentation de ces documents, fussent-ils officiels, ne suffira plus.

Le gouvernement français de droite, qui a décidé de rattraper l'électorat du Front national de Jean Marie Le Pen, ne recule donc plus devant rien pour faire reculer les chiffres de l'immigration, allant même jusqu'à inciter les préfets à traquer dans les rues de France tous les " étrangers " aux allures douteuses (en réalité les Africains, encore), pour augmenter le nombre de refoulés et atteindre rapidement la barre des 25.000 annoncée comme objectif pendant la campagne électorale d'avril dernier.

On ne peut pas nier, même en regardant ce qui se passe au Cameroun dans la plupart des demandes de visas (courts ou longs séjours), que certains des documents présentés soient souvent " fabriqués " dans des " officines " qui se sont spécialisées dans la production de " papiers clés en main " et qui se remplissent les poches devant le désir irréfragable de beaucoup de jeunes d'aller tenter l'aventure en Europe.

Mais, comme s'insurgent le Cran (Conseil Représentatif des Associations Noires, fondé le 26 novembre 2005, et qui rassemble aujourd'hui, plus de 120 associations, petites et grandes) et quelques membres de l'opposition française, la lutte contre l'immigration clandestine peut-elle justifier l'utilisation de moyens contraires à l'éthique et à la morale ?

Ce qu'on rappelle volontiers en effet, c'est que les tests génétiques de filiation sont strictement encadrés par la loi : en vertu de l'article 16 du code civil français, " l'étude génétique des caractéristiques d'une personne ne peut être entreprise qu'à des fins médicales ou de recherche scientifique ".

La mesure, on s'en doute, vise presque exclusivement les Africains. Coupables de toutes sortes de turpitudes, et priés de rester chez eux par tous les moyens. C'est sans doute l'épilogue logique du discours de Nicolas Sarkozy le 26 juillet dernier à Dakar, où il demandait presque ouvertement aux jeunes Africains de rester chez eux et d'organiser s'ils le veulent, des soulèvements contre leurs dirigeants. Mais d'arrêter d'aller déranger des Européens repus qui n'aspirent qu'à se reposer.

Mais quel sens donneront les dirigeants africains à cette nouvelle gifle française et quelles réactions auront-ils, eux qui auront été incapable d'encadrer leur jeunesse et de lui offrir des pistes d'espoir ?

La LDH et la Cimade s'insurgent

Le secrétaire général de la Cimade, Laurent Giovannoni, s'est ainsi déclaré "scandalisé". "Je suis scandalisé que ce type d'amendement soit adopté en commission des lois alors qu'il s'agit d'un changement si profond et qui touche directement l'éthique même de la façon dont on aborde l'accueil des familles", a-t-il lancé à l'AFP. "Sur le fond, c'est tout à fait inadmissible".
"C'est aussi une remise en cause des documents d'état civil, la signification que la France ne donne aucun crédit aux documents fournis par les pays d'origine. Cela peut aussi avoir des conséquences fâcheuses sur le plan diplomatique", a-t-il ajouté.
Laurent Giovannoni a dit "espérer que le gouvernement s'opposerait à cet amendement".

De son côté, le président de la Ligue des droits de l'homme (LDH), Jean-Pierre Dubois, a stigmatisé une "nouvelle étape vers la rupture avec la République". "C'est un amendement profondément discriminatoire et même xénophobe car il y a là une véritable peur de l'étranger", a-t-il encore indiqué.

«Accueillir toute la misère du monde ?» Le président de la ligue des droits de l’homme française, Jean-Pierre Dubois, et Richard Cazenave, ancien député UMP, ont abordé vendredi matin le thème du codéveloppement.

Ce projet représente "une escalade inacceptable", a pour sa part estimé la députée PS George Pau-Langevin. "C'est un pas significatif et inacceptable dans l'atteinte à la vie privée et familiale, qui est hors de proportion avec le but affiché de lutter contre la fraude documentaire", a déclaré George Pau-Langevin dans les couloirs de l'Assemblée nationale.
"Est-ce que l'on envisagerait de faire ça pour des Français?", s'est interrogée l'élue du XXe
arrondissement de Paris.

Le ministre de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du codéveloppement, Brice Hortefeux, a quant à lui déclaré qu'aucun sujet ne devait être "tabou". "Je crois qu'aucun sujet ne doit être tabou. A un moment où l'on parle de revalorisation du rôle du Parlement, il me paraît utile et sain que les parlementaires puissent se saisir du sujet pour en débattre", a déclaré Brice Hortefeux.
"Il y a aujourd'hui onze pays européens qui pratiquent déjà (le test ADN)", a-t-il ajouté, soulignant que "ces tests seront proposés à des volontaires et non imposés".

"Cette procédure ne pourrait être mise en œuvre qu'à l'initiative d'un demandeur désireux de prouver sa bonne foi le plus rapidement possible", avait affirmé mercredi soir le député UMP Thierry Mariani, auteur de l'amendement. Selon lui, la procédure serait "sûre et rapide".

L'amendement a suscité de vifs débats au sein de la commission de lois. Les socialistes ont mis en doute la possibilité de réaliser de tels tests ADN dans les pays d'origine, et ont également soulevé la question des enfants adoptés ou recueillis.
Plusieurs députés UMP, notamment François Goulard et Etienne Pinte, ont eux aussi critiqué cet
amendement et ont voté contre. François Goulard a mis en avant des obstacles, tandis qu'Etienne Pinte s'est interrogé sur l'opportunité d'appliquer à des ressortissants étrangers des tests qui ne sont autorisés en France que sur décision judiciaire.

Jean-Marie Le Pen approuve

Jean-Marie Le Pen, président du Front national, a approuvé vendredi 14 septembre sur LCI l'amendement au projet de loi sur l'immigration qui autorise le recours aux tests ADN dans le cadre du regroupement familial pour prouver sa filiation.
"Tous les moyens d'identification sont bons", a en effet estimé le leader d'extrême droite.

Revenant plus généralement sur la politique d'immigration de l'actuel gouvernement, il a en revanche estimé qu'il s'agissait de "poudre aux yeux". Selon le dirigeant du FN, le gouvernement prévoit "25.000 expulsions alors que le chiffre officiel d'entrées de clandestins est entre 150.000 et 400.000".
"Il faut empêcher les gens d'entrer, les dissuader de venir", a-t-il ajouté.

samedi 15 septembre 2007

Sarkozy-Merkel en lune de fiel



Les anicroches se sont multipliées ces dernières semaines entre le Président et la chancelière : la venue en juillet de Sarkozy au sommet Ecofin, réservé aux ministres des Finances, n’a pas été bien perçue par Berlin.
Le ministre des Finances d’Angela Merkel lui aurait même reproché d’accorder de coûteux cadeaux fiscaux à ses électeurs au lieu de garder les yeux fixés sur les déficits publics. «Mais qu’est-ce qui vous prend de me parler sur ce ton ?» aurait riposté un Sarkozy outré…

C’est sur la politique industrielle que se cristallisent les divergences. Il y avait d’abord eu EADS et Airbus. Il y a maintenant le dossier du nucléaire. L’appel appuyé de Sarkozy à l’Allemagne, lundi à Meseberg, pour qu’elle revienne sur la fermeture des centrales nucléaires allemandes décidée pour 2021 est considéré à Berlin comme une ingérence intolérable dans les affaires intérieures. Le prochain conflit pourrait porter sur la participation de Siemens à Areva. La chancelière souhaite le maintien de cette participation. L’Elysée serait plus favorable à une alliance avec Alstom, le vieux rival français de Siemens.

«Chacun défend ses intérêts, les conflits sont plus transparents qu’auparavant,
estime Martin Koopmann, chercheur à l’institut DGAP, plutôt optimiste. A la différence de ses prédécesseurs, Sarkozy est conscient que la France a besoin de partenaires, et que ces partenaires se trouvent au sein de l’Union européenne. Les Allemands ont noté ce changement avec un certain soulagement. Cela ne veut pas dire que le Président cherchera toujours le consensus. S’il a la possibilité d’agir seul, il le fera.»
Comme l’a montré la libération des infirmières bulgares. La façon dont le couple Sarkozy s’est approprié l’issue du drame a profondément irrité Berlin.

vendredi 14 septembre 2007

Une rentrée morose



Cette année scolaire débute dans un climat morose. Morosité des enseignants qui hésitent à protester tant ils restent traumatisés par les grèves de 2003, perplexité de l’ensemble de la société qui exige constamment plus de l’école sans toujours lui donner l’exemple des valeurs qu’elle lui demande de promouvoir, et, enfin, doute des élèves qui voient bien que l’école a du mal à s’adapter à la modernité des savoirs et à leur évolution fulgurante. Face au défi de la société de la connaissance, la gesticulation médiatique, les propos flagorneurs et la saignée budgétaire constituent la réponse de la droite.


L’école coûte trop cher, alors le ministre de l’Éducation nationale convoque les patrons des supermarchés pour faire baisser le prix des fournitures scolaires,la veille de la rentrée ! Nicolas Sarkozy n’a pas de mots assez sirupeux à l’égard des professeurs, mais il n’a pourtant de cesse d’en réduire drastiquement le nombre : 12 000 en 2008 puis 20000 par an jusqu’en 2012. Seulement quatre professeurs sur dix partant à la retraite seront remplacés dans les cinq années à venir. L’éducation nationale paiera donc le plus lourd tribut au dogme sarkozyste du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Comment croire que l’école reste une priorité de la nation quand on y consacre de moins en moins de moyens ? Comment penser corriger les inégalités sociales et culturelles qui sont des handicaps lourds dans le parcours scolaire d’un élève, si on abandonne l’école publique à la seule loi du marché, en supprimant par exemple la carte scolaire ?


En rupture avec le modèle républicain de l’école publique et laïque,l’école de la droite,c’est l’école privée sous contrat, le socle minimum d’engagement de l’État. Face à un tel démembrement, dénoncer ne suffit pas ; il faut pourtant le faire vigoureusement, car le matraquage médiatique et le formatage des esprits font partout leur oeuvre.


Il faut d’abord réconcilier tous les Français avec leur école pour qu’elle redevienne le coeur battant de la République.


Claude Roiron,
secrétaire nationale du PS à l’éducation.

jeudi 13 septembre 2007

Sans-papiers : les quotas de la honte de Brice Hortefeux


La convocation de 19 préfets par le ministre de l'Immigration, Brice Hortefeux, mercredi 12 septembre à Paris, suscite de nombreuses critiques tant de la part des associations que de la gauche.

Selon le ministère de l'immigration, Brice Hortefeux a convoqué "une séance de travail" avec une vingtaine de préfets "dont les résultats doivent être améliorés en termes de reconduites à la frontière". Participaient également à cette réunion des services de gendarmerie.

Si le ministère s'est refusé à publier les noms des préfets convoqués - "on ne veut pas les stigmatiser", indiquait le service de presse -, le Réseau Education sans frontières s'est empressé d'en publier la liste: Ardennes, Corse du Sud, Hérault, Haute Garonne, Gironde, Ille-et-Vilaine, Finistère, Puy-de-Dôme (fief de Brice Hortefeux), Manche, Paris, Val-de-Marne, Seine-St-Denis, Hauts-de-Seine, Aisne, Isère, Gard, Seine-Maritime, Loire et Loire Atlantique.

Les associations de défense des immigrés ont dénoncé, pour leur part, cette "politique du chiffre".
Ainsi, Richard Moyon, porte-parole de RESF, a estimé mercredi que " c'est une façon de faire du stakanovisme avec des êtres humains. C'est inadmissible", a-t-il ajouté, saluant "les conceptions humanistes de certains préfets qui renâclent à faire cette sale besogne".
SOS Racisme aussi a exprimé son "inquiétude" et condamné "la politique du chiffre".
Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) a protesté vigoureusement contre "la poursuite obsessionnelle du gouvernement à maintenir un harcèlement d'Etat envers les sans-papiers". "Cette politique est cruelle et réduit l'immigré à un objet jetable", a ajouté l'association.
Le directeur de France terre d'asile, Pierre Henry, a rejeté,lui, l'option d'un objectif d'expulsions. "Cette politique mène à une impasse", a-t-il déclaré

Aujourd’hui, cette course aux chiffres est d’autant plus mal vécue par les fonctionnaires qu’il ne s’agit plus de compter des vols à la roulotte ou des violences mais des hommes, des femmes et des enfants. «Je ne vois pas pourquoi il y aurait des quotas sur des êtres humains, nous sommes dans un pays des droits de l’homme», s’insurge Joaquin Masanet, secrétaire général de l’Unsa-police, le principal syndicat des gardiens de la paix. «Ce n’est pas à la police de décider qui on doit reconduire à la frontière. C’est à la justice de statuer. Il faut faire attention à toute cette pression sur les préfets qui ­risque de retomber sur l’ensemble de la hiérarchie policière. Les fonctionnaires ne sont pas là pour contrôler tout le monde. On ne va pas mettre un gardien de la paix à chaque carrefour, dans chaque restaurant ou entreprise pour faire du chiffre en matière d’expulsion.»

De nombreuses personnalités de gauche, ont de même condamné dans les médias l'approche du problème par les chiffres, estimant qu'elle faisait fi des situations humaines.

Brice Hortefeux se serait fait sermonner par le chef de l'Etat lors d'une réunion du 20 août qui lui aurait dit "Je veux du chiffre! C'est un engagement de campagne. Les Français m'attendent là-dessus. Je veux que l'on se mobilise pour être efficace".

Bref, pendant que Nicolas Sarkozy se prélassait d'une façon éhontée cet été aux USA, tout aurait dû être mis en oeuvre pour atteindre rapidement ce quota de la honte. A savoir 25000 expulsions.

mercredi 12 septembre 2007

Les sottises de Rama Yade

Avide de notoriété ou incitée à "communiquer", la secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, Rama Yade, multiplie les gaffes.

Après avoir visité les squatteurs d'Aubervilliers, et fait de stupides déclarations sur l'action de la municipalité communiste, voilà que Rama Yade se montre au JT de France 2, hier soir à 20h - pour la commémoration du 6ème anniversaire du 11 septembre 2001. Et ceci en s’exhibant avec Ayaan Hirsi Ali, ex-députée néerlandaise d’origine somalienne, et par ailleurs personnage très contreversé.


Il y a quand même plus fréquentable que Madame Hirsi Ali
, qui a failli être déchue de sa nationalité néerlandaise pour mensonges sur son passé. Ayaan Hirsi Ali a en effet menti sur son pays d'origine dans sa demande de droit d’asile. Elle avait prétendu venir directement de Somalie alors que ses parents vivaient depuis dix ans au Kenya et en Allemagne, où elle aurait dû déposer sa demande d'asile. Elle a également menti sur son identité et sur son âge. D'après des membres de sa famille, elle n'aurait jamais été contrainte au mariage forcé, ce qu'elle avait prétendu pour obtenir le droit d'asile.

Ayaan Hirsi Ali

Rappelons quAyaan Hirsi Ali a entamé une collaboration en 2004 avec le cinéaste néo-nazi Theo van Gogh, qui, avait pourtant déclaré : "La plupart des femmes, à mes yeux, ne sont que de petits utérus qui parlent". Ils ont sorti un court-métrage sur les violences infligées aux femmes au nom, selon eux, de l'islam. La calligraphie du Coran, texte considéré comme sacré par les musulmans, sur la peau des actrices a provoqué la colère des musulmans hollandais. Colère amplifiée par les radicaux.

Depuis Ayaan Hirsi Ali a été contrainte de démissionner de son siège de député et de s'exiler aux Etats-Unis. Elle a été recrutée illico par un groupe de lobbying proche de George W. Bush.

Madame Yade ne serait-elle pas au courant du passé trouble de Madame Hirsi Ali? Elle avait l’air si heureuse de réciter par cœur à David Pujadas, le présentateur du JT, un texte préalablement écrit, et de saluer sa nouvelle amie. Si heureuse aussi de nous dire qu'elle n'était pas si incompétente que cela car elle avait rédigé des lois pendant cinq ans ...
En revanche, pas un mot sur le discours de Monsieur Sarkozy à Dakar (elle était du voyage) qui a déchainé la fureur de nombreux intellectuels africains, français, etc.(voir blog).

Le grand communicant qu'est Nicolas Sarkozy, l’aurait-il encouragé dans cette nouvelle initiative ?
L’intervention de ces deux dames intervient à deux jours du début du Ramadan. Les musulmans français ou vivant en France, et, les esprits éclairés apprécieront…

mardi 11 septembre 2007

MAROC • Un désaveu cinglant pour les partis politiques


Les législatives marocaines ont débouché sur la victoire surprise de l'Istiqlal, parti conservateur, alors que les islamiste du PJD étaient donnés favoris. Mais pour le quotidien marocain L'Economiste, au-delà des résultats, c'est la faiblesse du taux de participation qui est l'élément marquant de ce scrutin.


Le secrétaire général de l'Istiqlal, Abbas El Fassi, est accueilli au siège de son parti par des sympathisants

Quatre-vingts pour cent des citoyens inscrits sur les listes sont allés retirer leur carte d'électeur. Cela signifie que tous ces gens étaient parfaitement conscients des enjeux des élections et se considèrent concernés par la chose publique. Ils ont fait la démarche, se sont présentés dans leurs arrondissements… Et Dieu sait que ce n'est pas avec plaisir qu'on s'y rend en général !

Par conséquent, nul ne peut dire que les électeurs marocains étaient indifférents ou inconscients. Bien au contraire, ils se sentent citoyens et l'ont fait valoir. Mais seulement la moitié d'entre eux se sont dérangés pour aller voter [le taux de participation a été de 37 %]. L'absence de l'autre moitié devient un acte politique et doit être considérée comme tel. Il est important d'en saisir la signification. Leur absence veut dire qu'ils considèrent les différents partis en compétition comme non fiables, non crédibles. Les formations politiques ne les satisfont pas.

Pour les absents, il y a une évidence. Ils s'en remettent directement au trône et à la monarchie, par-dessus les fractions politiques. Et ce malgré le souhait exprimé par le souverain de voir augmenter le rôle des partis politiques ! Sans cet appel du roi, que serait-il advenu des partis ? Les organisations politiques, en dépit des incitations royales dont elles bénéficient, ont un problème sérieux de représentativité. Les indices sont là depuis longtemps.

Ce qui ne laisse nul doute à ce sujet, c'est la remontée de l'Istiqlal [indépendant, parti conservateur] : il a fait l'effort de mettre en avant une nouvelle génération d'hommes politiques, dans laquelle manifestement les électeurs se reconnaissent un peu plus. On peut aussi se demander si le relatif succès du Parti de la justice et du développement (PJD) ne s'explique pas plus par la nouveauté et la virginité de ses hommes que par l'idéologie dont ils se réclament. La question mérite d'autant plus d'être posée que l'on peut noter que les têtes d'affiche de l'Union socialiste des forces populaires (USFP) ont été systématiquement évincées.

Abdelmounaïm Dilami

(L'Economiste)

lundi 10 septembre 2007

Elections au Maroc: l'Istiqlal l'emporte, les islamistes seconds


Le parti nationaliste de l'Istiqlal remporte avec 52 sièges les élections legislatives marocaines devant les islamistes du Parti Justice et Developpement qui en recueillent 46, selon les résultats définitifs publiés lundi par le ministère de l'Intérieur.


L'Istiqlal et le PJD gagnent chacun 4 sièges par rapport au scrutin de 2002.

Le vote du 7 septembre s'est déroulé au scrutin direct de liste à la proportionnelle. Les électeurs ont élu 295 députés dans 95 circonscriptions et 30 députées dans une "liste nationale" séparée, pour assurer un quota de représentation aux femmes.

C'est désormais au roi Mohammed VI de désigner, comme l'y autorise la Constitution, le nouveau Premier ministre de son choix. Il avait laissé entendre qu'il le choisirait dans la formation arrivée en tête, mais il n'y est pas obligé.

Une fois nommé, l'impétrant doit mener les tractations pour former un gouvernement s'appuyant sur une majorité parlementaire. Avec la présence de 24 partis à la Chambre des représentants, dont seulement sept ont plus de dix sièges, la tâche n'est pas facile, et cela risque de prendre du temps même si le Parlement doit ouvrir sa session le 5 octobre.

dimanche 9 septembre 2007

MAROC • Défaite des islamistes aux élections

Les nationalistes du parti de l'Istiqlal ont créé la surprise au Maroc en devançant les islamistes modérés du Parti de la justice et du développement.

La joie de partisans de l'Istiqlal, à Rabat


Les nationalistes du parti de l'Istiqlal (membre de la coalition au pouvoir) ont créé la surprise au Maroc en devançant les islamistes modérés du Parti de la justice et du développement (PJD, opposition) lors d'élections législatives marquées par une abstention record, selon les résultats annoncés samedi 8 septembre au soir par le ministre de l'Intérieur.Lors du scrutin qui s'est déroulé vendredi, l'Istiqlal a remporté 52 des 325 sièges de la Chambre des représentants (chambre basse du Parlement), alors que le PJD devait se contenter de 47 sièges, selon les chiffres encore provisoires rendus publics par le ministre Mohamed Benaïssa.

Les partis centristes


Deux partis centristes, le Mouvement populaire et le Rassemblement national des indépendants (RNI), sont arrivés en troisième et quatrième positions avec respectivement 43 et 38 sièges.

Quant à l'Union socialiste des Forces populaires (USFP, centre-gauche, membre de la coalition gouvernementale sortante avec l'Istiqlal), elle apparaissait comme la grande perdante de ces élections puisqu'elle rétrogradait à la cinquième place, avec 36 sièges, alors qu'elle avait fini en tête des précédentes élections de 2002.

Autre perdante de ces élections: la participation électorale, dont le taux atteignait péniblement les 37% (contre 52% en 2002), soit le niveau le plus bas jamais enregistré lors d'élections législatives au Maroc.

Les islamistes modérés du PJD, qui partaient favoris de ce scrutin, ont d'ailleurs imputé leurs résultats moins bons que prévu à cette abstention record, tout en accusant les partis séculiers d'avoir utilisé la corruption pour leur barrer la route.

Avant le scrutin, le PJD avait bon espoir de doubler son nombre de sièges qui s'élevait à 42 dans l'assemblée sortante. Au lieu de quoi, les islamistes modérés n'ont progressé que de cinq sièges. Lahcen Daoudi, No2 du PJD, n'a pas caché sa déception devant la presse au siège de son parti à Rabat. "Le PJD a gagné, mais le Maroc a perdu", a-t-il déclaré en dénonçant l'argent qui aurait coulé à flots dans le système électoral. "Ils ont jeté l'argent partout."

"Transparentes" et "claires"

Le ministre de l'Intérieur Mohamed Benaïssa a pour sa part affirmé que le vote s'était déroulé dans des conditions "transparentes" et "claires".

Pour ce second scrutin depuis l'accession au trône de Mohammed VI en 1999, plus de 15 millions de Marocains étaient appelés aux urnes pour renouveler les 325 membres de la Chambre des représentants, dont 30 sont obligatoirement des femmes.
Abbas Fassi, secrétaire général de l'Istiqlal (D) félicité par Noureddine Ayyouch président de l'ONG marocaine "2007 DABA " le 8 septembre 2007 à Rabat

Si le chômage, la corruption et la pauvreté ont été les principales préoccupations des électeurs, le scrutin a suscité des questions sur la place de la religion. Car le Maroc, considéré comme modéré, a lui aussi enfanté des terroristes, comme les auteurs des attentats de Madrid en 2004 et des attaques à Casablanca en 2003 et cette année.

Le PJD a pris ses distances avec les islamistes radicaux, se présentant comme un recours contre l'extrémisme. Son secrétaire général, Saad Eddine Othmani, a répété que son parti avait voté en faveur des récentes lois libéralisant la société marocaine, comme le nouveau Code de la famille de 2004 qui améliore le statut des femmes.

Détenteur de l'autorité suprême, le roi Mohammed VI a jusqu'au 12 octobre pour nommer la personnalité qu'il jugera la plus à même pour diriger le gouvernement, au vu des résultats. Le Premier ministre désigné devra ensuite former son cabinet.

samedi 8 septembre 2007

Abstention record aux législatives marocaines

Selon les premières estimations, le taux de participation ne devrait atteindre que 41%. Les islamistes modérés sont favoris.

La candidate du Parti Justice et développement, Soumaya Bekhaldoum. (Reuters)

La candidate du Parti Justice et développement, Soumaya Bekhaldoum. (Reuters)


L
es islamistes modérés, favoris, semblaient se diriger, vendredi 7 septembre vers un succès électoral aux législatives de vendredi au Maroc, un scrutin marqué par une abstention record.

Pour les deuxièmes élections depuis l'accession au pouvoir de Mohammed VI en 1999, plus de quinze millions de Marocains étaient appelés aux urnes pour renouveler les 325 membres de la Chambre des représentants (chambre basse du Parlement), dont 30 sont obligatoirement des femmes.

Abstention record

La participation devrait atteindre 41%, a affirmé vendredi soir le ministre de l'Intérieur Chakib Benmoussa, ce qui représenterait un taux d'abstention record.
A 18H00 GMT, à une heure de la fermeture du scrutin, "le taux de participation avait atteint 34% et d'après la cadence enregistrée le long de la journée, nous nous attendons à ce que le taux de participation à la clôture des bureax de vote atteindra 41%, ce qui veut dire que 6,4 millions de Marocains auront voté, contre 7,5 millions en 2002", a déclaré le ministre lors d'un point de presse à Rabat.
Il s'agirait du taux le plus bas de l'histoire du royaume. La désaffection des électeurs n'a fait que s'accentuer au fil des scrutins. En 1984, le taux de participation avait été officiellement de 67,43%. Dans les 38.687 bureaux de vote installés vendredi, 1.529 de plus qu'aux dernières élections, c'est toute la diversité du Maroc qui défilait: des femmes en T-shirt ou des employées en tailleur sortant du bureau comme des femmes voilées.
Le chômage, la corruption et la pauvreté semblent être les principales préoccupations des électeurs interrogés, bien plus que la religion. Ce sont aussi les thèmes de prédilection de la campagne des islamistes modérés du Parti de la Justice et du Développement (PJD), qui appuient là où les gouvernements marocains échouent depuis trop longtemps. Sur ce terrain, les islamistes marocains sont très actifs, notamment via l'assistance à la masse des plus pauvres.
Des 33 formations qui se présentent pour ce scrutin à la proportionnelle, c'est le PJD qui part favori. Avec 42 sièges dans la Chambre sortante, il formait la première force d'opposition à la coalition gouvernementale dominée par l'Istiqlal (nationaliste) et l'Union socialiste des Forces populaires (USFP).
Saad Eddine Othmani, le secrétaire général du PJD, a répété vendredi qu'il s'attendait à une victoire de sa formation. "Il faut que les élections soient propres et transparentes", a-t-il toutefois ajouté, après avoir déposé son bulletin à Salé, près de Rabat.

"Démocrate musulman"

Modéré, Othmani s'est souvent présenté comme un "démocrate musulman" à l'image des démocrates chrétiens européens. A ceux, nombreux dans les classes aisées, qui craignent le PJD et s'inquiètent de l'islamisation du pays, Othmani répond qu'il est au contraire un recours contre les islamistes radicaux et les forces plus extrémistes, qui ont eux aussi fleuri sur le terreau de la pauvreté.
Il rappelle aussi que son parti a voté en faveur des récentes lois libéralisant quelque peu la société marocaine, comme le nouveau Code de la famille de 2004 qui améliore le statut des femmes. Le modèle du PJD est un autre parti de la Justice et du Développement, l'AKP turc qui vient d'imposer Abdullah Gül à la présidence de la Turquie laïque.
Une douzaine de partis plus modestes devraient parvenir à faire élire des représentants au terme de ce scrutin surveillé par environ 3.000 observateurs marocains et étrangers. Malgré quelques irrégularités et des violences, les dernières élections de 2002 avaient été considérées comme les plus libres de l'histoire du royaume.
Détenteur de l'autorité suprême, le roi Mohammed VI choisira ensuite la personnalité qui lui conviendra le plus à la tête du gouvernement. Certains analystes prédisent que le PJD pourrait se retrouver dans une coalition, noyé au milieu de partis séculiers fidèles au souverain.

vendredi 7 septembre 2007

Les Marocains s’apprêtent à voter islamiste sans entrain


Le Parti pour la justice et le développement est donné favori développement est donné favori pour les législatives.

Difficile de croire que 15,5 millions de Marocains sont appelés aujourd’hui aux urnes pour des élections législatives présentées comme cruciales.Si le quotidien officiel le Matin rappelait hier en une que «voter est un devoir et un droit précieux», peu de Casablancais interrogés au hasard dans la rue semblaient vouloir en faire usage. Affiches électorales rarissimes, meetings désertés, etc. : à peine rentrés de vacances et en pleine préparation du ramadan, les Marocains ne se passionnent pas pour ce scrutin qui pourrait pourtant faire des islamistes du Parti pour la justice et le développement (PJD) la première force politique du pays. Pour la première fois présent dans l’ensemble des circonscriptions, le PJD espère doubler son score et remporter 70 à 80 sièges.

Absolu. Loin, très loin d’une majorité absolue. L’émiettement du paysage politique, un découpage électoral sur mesure et son rôle constitutionnel garantissent en effet au roi Mohammed VI un rôle d’arbitre absolu dans la formation du futur gouvernement et la politique qu’il mènera.

Le PJD, qui se défend d’être intégriste et que son dirigeant, Saâd Eddine el-Othmani, aime présenter comme un parti «démocrate musulman» sur le modèle des démocrates chrétiens européens ou de l’AKP en Turquie, a fait des efforts considérables pour lisser son image et rassurer le palais ainsi que les investisseurs occidentaux. Cette «normalisation» risque à terme de faire apparaître le PJD (voir photo de militants) comme une formation du système et de limiter la portée de ses critiques contre la corruption ou la mauvaise gouvernance. Le parti est concurrencé par l’association Al-Adl wa al-Ihssan, la plus influente dans la sphère islamiste au Maroc. Al-Adl wa al-Ihssan, qui puise ses racines dans le soufisme, n’a jamais obtenu de reconnaissance légale à cause de son refus de reconnaître la primauté religieuse du roi. Elle appelle d’ailleurs les Marocains à boycotter les élections d’aujourd’hui, qualifiées d’ «attrape rêveur» par Nadia Yassine, la fille du vieux cheikh Yassine, fondateur de l’association très présente dans les quartiers populaires.


Tripatouillage. A l’opposé, le PJD suscite le rejet des principaux partis de gouvernement, les socialistes de l’USFP, les nationalistes de l’Istiqlal et le Mouvement populaire, regroupés dans la «koutla», la grande coalition. Ces partis, d’obédience laïque, ont rejeté toute participation au gouvernement avec le PJD. Cette résolution tiendra-t-elle si le roi leur demande de faire de la place aux islamistes ? Les autorités, très soucieuses de la transparence de ces élections, pour leur crédibilité internationale, se sont engagées à fournir des résultats définitifs dès dimanche, afin de couper court aux rumeurs de tripatouillage qui avaient entaché le scrutin de 2002.


jeudi 6 septembre 2007

Le roi règne, le Maroc vote



Les islamistes modérés sont donnés vainqueurs du scrutin de demain. Un exercice de démocratie borné par l’autorité de Mohammed VI.

Une lame de fond islamiste va-t-elle emporter le Maroc ? C’est le principal enjeu des élections législatives de demain dans le pays certes le plus libéral mais aux équilibres les plus précaires du Maghreb. Depuis le dernier scrutin, en 2002, la question est clairement posée. A l’époque, le Parti pour la justice et le développement (PJD), principale formation islamiste légale du Royaume, avait remporté 42 sièges (sur 325) alors qu’il ne s’était, volontairement, pas présenté partout, devenant le troisième parti du pays derrière l’Istiqlal (nationaliste, 48 sièges) et les socialistes de l’USFP (50 sièges). Un an plus tard, le PJD avait une fois de plus limité ses candidatures aux municipales, remportant cinq grandes villes dont Meknès (lire pages suivantes). Mais aujourd’hui, poussé par sa base, le parti est présent dans la quasi-totalité des circonscriptions.

Sous contrôle. Son chef, Saâd Eddine el-Othmani, espère en faire la première formation du pays avec 70 sièges, voire plus. Des attentes de toute façon loin d’un raz-de-marée. Le pouvoir a tout fait pour contenir le PJD en procédant à un découpage électoral sur mesure, destiné à surreprésenter les campagnes, plus imperméables au discours islamiste. Le mode de scrutin de liste à la proportionnelle intégrale, ajouté à la multiplication des partis (36 en lice !) plus ou moins représentatifs, favorise aussi un émiettement des résultats et place le roi en position d’arbitre absolu. Malgré les appels répétés du monarque à la transparence, la «démocratie» marocaine reste donc sous contrôle très étroit.

Reste à savoir si Mohammed VI fera entrer au gouvernement les islamistes du PJD, qui sont nettement plus proches des Turcs de l’AKP que du FIS algérien. Les observateurs, les partis non islamistes, et même le Palais, semblent divisés sur la question. Il y a d’un côté ceux qui estiment que le PJD a suffisamment lissé son image pour rassurer les milieux d’affaires, notamment occidentaux. A leurs yeux, il serait dangereux, à terme, de laisser cette formation, très populaire dans la classe moyenne, continuer à fustiger la corruption du régime et ses injustices. A l’opposé, d’autres pensent qu’intégrer le PJD laisserait le champ libre aux islamistes d’Al-Adl wa al-Ihssane du vieux cheikh Yassine, opposant historique à la royauté, voire même aux jihadistes disciples d’Al-Qaeda.

Misère. Depuis les attentats-suicides du 16 mai 2003 à Casablanca (46 morts), le Maroc se sait dans la ligne de mire. Une menace confirmée par les attaques kamikazes du printemps dernier et les agressions individuelles contre des touristes cet été. La plupart de ces apprentis jihadistes ont été recrutés dans les zones de non-droit que sont les bidonvilles : plus d’un habitant de Casablanca sur dix, un demi-million de personnes, vit dans l’un des 450 bidonvilles (voir photo) de la capitale économique. Une course contre la montre s’est engagée pour réduire cette misère extrême mais elle est loin d’être gagnée avec 40 % de la population sous le seuil de pauvreté. L’INDH, (Initiative nationale pour le développement humain), le grand chantier de Mohammed VI lancé en fanfare en 2005, patine, faute de moyens.

Economiquement, socialement, culturellement, deux Maroc cohabitent, s’ignorent, voire s’opposent. Tandis que la scène culturelle connaît une effervescence sans précédent, d’autres réclament l’application d’une morale islamique plus stricte. Tandis que les uns s’enrichissent, les autres survivent à grand-peine. Tandis que les investisseurs européens voient dans le Maroc un marché alléchant, l’afflux de capitaux du Golfe bat tous les records. Tandis qu’une jeunesse regarde les clips de MTV, une autre passe son temps devant les chaînes religieuses du Golfe et celles d’actualité diffusant la guerre en Irak en boucle. Face à cette montée des périls, la tentation est grande, chez certains responsables, de revenir aux bonnes vieilles recettes autoritaires.

Cette crispation s’est fait sentir récemment dans l’un des domaines les plus emblématiques de la libéralisation depuis l’intronisation de Mohammed VI: la presse, en butte à une cascade de procès. Si le score du PJD suscite moult interrogations, un autre, moins spectaculaire, en dira plus sur l’humeur du pays : celui de l’abstention, qui avait frisé les 50 % en 2002. Il pourrait nettement augmenter, surtout en ville, traduisant le désenchantement de citoyens auxquels on demande de voter, sans que leur choix ait une réelle influence sur les politiques menées par un Premier ministre n’ayant d’autre pouvoir que celui concédé par le Palais.

L'organisation de défense des journalistes Reporters sans frontières (RSF) affirme que le roi Mohammed VI porte la responsabilité de la récente dégradation de la liberté de la presse au Maroc.

"Aujourd'hui, nous voulons tirer la sonnette d'alarme. Le Maroc est sur une pente dangereuse. Et vous en portez la responsabilité", affirme son sécrétaire général Robert Ménard, dans une lettre adressée au souverain, rendue publique mercredi 4 septembre.

Rappelant que le monarque avait affirmé en 2002 qu'il "ne pourrait y avoir d'essor et de développement pour l'avènement d'une presse de qualité sans l'exercice de la liberté d'expression", RSF estime que "vos promesses sont restées à l'état de promesses. Les chiffres et les faits attestent que votre engagement d'alors n'a pas été tenu".
Selon cette organisation, depuis son arrivée sur le trône en juillet 1999, "pas moins de 34 organes de presse ont été censurés et 20 journalistes ont été condamnés à des peines de prison, en vertu du code de la presse, du code pénal ou encore de la loi antiterroriste".

"Ces atteintes répétées à la liberté de la presse sont source de stupeur et de consternation: ces condamnations n'honorent ni votre régime ni une justice qui apparaît à la botte des autorités. Vous ne pouvez à la fois expliquer que le Maroc est tourné vers l'avenir et la modernité, et traiter ainsi une presse sans laquelle il serait vain de parler de démocratie", assure Robert Ménard.

Ahmed Benchemsi, directeur du magazine arabophone Nichane et de l'hebdomdaire francophone TelQuel, passe actuellement en procès pour "manquement au respect dû au roi".

Dans un éditorial de Nichane rédigé début août en arabe dialectal, M. Benchemsi avait critiqué sur le mode de l'interpellation des propos du roi Mohammed VI lors de son discours du trône prononcé le 30 juillet, concernant les élections législatives du 7 septembre. Les deux journaux avaient été saisis.

Par ailleurs, un journaliste marocain a été condamné le 15 août pour la première fois depuis quatre ans à une peine de prison ferme. Le tribunal correctionnel de Casablanca avait infligé huit mois de prison ferme à Mustapha Hormat Allah, reporter à l'hebdomadaire Al Watan Al An, pour publication de "documents confidentiels" concernant la lutte antiterroriste. Le directeur de ce journal, Abderrahim Ariri, a écopé de six mois avec sursis.

"À ce moment précis de l'histoire de la presse marocaine, tout peut basculer, vers le meilleur comme le pire. Son destin demeure entre vos mains. Vous avez le pouvoir, et, nous osons encore lespérer, le désir, de protéger cette profession, d'oeuvrer à son émancipation et de l'aider à briser les digues qui entravent son épanouissement", assure M. Ménard dans sa lettre.

Pour RSF, "les journalistes marocains ont largement contribué à l'écriture du chapitre nouveau de l'histoire du royaume que constituent vos années de pouvoir. Vous ne pouvez pas continuer à accepter qu'on les traite avec autant de mépris. Vous devez donc agir", conclut le secrétaire général.

“Votre Majesté, le commentaire est libre” http://www.rsf.org/article.php3?

mercredi 5 septembre 2007

Nicolas Sarkozy adresse aux enseignants une lettre peu convaincante


Les syndicats fustigent "des idées générales" qui "peuvent faire illusion" mais "éloignées de la réalité" du monde éducatif.

La lettre de Nicolas Sarkozy aux enseignants laisse les syndicats sur leur faim. Tout en trouvant un caractère "brillant" au texte du président, lu mardi lors d'un déplacement à Blois et que les enseignants devraient recevoir ce mercredi 5 septembre, les principales fédérations parlent d'un discours maniant "des idées générales" qui "peuvent faire illusion", mais "éloigné de la réalité vécue au quotidien" par le monde éducatif.
"On a un texte assez brillant dans la forme, qui tente de trouver un équilibre sur les objectifs de l'école et se démarque de positions rétrogrades", a déclaré le secrétaire général de la Fédération syndicale unitaire (FSU, premier syndicat de l'Education) Gérard Aschieri
Disparités sociales territoriales

"Mais ce discours néglige totalement les disparités sociales et territoriales. Et quand on regarde de près, on a une culture de l'éducation très pauvre. On parle de sport au lieu de parler d'éducation physique et sportive. Rien sur l'enseignement professionnel. Aucune perspective d'améliorer les pratiques et la formation. Pas un mot sur la formation des maîtres, la recherche", a-t-il ajouté.
Pour Gérard Aschieri, "on a donc quelque chose de brillant, qui peut faire illusion, mais on n'y retrouve pas les préoccupations fondamentales d'aujourd'hui. Et puis il y a toujours ce postulat qu'on peut faire mieux avec moins, et cette thématique classique consistant à demander d'échanger une dégradation des conditions de travail et de réussite des élèves contre une revalorisation".

Actions

Les fédérations syndicales de l'Education devraient d'ailleurs se réunir le 12 septembre pour décider d'éventuelles actions pour dénoncer "le manque de moyens" de la rentrée 2007, et les quelques 11.000 suppressions de postes d'ores et déjà inscrites au budget 2008.
Le secrétaire général de l'UNSA-Education Patrick Gonthier critique de son côté "un discours qui, pour nous, est émaillé de contradictions car il fixe des objectifs et des principes qui paraissent déconnectés de ce qui s'est fait avant".
"Rien sur le collège, rien sur le socle commun de connaissances", égraine-t-il. "Et en cette rentrée, le président va paraître déconnecté de la réalité vécue par les enseignants qui ont plus à faire avec des suppressions de postes qu'avec des idées générales que, faute de moyens, ils ne peuvent mettre en œuvre".

"Beaucoup de papier"

Alors que la lettre, éditée dans un fascicule de 32 pages tiré à plus d'un million d'exemplaires, doit être adressé à l'ensemble des éducateurs à l'occasion de cette rentrée, le secrétaire général du SGEN-CFDT, Thierry Cadart, ironise pour sa part sur une "opération de communication qui représente beaucoup de papier et de moyens dépensés pour un message relativement mince".
"On retrouve des annonces déjà faites, avec un habillage grandiloquent et des contradictions, comme par exemple vouloir donner sa place à tous les élèves tout en confirmant la suppression de la carte scolaire et en parlant, au détours d'une phrase, d'un quasi examen d'entrée en sixième",

"Café du Commerce"

Selon lui, le texte présidentiel "est aux deux tiers un ouvrage de philosophie éducative, avec un discours un petit peu 'Café du Commerce' et des questions abordées sans aller au fond des choses".
Seul satisfaction limitée: "le petit bout de fin de texte ouvre le travail de la Commission sur l'amélioration du métier d'enseignant, avec des choses intéressantes comme la possibilité d'avoir plus d'autonomie dans les choix des enseignements, et tout un paragraphe sur la question de la reconversion qui est un point important".
Mais comme les autres responsables syndicaux, Thierry Cadart se désole que "même ça, reste dans un cadre général" où Nicolas Sarkozy a "rappelé qu'il y aura moins de professeurs. Si ça veut dire réorganiser le métier sur fond de salaire au mérite et d'heures supplémentaires, le gouvernement n'arrivera pas à impliquer les enseignants de cette manière là".

Parents d'élèves

Dans un communiqué, la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE) qualifie pour sa part la prose du président de "bien joli discours". Mais elle s'interroge, notamment, sur "la possibilité de concilier les injonctions pédagogiques du président sur l'interdisciplinarité et les méthodes actives, avec son fervent rappel de la liberté pédagogique absolue des enseignants".
"Ce discours qui se veut refondateur de la politique éducative de la Nation", conclut la principale fédération de parents d'élèves de l'enseignement public, "devra être évalué à travers sa traduction en mesures effectives auxquelles la FCPE entend bien être associée".

mardi 4 septembre 2007

FRANCE • Une rentrée scolaire dans le cadre de « la modernisation de la fonction publique »


En France, quelque 12 millions d'élèves ont repris ce 4 septembre le chemin de l'école.

Ils sont accueillis par près de 879 000 enseignants, soit 11 200 de moins que l'an dernier.

L’Education nationale assume ainsi la moitié des coupes claires décidées dans le cadre de la «modernisation» de la fonction publique.

Alors que les syndicats dénonçaient «la saignée», Xavier Darcos est resté de marbre. Lors de sa conférence de presse de rentrée, le ministre a même assuré que l’on pouvait «faire la même chose avec mille postes en moins». D’après lui, il faudrait sérieusement revoir le temps et la façon de travailler des enseignants. «Il faut améliorer la productivité et la qualité de l’organisation» dans l’Education nationale, a plaidé le Premier ministre François Fillon, estimant que davantage de moyens ne servaient souvent à rien.

Une intersyndicale regroupant quinze organisations s’est réunie pour dénoncer cette situation et menacer d’une action «d’ampleur nationale».
Une vaste consultation s’ouvre en outre à la mi-septembre pour revaloriser le métier d’enseignant. Et le ministre multiplie les mots aimables envers les professeurs, leur promettant que rien ne sera fait contre eux, qu’ils n’ont pas le statut qu’ils méritent, leur promettant bientôt un pass culturel pour ne pas payer l’entrée dans les musées...

MAROC • Des élections sans enjeu



Les Marocains semblent se désintéresser des élections législatives du 7 septembre. Entre une presse étroitement surveillée et des résultats que le palais compte bien contrôler, l'enjeu est en effet mince. Reste la rue pour s'exprimer... et Internet pour se défouler.

Vendredi 7 septembre, le Maroc se choisit un nouveau Parlement. Mais de toute façon, le résultat de ces élections se décidera au palais et nulle part ailleurs. Non pas que les autorités marocaines s'abaisseront à bourrer les urnes. Non, pourquoi des solutions aussi vulgaires alors qu'il suffit de travailler un peu en amont pour éviter les mauvaises surprises ? Par exemple, pour être sûr de ne pas avoir de majorité absolue, il suffit d'un mode de scrutin qui favorise les petits partis. Ils seront 33 à se disputer vendredi prochain le vote des Marocains.

Il suffit ensuite de redécouper habilement les circonscriptions électorales. Ou encore de s'assurer de la loyauté des principaux partis et candidats. Bref, le Maroc officiel s'est depuis longtemps préparé à cette élection et à son résultat. Tous les Marocains savent cela. Le défi est d'en trouver la trace dans des quotidiens et magazines locaux étroitement surveillés. Pour avoir simplement effleuré ces questions qui fâchent, le directeur des hebdomadaires Nichane et TelQuel est poursuivi par la justice marocaine pour « manque de respect envers le roi ». Aussi pour trouver dans la presse marocaine un peu de vérité sur ces élections, il faut faire œuvre d'archéologue et avec un pinceau délicat aller chercher les perles au milieu de dizaines et de dizaines d'articles tous plus convenus les uns que les autres.

Prenez le quotidien Le Matin par exemple. Dans un article intitulé « La campagne est là et la vie continue », le journaliste est allé à la rencontre des Marocains. Premier constat pour ce confrère faussement surpris, la question qu'on lui pose le plus souvent est : « Quand est-ce qu'on vote ? ». On est tout de même à une semaine du scrutin. Et puis ajoute-t-il,
« mis à part quelques bureaux d'information difficilement repérables», rien n'indique l'approche d'une élection importante.

Pire encore : « Les bureaux en question ont nettement moins de succès que les vendeurs de sandwichs ou de gadgets made in China. » L'explication est toute simple. « Les commerçants, eux, vendent de vraies marchandises et pas des paroles en l'air.» Et toc.

Il y a ceux qui répondent qu'une fois les élections terminées, il faudra attendre cinq ans pour revoir un élu, sauf peut-être à la télévision. Et puis il y a ceux qui carrément promettent de raccompagner à coup de pied dans le cul le premier candidat qui ose pointer son nez. En fait, les seuls à être ravis du déroulement de cette drôle de campagne sans véritables enjeux sont quelques jeunes comme Adil qui, pour 200 dirhams par jour (18 euros),
distribuent des tracts pour un des 33 partis en lice. Lui et son copain Hamid parcourent les petites ruelles de la médina de Rabat et le parti les chouchoute : non seulement ils sont payés, mais on a mis à leur disposition un vélomoteur et on leur paie leurs repas ! En creux, ça veut aussi dire que le parti en question n'a pas assez de militants dévoués pour assurer la distribution.

Dans cette situation où les candidats sont médiocres et où la population se méfie, il semble ne pas y avoir beaucoup de place pour l'idée de démocratie. Et bien si ! L'hebdomadaire Le Journal raconte les aventures d'un empêcheur de gouverner en rond nouveau genre. En quelques semaines, un vidéaste amateur et anonyme qui s'est donné comme nom de guerre Al-Qanâs – autrement dit "Le sniper" – est devenu la coqueluche de l'Internet marocain. En fait, le sniper en question a tout simplement braqué une caméra cachée sur un barrage de police du côté de Tétouan. La vidéo de dix minutes montre deux policiers en train de racketter des automobilistes. Mais ils ne choisissent pas n'importe quelle voiture : uniquement les Mercedes 207 D
immatriculées dans le coin. Parce qu'ils savent que ce sont les modèles préférés des trafiquants, principalement de cannabis. Autrement dit, ils se sont installés au milieu de la route principale pour prélever la dîme. Les automobilistes semblent si habitués qu'ils ne s'arrêtent pas mais ralentissent, le temps d'échanger avec le policier une poignée de main et un gros billet.

Mais le plus drôle, c'est lorsque les deux pandores se mettent au garde-à-vous en voyant un 4x4 banalisé : leur supérieur hiérarchique, suppose-t-on, qui vient inspecter l'efficacité du dispositif. La vidéo a évidemment été mise sur YouTube et DailyMotion, deux sites de partage de vidéos. Et elle a été visionnée par des dizaines de milliers d'internautes.
« Des Qanass », écrit l'hebdomadaire. « Ils sont un paquet à avoir choisi la Toile pour exprimer leur rage avec plus ou moins de talent mais un sens de la contestation de plus en plus élaboré. L'audience et l'interactivité du Net leur procurent l'anonymat et une popularité sans pareille. Mais aussi une liberté de ton qu'aucun autre média ne peut satisfaire. Et leur impact est d'autant plus grand que les contraintes se multiplient depuis quelques années sur la presse traditionnelle. Comme la parabole avait révolutionné et démocratisé la télévision il y a une quinzaine d'années, face aux chaînes officielles, l'Internet libère aujourd'hui le citoyen de la censure.»

Vous avez remarqué, dans la dernière phrase du journaliste il y a le mot citoyen. En fait, dès qu'on parle de liberté et de subversion, tout à coup, les Marocains cessent d'être des sujets de Sa Majesté Mohamed VI pour devenir des citoyens.

Anthony Bellanger

lundi 3 septembre 2007

GRÈCE • Karamanlis touché par l'effet Aznar


En accusant d'hypothétiques terroristes d'avoir déclenché les incendies qui ravagent le pays, le Premier ministre grec pourrait bien subir le même sort que l'ancien chef du gouvernement espagnol, emporté par ses mensonges après les attentats de Madrid, en 2004.


Costas Karamanlis (voir photo) et ses cadres ressemblent à un noyé qui s'accroche à ses propres cheveux pour se tirer d'affaire. Après avoir convoqué des élections anticipées, le Premier ministre s'est retrouvé dépassé par les événements et n'a pas d'autre choix que de s'en tenir à la date annoncée [le 16 septembre]. Pointé du doigt par l'opinion publique dans l'affaire des incendies, il n'a pas trouvé mieux que de justifier ce drame en "révélant" que la Grèce était l'objet de "menaces asymétriques" ! Voila des propos qui nous rappellent ceux de George Bush après les attaques du 11 septembre 2001. Mais comment les forêts grecques pourraient-elles être la cible des terroristes ? Comment le gouvernement peut-il alléguer de tels faits sans en apporter les preuves ou en détailler le contenu ? Ainsi le gouvernement parle d'attaque terroriste alors que les généraux nient cette thèse et considèrent que seuls les extraterrestres pourraient incarner une "menace asymétrique".

Cela s'appelle l'effet Aznar, du nom de l'ancien chef du gouvernement espagnol. De la même famille politique que Karamanlis, il s'est complètement trompé en rejetant sur les Basques d'ETA la faute des attentats de Madrid, le 11 mars 2004. Les Espagnols s'en sont rappelés lors des élections [qui se sont tenues trois jours plus tard] en discréditant leur chef de gouvernement [et en élisant le PSOE de José Luis Zapatero]. La situation en Grèce est similaire. Bien entendu, il y a des pyromanes ; bien entendu, il y a des conditions climatiques défavorables. Et, bien entendu, il y a une absence notoire de plan d'action gouvernemental pour éviter que les flammes ne s'allument de partout.

Les incendies en Grèce, vus de l'espace

Au printemps dernier, le Premier ministre se vantait de la parfaite préparation du gouvernement en vue de l'été. Nous savions pourtant qu'il n'avait pas du tout plu cette année et que les nappes phréatiques étaient au plus bas. Mais revenons à ses déclarations. Des mots creux et dénués de sens qui ont fait leurs preuves pendant les incendies qui ont ravagé le mont Parnès en juillet. Dernière colline verdoyante aux portes d'Athènes, le mont a été dévasté par les flammes en une seule nuit.

Ces événements ont montré que l'annonce en plein mois d'août des élections anticipées, alors que les électeurs étaient encore sur les plages, avaient un but : éviter le pire au gouvernement. Ce dernier n'y a pas réussi. Il est tombé dans son propre piège. Non seulement à cause des scandales financiers qui ont tenu le pays en haleine tout l'hiver, mais également parce qu'il a dissimulé la désorganisation de l'Etat et sa propre insuffisance. Par erreur, il a conduit aux urnes les électeurs, qui vont se prononcer sous le coup de la peine et de la tragédie nationale. Mais les électeurs sont en colère et bornés, refusant d'entendre des débilités "asymétriques" qui, soi-disant, soulagent la peine des Grecs mais ne sont en fait qu'une illusion.

Dora Daliana (Eleftherotypia)

samedi 1 septembre 2007

Caricature de Mahomet: des musulmans manifestent en Suède

Environ 300 musulmans ont manifesté vendredi devant les locaux d'un journal suédois qui avait publié une caricature du prophète Mahomet. Ils ont demandé les excuses du rédacteur en chef du quotidien Nerikes Allehanda.

Le rassemblement a eu lieu à Orebro, localité d'environ 100 000 habitants située à 200km à l'ouest de Stockholm.

Vendredi, les manifestants ont estimé que la caricature constituait une insulte pour les musulmans, selon l'agence de presse TT. «Nous voulons montrer (au journal) que les musulmans de cette ville sont attristés par ce qui s'est passé», a expliqué à la radio suédoise Jamal Lamhamdi, qui dirige le Centre culturel musulman d'Orebro.

Le rédacteur en chef du journal, Ulf Johansson, a rencontré Lamhamdi, mais a refusé de présenter ses excuses. «Ils disent qu'ils se sentent blessés et je le regrette, parce que notre objectif n'était pas de blesser», a-t-il expliqué à l'Associated Press. «Mais ils demandent des excuses et la promesse de ne jamais plus publier une telle image (...) et je ne peux pas le faire».


«La manifestation a été calme, il n'y a pas eu d'arrestation», a déclaré à Torbjörn Carlson, porte-parole de la police d'Örebro, ville située à l'ouest de Stockholm où la manifestation a eu lieu et où se trouve le siège du journal.
Les manifestants, munis de banderoles, ont scandé des slogans et marché sous la pluie jusqu'aux locaux du Nerikes Allehanda.
Le premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt a appelé vendredi au respect entre musulmans, chrétiens et d'autres. La Suède est un pays «où les musulmans et les chrétiens, ceux qui croient en Dieu et ceux qui ne croient pas en Dieu peuvent vivre côte à côte dans un respect mutuel», a-t-il observé à l'agence TT.
L'artiste provocateur suédois Lars Vilks affirme avoir reçu ces derniers jours des menaces de mort par téléphone et par courriel.

Au Pakistan, plusieurs dizaines de partisans de partis islamistes ont brûlé le drapeau suédois à Lahore. À Karachi, d'autres ont brûlé une effigie du premier ministre suédois.