mercredi 28 novembre 2007

Bilan désolant de la visite de Sarkozy en Chine

Plusieurs associations de défense des droits de l'Homme, interrogées par Nouvelobs.com, réagissent, mardi 27 novembre, aux propos tenus par le président de la République lors de sa visite officielle en Chine. La Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH) regrette des propos trop allusifs. "On attendait plus de fermeté de sa part", déclare la responsable du bureau Asie, qui rappelle les avancées au minimum insuffisantes de la Chine en matière de droits de l'Homme. (lire l'interview)

"Un bilan désolant"

La position d'Amnesty International est moins contrastée. "Le bilan de cette visite est un peu désolant", déclare la responsable de la coordination Chine, qui s'interroge: "On apprend, par des communiqués de l'Elysée, que le président de la République a abordé les droits de l'Homme, mais dans quelle mesure, sous quelle forme ?". Elle constate qu'"on s'est abstenu d'intervenir efficacement sur les sujets sensibles des libertés bafouées". (lire l'interview)

Promesses tenues sur la liberté de la presse

Du côté de Reporters sans frontières (RSF), son secrétaire général salue les propos tenus par Nicolas Sarkozy sur la liberté de la presse. "Sur la liberté de la presse en général, il faut reconnaître qu'il a tenu ses promesses", a déclaré à Nouvelobs.com Robert Ménard.
Ce qui ne l'empêche pas de critiquer avec force les autres déclarations du président de la République sur les droits de l'Homme. "C'est impensable de souligner, comme il l'a fait, les efforts de la Chine depuis trente ans dans ce domaine", indique-t-il. (lire l'interview)

mardi 27 novembre 2007

RUSSIE • Poutine veut faire taire l'opposition


A moins d'une semaine du scrutin législatif, la brutalité de la répression des manifestations anti-Poutine illustre le raidissement du pouvoir.

Les manifestations d'opposants à Vladimir Poutine, le 24 novembre à Moscou et le lendemain à Saint-Pétersbourg, ont été violemment réprimées par les forces antiémeutes (OMON). Dans la capitale, le leader de la coalition L'Autre Russie, Garry Kasparov, a été condamné à cinq jours de prison. Et des centaines de personnes ont été arrêtées, dont plusieurs dirigeants de l'opposition, comme Boris Nemtsov, qui dirige l'Union des forces de droite (SPS, libéraux).

"Les 'marches des contestataires', samedi à Moscou et dimanche à Saint-Pétersbourg, n'ont été ni une manifestation d'unité des opposants à Poutine ni même le triomphe de techniques de provocation", commente dans une analyse le journal pro-Kremlin Moskovski Komsomolets, qui titre sur la "farce des contestataires". L'auteur, Boris Perchine, fait référence aussi bien à la faiblesse de la mobilisation qu'aux critiques émises par le leader de l'Union des forces de droite à l'encontre des provocations des radicaux de la mouvance nationale-bolchévique. Si les forces antiémeutes ont réagi "sévèrement mais sans abus", l'auteur n'en conclut pas moins que "l'opposition marginale s'est réunie à Moscou non pas pour exprimer une volonté politique mais pour créer des troubles et passer à la télévision. En ce sens, la marche de l'opposition a atteint ses objectifs."

Pour Vedomosti, la faute en incombe aux autorités, qui "continuent de pousser l'opposition hors du système, en refusant toute concurrence politique, même si la victoire est largement gagnée d'avance". Une intransigeance poussée "jusqu'à l'absurde" d'après l'éditorial du journal des affaires moscovite. "Pourquoi le pouvoir joue-t-il le jeu de l'opposition et interdit-il la marche puis arrête les dirigeants ?" Et Vedomosti de répondre : "Malgré la faiblesse et l'isolement de l'opposition, les autorités craignent un scénario de révolution orange et qualifient les opposants de "chacals qui rôdent aux portes des ambassades étrangères".

En outre, "les élections législatives du 2 décembre ayant été transformées en plébiscite en faveur de Vladimir Poutine [tête de liste de Russie unie], on s'attend à assister à une victoire encore plus importante que les sondages ne l'avaient prévu. "Obtenir 50 % ou même 60 % des voix ne suffira pas à Russie unie. On s'attend à un résultat comparable à celui de Poutine lors de la dernière présidentielle (71,31 %)."

Pour la Nezavissimaïa Gazeta, "la principale nouveauté a été l'attitude des dirigeants de la SPS lors des manifestations des contestataires. Le nombre de participants à Moscou et Saint-Pétersbourg étant très en deçà des chiffres annoncés, les leaders du SPS ont donc laissé les nationaux-bolchéviques en pointe face aux OMON tandis qu'eux-mêmes restaient en arrière." Jusque-là, le SPS ne se mêlait pas aux actions, qualifiées de radicales, de L'Autre Russie. A la différence de la coalition d'opposition, le SPS est candidat aux législatives mais ses chances de franchir le seuil minimal de 7 % des suffrages et d'entrer dans la Douma, la chambre basse du Parlement, sont nulles.

des dirigeants de la SPS lors des manifestations des contestataires. Le nombre de participants à Moscou et Saint-Pétersbourg étant très en deçà des chiffres annoncés, les leaders du SPS ont donc laissé les nationaux-bolchéviques en pointe face aux OMON tandis qu'eux-mêmes restaient en arrière." Jusque-là, le SPS ne se mêlait pas aux actions, qualifiées de radicales, de L'Autre Russie. A la différence de la coalition d'opposition, le SPS est candidat aux législatives mais ses chances de franchir le seuil minimal de 7 % des suffrages et d'entrer dans la Douma, la chambre basse du Parlement, sont nulles.

Philippe Randrianarimanana

dimanche 25 novembre 2007

"Guy Môquet au Fouquet's" ou la sarkoïsation des esprits


Extrait de Guy Môquet au Fouquet's de Pierre-Louis Basse

"Du Fouquet’s à Malte, de la Rolex qui semble vous fasciner à ces vacances somptuaires sur la côte est des États-Unis, vos ennemis politiques s’en sont donné à cœur joie. Ils parlent d’erreur, de frime, de vulgarité. Ils ont tort. Vous êtes à l’heure. Vous êtes le Président de notre temps. Le manager de notre époque. Le héros de Closer et Voici. Pour les plus naïfs de la bande, je leur conseille d’aller prendre l’air du côté de votre ville de cœur : Neuilly.
J’ai marché là aussi, cherché désespérément quelques rues dignes de Guy Môquet. Guy, celui qui ne manquera pas de vous tirer quelques larmes supplémentaires pendant vos commémorations. Pas une rue, pas une fontaine, pas un parc portant trace de son sacrifice. Vous n’êtes pas en reste avec Louis-Philippe, le duc d’Orléans, Mac-Mahon, ou, plus significatif encore, ce bon Monsieur Thiers qui, pour une trace de poudre sur les mains des enfants des communards, les emmenait à l’abattoir.
Mais tout cela n’a guère d’importance : le faux dès lors qu’il pénètre durablement la société, devient le vrai d’aujourd’hui et demain. C’est la raison pour laquelle il vous fallait impérieusement en venir aux mains avec l’Histoire"

Dans ce pamphlet Pierre-Louis Basse dénonce avec style et élégance l’opération de marketing politique - véritable hold-up de la mémoire - auquel se livre Nicolas Sarkozy avec la figure rimbaldienne de Guy Môquet, la sarkoïsation des esprits et les nouveaux conformismes contemporains.

Je n'ai rien dit...

Quand ils ont supprimé les régimes spéciaux, je n'ai rien dit, je n'étais pas concerné.
Ils sont venus pour supprimer les postes de fonctionnaires, je n'ai rien dit, je n'étais pas fonctionnaire.
Ils sont venus pour diminuer la couverture sociale, et je n'ai rien dit, je n'étais jamais malade.
Ils sont venus pour supprimer usines et entreprises, et je n'ai rien dit, j'avais un travail.
Puis je suis tombé malade et j'ai perdu mon emploi et il ne restait plus personne pour dire quelque chose.

Lu dans Le Monde daté des 26 et 27 novembre dans le courrier des lecteurs
Serge d'Ignacio (92)

Ce texte est inspiré de ce poème devenu le symbole du combat contre le nazisme et l'indifférence attribué au pasteur et théologien allemand Martin Niemöller (1892 - 1984)

« Lorsque les nazis sont venus chercher les communistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas communiste.
Lorsqu'ils sont venus chercher les sociaux-démocrates
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas social-démocrate.
Lorsqu'ils sont venus chercher les syndicalistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas syndicaliste.
Lorsqu'ils sont venus chercher les catholiques
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas catholique.
Lorsqu'ils sont venus
chercher les juifs
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas juif.
Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour protester. »

vendredi 23 novembre 2007

Nicolas Sarkozy s'est-il livré à une véritable diatribe contre la présence des musulmans en Europe?

Selon le Blog du journaliste Jean Quatremer, observateur pour Libération des « Coulisses de Bruxelles », repris dans l’édition électronique de Libération du lundi 19 novembre 2007, « L’histoire se raconte dans les chancelleries européennes. Nicolas Sarkozy, recevant
le Premier ministre irlandais, Bertie Ahern, le 21 septembre, puis le Premier ministre suédois, Frederik Reinfeldt, le 3 octobre, se serait livré à une véritable diatribe antimusulmane devant ses invités ». Le président de la République se serait lancé « dans un langage très dur, très familier, choquant pour tout dire », contre le « trop grand nombre de musulmans présents en Europe et leurs difficultés d’intégration ».

Un certain nombre de militants et de sympathisants du MRAP ont alerté notre association car ces propos d’une étonnante violence attribués au Chef de l'Etat, s’ ils sont avérés, sont d'une gravité extrême et ne peuvent que contribuer à alimenter et banaliser une certaine lecture du
monde et de ses conflit brutaux et meurtriers autour du concept de « choc des civilisations ».

A l'heure des alertes lancées tant par la Commission Européenne contre le Racisme et l’Intolérance - ECRI du Conseil de l’Europe que par le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les questions de racisme et d’intolérance, face aux dangers croissants de montée du racisme
anti-musulman issu de l’exacerbation de l'islamophobie en Europe et dans le monde, le MRAP demande une clarification rapide des propos qu’il a tenus, de la part du Président de la République.

Paris, le 22 novembre 2007.

--
Secrétariat de Direction
Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples
43 bd Magenta - 75010 Paris
Site officiel : http://www.mrap.fr
Histoire du MRAP : http://mrap.juridique.free.fr

Le Medef et la durée légale du travail

papier de verre
Hervé Le Tellier
De plus en plus "décomplexé", le Medef veut supprimer la durée légale du travail, "trop complexe". C'est vrai, "travailler plus pour gagner plus", c'est compliqué. "Travailler plus" suffit.
lemonde.fr, 22:11:2007

lundi 19 novembre 2007

François Hollande répond à Danielle Mitterrand

Le Premier secrétaire du PS François Hollande a répondu dimanche 18 novembre à Danielle Mitterrand qui avait reproché aux dirigeants du PS de ne pas avoir "l'esprit socialiste", dans une interview au Parisien le 15 novembre.
Alors que la veuve du président Mitterrand a jugé que les dirigeants du PS avaient "un regard beaucoup trop attendri pour l'argent", François Hollande a rétorqué au Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI : "Je ne sais pas de quoi elle parlait."
"En revanche, je pense qu'il faut avoir l'esprit socialiste", a-t-il poursuivi, ajoutant : "Avoir l'esprit socialiste, c'est avoir la capacité de rénover le Parti socialiste, de le renouveler, et de faire en sorte que nous soyons convaincants dans le monde d'aujourd'hui."
"Chaque génération doit jouer son rôle et aucune génération n'est plus socialiste qu'une autre", a-t-il insisté.
Quant à savoir si son successeur pourrait être à la fois Premier secrétaire et candidat à l'Elysée, il a répondu : "On n'a pas à choisir à la place des militants".
"Je souhaite que mon successeur soit un acteur majeur du monde politique", a-t-il dit, le définissant comme "celui ou celle qui doit être sur une ligne claire et rassembler les socialistes".
"Ce ne sera pas le moment en 2008, quand il y aura un congrès, de déclarer sa candidature", a estimé François Hollande qui n'est "pas pour un Premier secrétaire de transition".

vendredi 16 novembre 2007

Danielle Mitterrand fustige les socialistes


"Depuis quelques années, les dirigeants socialistes n'ont pas la tripe socialiste", "ils ont un regard beaucoup trop attendri pour l'argent", juge la veuve du président.
Danielle Mitterrand, qui publie ce vendredi 15 novembre "Le livre de ma mémoire", estime que "les socialistes ont un regard beaucoup trop attendri pour l'argent" dans une interview au Parisien, ce même jour.
Interrogée sur l'élection d'un socialiste français, Dominique Strauss-Khan, à la tête du FMI, la veuve de l'ancien président socialiste répond "un Français d'accord, un socialiste, on en reparlera". Elle estime que le PS a "à sa tête des gens qui n'ont pas l'esprit socialiste", que "depuis quelques années, les dirigeants socialistes n'ont pas la tripe socialiste". "Ils ont un regard beaucoup trop attendri pour l'argent. Ils ne réagissent pas, ne respirent pas ce désir de société que nous avons", ajoute-t-elle.

Elle déclare ne pas être inscrite au PS car "ils se sont beaucoup trop rapprochés du système dans lequel on vit. Peut-être veulent-ils l'amender, mais moi je veux en sortir".
Danielle Mitterrand estime que "la société actuelle", "repose sur des valeurs financières", et sur l'exploitation "de l'homme par l'homme".
Le quotidien la questionne également sur les photos que François Mitterrand avait laissé prendre de Mazarine Pingeot (fille naturelle et reconnue de l'ancien président), elle explique qu'il était "harcelé par les journalistes".
"Il a fini par dire: 'Foutez moi la paix et faites ce que vous voulez'", raconte-t-elle avant d'estimer que "c'est indécent" de lui poser cette question. "Quand vous achetez votre viande, vous ne demandez pas au boucher ce qui se passe dans son lit le soir. C'est ce que vous faites avec nous", conclut-elle lapidairement.

mercredi 14 novembre 2007

Violente manifestation anti-française à N'Djamena

Plusieurs centaines de personnes se sont réunies dans la capitale tchadienne, jetant des pierres sur des voitures occupées par des Occidentaux aux cris de "A bas Sarkozy", "la traite négrière c'est fini", "le Tchad est indépendant depuis 1960".

Manifestants à N'Djamena le 10 novembre

Une manifestation anti-française a rassemblé plusieurs centaines de personnes, mercredi 14 novembre, à N'Djamena. Aux cris de "A bas Sarkozy", "la traite négrière c'est fini", "le Tchad est indépendant depuis 1960", les manifestants, jeunes en majorité, ont jeté des pierres sur des voitures occupées par des Occidentaux. La police tentait mercredi matin de les disperser. Des policiers antiémeute bloquaient l'accès au palais de Justice et à l'ambassade de France, un bon millier de manifestants se trouvant non loin de là, place de l'Indépendance, au coeur de la capitale.
Mardi, des associations de femmes commerçantes ainsi que par le réseau des Association de droits de l'Homme du Tchad avaient lancé des appels à une "manifestation pacifique" contre les "agissements de l'Arche de Zoé".
La semaine dernière, des manifestations anti-françaises avaient déjà rassemblé quelques dizaines de personnes, mais elles n'atteignaient ni l'ampleur ni la violence de celle de mercredi.

21 personnes inculpées

Cette manifestation anti-française intervient alors que six membres français de l'association L'Arche de Zoé sont incarcérés et poursuivis à N'Djamena pour avoir tenté d'emmener en France 103 enfants à partir du Tchad. Les enfants avaient été présentés comme des orphelins du Darfour (ouest du Soudan) nécessitant une évacuation sanitaire. Le président Sarkozy a promis d'aller "chercher" les membres de l'ONG au Tchad "quoi qu'ils aient fait", des propos très mal perçus au Tchad.
Onze des 21 inculpés arrêtés dans cette affaire ont déjà été libérés et ont regagné leurs pays respectifs, sans que les charges soient levées. Quatre responsables tchadiens sont également incarcérés à N'Djamena.

Nicolas Sarkozy est-il raciste ?


Doudou Diène, dans son rapport présenté à Washington le 9 novembre lors de l’assemblée générale des Nations unies, a pointé du doigt le discours tenu par Nicolas Sarkozy à Dakar le 26 juillet. Le Sénégalais accuse le président français d’avoir légitimé intellectuellement le racisme. Hasard ou coïncidence ? le chef de l’Etat français était à la Maison Blanche cette même semaine pour un voyage express de 24 heures. Pour Afrik.com, le rapporteur spécial de l’ONU fait le point sur l’attitude de Nicolas Sarkozy et la situation du racisme en France.

Afrik : Quel est précisément votre rôle au sein de l’ONU ?

- Doudou Diène : Je suis rapporteur spécial de l’ONU sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance. Mon travail consiste à produire chaque année une étude sur le racisme dans le monde.

Afrik : Lors de l’assemblée générale des Nations unies, vous avez accusé le président français, Nicolas Sarkozy, d’être dans une « dynamique de légitimation du racisme ». Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

- Doudou Diène : En effet, il s’agit d’instrumentaliser et de légitimer intellectuellement le racisme. Je n’ai pas seulement accusé Nicolas Sarkozy. J’ai critiqué aussi les récentes déclarations du prix Nobel de médecine James Watson, qui a voulu démontrer que les Africains étaient inférieurs intellectuellement. Concernant le président français, je fais référence à son discours à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar au Sénégal, le 26 juillet. Dans ces deux cas, il est question de légitimer scientifiquement des stéréotypes historiques de construction du racisme. A noter aussi, le projet de loi français sur les tests ADN dans la procédure du regroupement familial des étrangers qui stigmatisent un peu plus l’immigré qui n’existe qu’au travers d’une politique sécuritaire.

Afrik : Comment a réagi le représentant de la France qui a assisté à cette assemblée ?
- Doudou Diène :
Il a jugé que mes accusations étaient infondées et irresponsables. Concernant le projet de loi sur les tests ADN, il a expliqué qu’ils n’étaient pas obligatoires pour les immigrés mais proposés sur une base volontaire. Il a ensuite affirmé la volonté de Nicolas Sarkozy de lutter contre le racisme. Je n’ai pas pensé que le président français était raciste, pour preuve il a dans son gouvernement Rama Yade, la secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères et aux droits de l’Homme. Je crois juste que le discours de Dakar a blessé. Dire devant l’élite intellectuelle africaine qu’elle n’est pas entrée dans l’histoire s’inspire des écrits racistes du XVII, XVIII et XIXème siècles.

Afrik : Le discours de Dakar reflète-t-il l’image d’une France qui a du mal à assumer son passé ?

- Doudou Diène : Oui, la France a un véritable problème avec son passé. Ce pays n’a pas assumé la guerre d’Algérie, tout se passe comme si la décolonisation ne s’était pas produite. De plus, il y a un refus de repentance et une absence de travail de mémoire. La France a peur de la pluralité, elle est en pleine crise identitaire. Sa seule réponse à la diversité est la dépréciation.

Afrik : Que pensez-vous des propos tenus mardi dernier, à Washington, lors du Business Council par Nicolas Sarkozy envers Condoleezza Rice la considérant comme « une Américaine venue d’ailleurs » ?

- Doudou Diène : Selon moi, tous les Américains viennent d’ailleurs, y compris le président des Etats-Unis George W. Bush. Il n’est pas inutile de le rappeler. L’Amérique est en avance du point de vue de la diversité culturelle. En Occident, on assiste à l’émergence d’un courant idéologique qui s’enferme sur son identité nationale rejetant toutes formes de diversités.

lundi 12 novembre 2007

Ségolène Royal : "Sarkozy a dégradé le climat social"


L'ex-candidate PS à la présidentielle accuse le chef de l'Etat "d'arrogance et d'archaïsme" et de "faire de la provocation".

Ségolène Royal (AP)

Ségolène Royal (AP)

A la veille du début du mouvement de grève reconductible contre la réforme des régimes spéciaux de retraite, Ségolène Royal a accusé, lundi 12 novembre, Nicolas Sarkozy d'avoir dégradé le climat social en France.

"Bien sûr qu'il faut réformer le système des retraites globalement, mais ce qu'il ne faut pas faire et ce que fait malheureusement le gouvernement, c'est faire de la provocation ou aller à l'affrontement pour l'affrontement", a déclaré l'ancienne candidate socialiste à l'élection présidentielle sur France Inter.
"Il y a arrogance, il y a archaïsme et il y a volonté de ne pas régler les problèmes au fond", a-t-elle ajouté à l'adresse du chef de l'Etat, qui travaille selon elle "beaucoup avec les sondages".

Piège tendu aux syndicats

"Nicolas Sarkozy a dégradé le climat social. Un piège est tendu aux organisations syndicales et aux salariés : il va prendre les Français à témoin en disant 'vous voyez je vais aller jusqu'au bout, je vais faire la confrontation dans l'intérêt du pays'", a poursuivi la présidente de la région Poitou-Charentes. "Non, c'est lui qui a dégradé le climat social parce que les premières décisions qu'il a prises sont celles qui ont avantagé les hauts revenus".
Le "paquet fiscal", voté cet été, "a donné 250.00 euros aux 1.000 Français les plus aisés, ce qui fait un smic par jour, et (Nicolas Sarkozy) a triplé son propre salaire", a-t-elle fait remarquer. "Face à cela, quand il demande aux salariés de base de faire des efforts, il y a quelque chose qui se dégrade dans le climat social".
"Il y a une inquiétude profonde des Français, une hausse des prix, un sentiment de déclassement, des mouvements sociaux qui se préparent, des universités qui commencent à être bloquées. Est-ce là la France nouvelle que Nicolas Sarkozy nous promettait ?", s'est-elle interrogée.
"Nicolas Sarkozy nous avait promis un choc de croissance, aujourd'hui nous avons un choc de défiance".

Parti socialiste

Ségolène Royal, qui s'était peu exprimée jusqu'ici cette rentrée, n'a pas dévoilé ses ambitions au sein du Parti socialiste.
"Les Français estiment que les socialistes parlent trop entre eux et donc je ne veux pas tomber là dedans". "Il faut que les socialistes soient au coude à coude avec les salariés qui souffrent" a affirmé la présidente de la Région Poitou-Charentes, concédant que le PS doit se redresser et qu'elle a "bien l'intention de contribuer" à la reconstruction du PS. Réinterrogée sur son "désir d'avenir" au PS par Nicolas Demorand, Ségolène Royal a indiqué qu'il est "trop tôt pour le dire" avant d'affirmer un peu plus tard qu'elle "travaille pour être prête le moment venu" pour être "utile pour son pays et pour son parti".

Clarifier la ligne du PS


En réponse à une question d'un auditeur sur l'avenir du PS, elle a indiqué qu'"il va falloir clarifier" sa ligne politique. "Je pense qu'il faut, à partir du Parti socialiste, créer un parti politique de masse. (…) reconstruire un Parti socialiste élargi à tous les mouvements politiques qui le voudront" jusqu'au "centre-gauche", "le plus rapidement possible", a souhaité Ségolène Royal, faisant référence "à ce qui s'est passé en Italie".

samedi 10 novembre 2007

Arche de Zoé • "Ces voyous à qui Dieu a donné la peau blanche"


Quand des "aventuriers", sous prétexte de charité, viennent "s’emparer" d’enfants, les fantasmes sont prompts à se réveiller. Témoin ce texte du principal éditorialiste du quotidien camerounais d’opposition.

Le scandale provoqué par une poignée d’aventuriers européens qui ont affrété un avion pour aller s’emparer d’une centaine d’enfants, sous prétexte d’action humanitaire, sans droit ni titre, sans morale ni raison, est à lui seul tout un symbole de la contradiction dans laquelle baigne l’Occident. Comment comprendre qu’au moment où les portes de tous les pays européens semblent se fermer à l’Afrique par le biais de législations infernales contre l’immigration,onnousannonceque,par charité,unecentainedegamins ­nègres devaient être accueillis par des familles blanches ? S’agit-il d’en faire des esclaves dans des maisons closes, des jouets pour petits Blancs, ­de la bonne chair pour des fauves de cirque ? Combien d’enfants ont-ils déjà été victimes de ces rapines, comdes victimes africaines innocentes dont le seul tort est d’avoir été condamnées à la misère ?
Le gouvernement tchadien a pu stopper l’opération, en arrêtant ces aventuriers et en confiant les enfants à la garde de l’UNICEF. Mais de quel gouvernement tchadien s’agit-il ? Celui qui est protégé, supervisé et tenu à bout de bras par la France ? Bien évidemment, il ne faut avoir aucune illusion : la libération de ces voyous à qui Dieu a donné la peau blanche sera finalement arrangée. Ils sont citoyens des pays maîtres qui écument le continent, et le bon petit soldat tchadien n’échappera pas à la règle.
Sans doute inspiré par les histoires et les images qui emplissent les ­bulletins d’informations à travers le monde sur la misère totale du continent africain, un véritable commerce de la pitié s’est mis en place dans les pays riches. L’excitation a dorénavant gagné toutes les couches sociales. Il y a ceux qui se sont assignés pour mission, sans que mandat leur soit donné pour quoi que ce soit, de sauver des enfants africains traités à tort ou à raison d’orphelins. Il y a ceux qui se battent pour inventer des pro­grammes de sauvetage, tantôt pour la Somalie, tantôt pour l’est du Congo démocratique en proie à une rébellion sans fin, tantôt pour le Tchad et la Centrafrique, où des accords de paix succèdent aux accords de paix sans jamais faire taire les armes. On se bat donc partout au nom de l’Afrique.
Mais, et c’est édifiant, on cherche aussi, pour comprendre, pour cadrer, pour dompter la misère, à donner une couleur aux souffrances, à affecter une religion à la pauvreté et même à inventer une génétique de la violence. Où faudrait-il dorénavant orienter les recherches sur les causes de la misère de l’Afrique ? Faudrait-il continuer dans une critique intellectuelle des systèmes de gouvernance ou recourir à une étude approfondie des traits génétiques des peuples africains ?
Le monde ne parle plus que de nous, de l’Afrique. Le monde ne voit plus que nous comme le problème, la honte éternelle de l’espèce humaine, l’humiliation des continents, la source de toutes les maladies. Il y a une trentaine d’années, alors que je résidais à Washington, je découvris un article fort significatif dans le très sérieux Washington Post, sans doute un des plus prestigieux et des plus importants quotidiens des Etats-Unis. L’auteur de l’article, que l’on présentait comme un scientifique éminent, décrivait les différentes espèces de cafards en prenant soin de mentionner leurs capacités de nuisance, leur dangerosité et leur origine. Une bonne dizaine de ces bêtes étaient ainsi répertoriées, provenant de tous les continents. La plus douce, la plus fine et en même temps la moins nuisible était arrivée aux Etats-Unis dans les bagages des immigrants européens. La plus nuisible, la plus grossière, la plus méchante et plus envahissante provenait d’Afrique, importée dans les baluchons des esclaves.
Avant cela, mon séjour d’étudiant en Occident fut très souvent troublé par les injures des marchands de sommeil, qui, pour nous refuser la location de leurs minuscules chambres insalubres, expliquaient que les mets africains étaient trop épicés et dégageaient une forte odeur, gênante pour les voisins.
Aujourd’hui, en 2007, nouveau siècle, nouveau millénaire, et alors ­que le monde a évolué dans toutes les branches de la recherche scientifique, de la technologie et de l’information, alors que les peuples s’inquiètent de leur place dans la mondialisation, l’Afrique se voit rappeler brutalement ses insuffisances. Nous entrons dans la phase finale du procès cruel fait aux peuples, lequel mettra à mort les continents misérables et les races maudites.

Shanda Tomne
Le Messager

vendredi 9 novembre 2007

Politique d’immigration : Hortefeux revendique, persiste et signe


Dans son discours programmatique de ce jeudi 8 novembre, le ministre de l’immigration et de l’identité nationale Brice Hortefeux a confirmé l’obsession du gouvernement de suivre une politique brutale, cruelle, inhumaine, et inefficace en matière d’immigration et ce dans une logique de l’instrumentalisation politique de ce thème.

Le MRAP, qui estime non seulement sur le terrain moral, éthique, et politique inacceptable de brandir un tableau de chasse de 18600 expulsions de sans papiers, condamne la revendication et le prolongement de la politique d’éloignement. Il constate une fois de plus l’autisme de ce gouvernement qui malgré les tragédies et les drames que cette politique a généré (de multiples défenestrations par peur de la police, comme dernièrement à Marseille le 6 novembre 2007). Cette politique du chiffre produira encore d’autres effets.

Aussi le MRAP rendra coupable et comptable ce gouvernement de ces désastres humains. Concernant l’accès au marché du travail, le MRAP condamne une politique d’immigration qui conjugue tri sélectif et immigration jetable et corvéable. M. Hortefeux, en préconisant une liste de métiers hautement qualifiés ouverts aux étrangers non européens, et en formulant la possibilité d’une autre liste d’emplois non qualifié aux étrangers membres de l’Union européenne, cherche ni plus ni moins à modifier la nature même de l’immigration en France.

Quoi qu’il en soit, cette politique instaure une précarité absolue et loin d’apporter les réponses attendues aux phénomènes complexes de l’immigration, elle ne peut qu’accentuer les problèmes. Le MRAP, pour sa part, continue à dénoncer une politique qui fait des êtres humains, selon les cas de figure, une variable d’ajustement ou l’objet d’une politique cruelle du chiffre. Il revendique pour tous les êtres humains le respect de leurs droits et de leur dignité.

Paris, le 08 novembre 2007

Secrétariat de Direction

Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples
43 bd Magenta - 75010 Paris

Site officiel : http://www.mrap.fr

Histoire du MRAP : http://mrap.juridique.free.fr

mardi 6 novembre 2007

Arche de Zoé • Pour le Tchad, un procès en France serait une insulte



Le ministre tchadien de l'Intérieur, Ahmat Mahamat Bachir a estimé qu' "un procès en France" des membres de l'association Arche de Zoé "serait une insulte".

Dans un entretien au Parisien - Aujourd'hui en France paru mardi 6 novembre, Ahmat Bachir évoque "une justice" tchadienne "compétente", et explique qu' "un procès en France constituerait une insulte pour le peuple tchadien". "Quand nos délinquants se font arrêter chez vous, ils ne sont pas amenés ici", précise-t-il. "Les faits ont été commis au Tchad. C'est pourquoi ces bandits doivent être jugés et condamnés ici", insiste-t-il.


"Des contrôles plus stricts"


Les membres inculpés de Children Rescue, l'opération controversée montée par l'ONG l'Arche de Zoé et destinée à amener en France une centaine d'enfants "doivent aussi purger leur peine dans le pays: qu'ils goûtent à nos prisons!", s'exclame le ministre tchadien de l'Intérieur.
"Et, une fois qu'ils auront purgé leur peine nous les expulserons du pays une bonne foi pour toute", affirme le ministre.
Le ministre explique le Tchad va renforcer ses contrôles. "Désormais", les autorités tchadiennes réclameront "un rapport d'activité mensuel détaillé aux organisations humanitaires déjà installées". La confiance n'exclut pas le contrôle", conclut-il.

Sarkozy demande le retour des six bénévoles français de l'Arche de Zoé encore détenus au Tchad, "quoi qu'ils aient faient"


E
n déplacement au Guilvinec (Finistère), mardi matin 6 novembre, pour rencontrer les marins-pêcheurs, le président de la République Nicolas Sarkozy en a profité pour manifester une nouvelle fois son implication dans l'affaire de l'Arche de Zoé.

"J'irai également chercher ceux qui restent, quoi qu'ils aient fait", a lancé Nicolas Sarkozy, à l'issue d'une table-ronde sur la pêche, au sujet des six bénévoles français de l'Arche de Zoé qui restent détenus au Tchad.
"Le rôle du chef de l'Etat est de prendre en charge tous les Français", a ajouté Nicolas Sarkozy, deux jours après une visite éclair à N'Djamena d'où il a rapatrié quatre hôtesses de l'air espagnoles et trois journalistes français, inculpés au Tchad.
Après s'être désolidarisé de l'opération de l'Arche de Zoé, le président a toutefois "souhaité" dimanche à N'Djamena que les ressortissants français puissent être jugés en France.
Les six membres français de l'association, ainsi que les trois journalistes rapatriés en France, sont inculpés d'"enlèvement de mineurs" et "escroquerie". Sept Espagnols, un Belge et quatre Tchadiens sont poursuivis pour "complicité".

lundi 5 novembre 2007

TCHAD • Sarkozy se prend pour Zorro




Le député socialiste Jean-Louis Bianco affirme après la libération des journalistes français qu'"on ne peut pas diriger un Etat en se prenant pour Zorro"

Le député socialiste des Alpes- de-Haute- Provence Jean-Louis Bianco reproche, lundi 5 novembre, à Nicolas Sarkozy de se prendre pour Zorro après son aller-retour au Tchad et la libération des journalistes français. "On ne peut pas diriger un Etat en se prenant pour Zorro", affirme-t-il dans Le Parisien/Aujourd'hui en France. "Que trois Français et quatre Espagnols soient libérés, c'est évidemment une bonne nouvelle. Mais Nicolas Sarkozy ne résiste pas à sa tentation permanente de mettre en scène son action comme s'il était le seul à agir".

"Théâtralisation"

"Cette théâtralisation permanente est d'autant plus surprenante que Nicolas Sarkozy ne s'est toujours pas expliqué sur les conditions dans lesquelles cette équipée a pu être possible", affirme le député.
"Il était de notoriété publique que (l'Arche de Zoé) allait mener" une opération pour récupérer des enfants aux confins du Soudan et du Tchad. "Les ministres impliqués, leurs collaborateurs et les autorités françaises au Tchad doivent s'expliquer", demande Jean-Louis Bianco. "Dans cette affaire, il y a bien eu des dysfonctionnements très graves".

samedi 3 novembre 2007

ÉMIRATS ARABES UNIS • L'intifada des travailleurs indiens


La révolte inattendue des travailleurs immigrés du sous-continent indien à Dubaï montre combien leurs conditions de vie sont insupportables dans une des régions les plus nanties de la terre, constate le quotidien panarabe de Londres Al-Quds al-Arabi.

Après les récentes manifestations, à Dubaï, des travailleurs indiens pour dénoncer leurs conditions de vie humiliantes, les autorités ont d'abord voulu les expulser. Mais elles ont finalement décidé de présenter à la justice ceux d'entre eux qui avaient vandalisé des biens publics et privés. Les manifestations ne sont pas chose courante dans les pétromonarchies du Golfe, et encore moins de la part des travailleurs immigrés indiens, pakistanais, sri-lankais ou bangladais, qui constituent pourtant l'écrasante majorité des résidents de Dubaï. Les entrepreneurs les apprécient justement parce qu'ils ont la réputation de se soumettre à leurs ordres et d'accepter des salaires extrêmement bas.

Or, le 27 octobre, plus de 4 000 personnes sont descendues dans la rue, ont bloqué des routes d'accès à la zone industrielle de Jebel Ali et ont jeté des pierres sur les voitures de police. Ils demandaient davantage de bus pour les amener sur leurs lieux de travail, des logements moins surpeuplés et des salaires leur permettant de vivre dignement. Car aujourd'hui, ils s'entassent tous les matins dans des véhicules plus adaptés au transport du bétail qu'à celui des hommes, sont confinés dans des campements en plein désert et gagnent l'équivalent de 100 dollars par mois. Les responsables politiques estiment que leur sort relève du secteur privé qui les a embauchés, que cette grève constitue une violation des conditions dûment établies dans des contrats de travail, et que tout cela relève de la loi de l'offre et de la demande sur le marché de la main-d'œuvre...

Ces arguments sont justes dans la forme, mais dangereux sur le fond. Cela veut dire que le gouvernement légitime l'exploitation, voire le trafic, d'êtres humains et plie devant des hommes d'affaires sans pitié ni conscience, dont le seul but est d'accumuler des dollars sur leurs comptes en banque. Le résultat de leur avidité sans scrupule est l'insécurité et l'instabilité. Et c'est l'Etat qui en paie le prix. C'est donc à lui d'intervenir et de promulguer des lois, d'établir un salaire minimum, d'améliorer les conditions de vie et de poursuivre les entrepreneurs coupables d'atteinte à la loi. Dans un pays considéré comme l'un des plus riches, et où le coût de la vie est l'un des plus élevés au monde, est-il pensable de payer un travailleur 100 dollars par mois seulement ?

Il s'agit d'une sorte de signal d'alarme pour les gouvernements du Golfe. Ils ne devraient plus ignorer ce sujet explosif, alors qu'ils croulent sous les dollars grâce à la hausse des prix du pétrole. Quand ces immigrés descendent dans la rue, cela veut dire que le volcan d'humiliation accumulée est entré en éruption et qu'une grande explosion se prépare. La main-d'œuvre bon marché en provenance d'Asie forme [au moins] les deux tiers de la population dans toutes

les monarchies du Golfe. Rien qu'aux Emirats Arabes Unis, ils sont au moins 700 000 travailleurs émigrés. La langue arabe est marginalisée, au profit de l'ourdou et de l'anglais. C'est un sujet sensible, mais nous nous sentons le devoir de mettre en garde contre le tsunami qui menace les dirigeants et l'identité arabe de la région.

Il n'y a qu'une alternative. Soit nous acceptons de nous transformer en pays multiculturels, multiethniques et multireligieux, à l'instar des Etats-Unis, du Canada, de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande, soit nous cherchons à préserver notre identité arabe. Et, dans ce cas, il faut clairement assumer une politique de naturalisation. Il n'est pas normal que des ressortissants de pays arabes ou d'autres pays étrangers vivent ici durant plus de quarante ans avec l'épée de Damoclès d'une expulsion possible à chaque instant, sans obtenir le statut de résident permanent, sans sortir du système de "tutorat" qui les maintient dans la dépendance vis-à-vis d'un autochtone pour le renouvellement de leur titre de séjour, et sans que leurs enfants, qui sont nés dans notre pays et en ont adopté les coutumes, ne puissent ni acquérir la nationalité ni même le droit de se faire soigner dans les hôpitaux publics.

Dans les autres pays du Golfe non plus, ces travailleurs ne peuvent pas faire venir leurs familles, faute de salaire suffisant, ce qui provoque désordres en tous genres, viols, homosexualité et maladies dangereuses pour la société. Récemment, le ministre américain du Travail est allé au Koweït pour dire que cela devait changer. C'est nouveau et cela risque d'être suivi bientôt par des pressions internationales visant à imposer des naturalisations massives. N'oublions pas que l'Inde est une grande puissance économique et militaire. Elle n'acceptera plus longtemps le sort fait à ses ressortissants. Dans le Golfe, on méprise et on se moque de ces travailleurs indiens, mais les voilà qui relèvent la tête. Car ils appartiennent à un pays qui fabrique des fusées transcontinentales et des ordinateurs dernier cri, alors que nous autres Arabes ne sommes toujours pas capables de produire nous-même nos keffiehs et djellabas.

Abdel Bari Atwan

jeudi 1 novembre 2007

Arche de Zoé • 91 des 103 enfants ne sont pas orphelins



C
omme l'affirmait le cabinet du ministre des Affaires étrangères il y a plusieurs jours, la quasi-totalité des 103 enfants que l'association Arche de Zoé a tenté d'emmener en France le 25 octobre ne sont pas orphelins, ont affirmé des ONG. Ils disent avoir au moins un parent et venir de la "région frontalière entre le Tchad et le Soudan", selon un communiqué d'organisations humanitaires internationales publié jeudi 1er novembre.

Quelques uns des 103 enfants

"Les entretiens menés pendant plusieurs jours avec ces 21 filles et 82 garçons âgés de 1 à 10 ans (...) suggéreraient que 85 d'entre eux proviennent de villages de la région frontalière entre le Tchad et le Soudan, situés dans les zones de Adré et Tiné (localités frontalières)", affirment le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et l'Unicef.

D'autres entretiens


"Au cours des conversations que les travailleurs humanitaires ont eu avec eux, 91 des enfants se sont référés à un environnement familial constitué d'au moins une personne adulte qu'ils considèrent comme un parent", ajoutent les organisations. "Les entretiens se poursuivent avec les douze autres" enfants, précisent-elles.
L'association française Arche de Zoé, dont des responsables sont inculpés et écroués au Tchad, affirme que les enfants sont des "orphelins" du Darfour, région de l'ouest du Soudan frontalière du Tchad, en proie à une guerre civile.


L’embarras du ministre Kouchner

Mais où est donc passé Bernard Kouchner? Depuis le début de l’affaire de l’Arche de Zoé, le ministre des Affaires étrangères, en tournée en Asie, n’est sorti qu’à deux reprises de son silence pour la qualifier de «triste aventure» et pour expliquer que l’action humanitaire devait respecter des «règles». Y a-t-il, dans ce silence peu habituel, une gêne, voire une volonté de faire oublier des déclarations passées, peu compatibles avec son statut actuel ?

Activistes. C’est ce que lui reproche Rony Brauman, ex-directeur de MSF, qui a dénoncé hier et avant-hier la «responsabilité morale» de Kouchner, mais aussi de BHL et d’Urgence Darfour dans le scandale en cours. L’Arche de Zoé n’aurait, selon lui, fait que mettre en œuvre les incantations de Kouchner à l’action et à l’ingérence – étatique certes – pour mettre fin au «génocide» et à «l’horreur» au nom d’une morale universelle.

Quelques jours avant de devenir ministre des Affaires étrangères, Kouchner soutenait la mouvance des activistes sur le Darfour, principalement regroupée dans trois ONG : Urgence Darfour, SOS Darfour et Sauver le Darfour. Sans être membre d’aucune d’entre elles, il a participé à des rassemblements, comme celui du 20 mars à la Mutualité : «300 000 morts, 2 millions de déplacés… Oui c’est un génocide qui s’accomplit sous nos yeux. Un de plus. Un de trop […] Nos frères du Darfour sont en train de mourir. N’acceptons plus cela. Soyons plus forts que les obstacles», déclarait-il à la tribune, reprenant la terminologie américaine outrancière sur le «génocide» au Darfour, très contestée par les humanitaires français, à commencer par MSF. Kouchner toujours, écrivait dans le Monde du 27 décembre 2006 : «Que fait la France ? Elle hésite […] Triste tergiversation d’un pays considéré comme le défenseur des droits de l’homme, qui inventa l’ingérence humanitaire.» Dans ce même article, il livrait le chiffre de 10 000 civils tués par mois alors que l’ONU estime que l’on est tombé depuis la mi-2004 à 500, ou à 1 000 tout au plus.

Au printemps donc, Kouchner militait aux côtés de Jacky Mamou, président d’Urgence Darfour et ex-dirigeant de Médecins du Monde, qui estimait que «se taire, c’est se rendre coupable de non-assistance à personnes massacrées» et qu’il n’était «plus temps de dénoncer mais d’agir». Quant à Bernard-Henri Lévy, il préconisait «d’armer les rebelles», comme en Bosnie.

Ingérence. Puis Kouchner est devenu ministre. Pendant ses premiers jours au Quai d’Orsay, il défend l’ingérence humanitaire, qu’il a théorisée avec Mario Bettati et testée en Irak en 1991 : il propose des «corridors humanitaires» destinés à sauver, depuis le Tchad, «les survivants des massacres» au Soudan. A sa grande colère, les humanitaires n’en veulent pas : ils sont déjà 13 000 au Darfour et craignent surtout le mélange des genres avec l’action militaire ainsi que les effets pervers d’une opération qui accélérerait paradoxalement le nettoyage ethnique souhaité par Khartoum.

Réfugiés. Puis, c’est l’état-major qui enterre son projet de mettre en œuvre une no fly zone au-dessus du Darfour depuis le Tchad. Finalement, Kouchner, qui partage avec Sarkozy l’horreur de la passivité, réussi à arracher au président tchadien Idriss Déby le principe d’une force européenne destinée à sécuriser les réfugiés du Darfour en proie à des attaques transfrontalières dans l’est du Tchad. Mi-octobre, Kouchner soulignait devant ses partenaires européens «la mission humanitaire» de l’Eufor au Tchad, suscitant un communiqué désapprobateur de l’ONG Oxfam sur le mélange des genres.

Mais pour préserver son principal acquis, Kouchner a dû modérer son langage. Il ne parle plus depuis son entrée en fonction de «génocide au Darfour». Ces deux derniers jours, Jacky Mamou dans Libération et BHL dans le Parisien, lui ont emboîté le pas, désireux de se démarquer du fiasco de l’Arche de Zoé.

Eric Breteau, le responsable de l’Arche de Zoé, ne se voit-il pas comme un héritier de Kouchner en 1994 au Rwanda, lorsque ce dernier tentait en vain d’arracher des orphelins tutsis aux génocidaires hutus ?

Au Tchad et au Darfour aujourd’hui, on est loin de ce cas de figure. Il n’y a pas de génocide et on trouve sur place suffisamment de structures humanitaires.