samedi 27 octobre 2007

Sarkozy, malmené et hué chez les cheminots, s’emmêle les pinceaux


Nicolas Sarkozy a rendu, vendredi 26 octobre au matin, une visite surprise à des cheminots de Saint-Denis, pour leur expliquer la réforme des régimes spéciaux de retraites.

A un jeune employé qui lui disait que les cheminots feraient "plier" ce gouvernement comme d'autres par le passé par des grèves et des manifestations, le président de la République a répondu: "La rue, elle fera pas plier parce que nous sommes dans une démocratie. Le droit de grève, c'est un droit qui est reconnu, mais je vais vous dire quelque chose: le chantage à la rue, ça ne marchera pas".

"Le choix de la rue dans une démocratie, ça n'est pas un bon choix. Ca montera une partie de la France contre les cheminots", a-t-il ajouté. "Je ne céderai pas sur le passage des 37,5 années à 40 ans de cotisation. En revanche, je m'engage à ce que personne ne perde de sa retraite en cotisant plus", a déclaré le chef de l'Etat à ses interlocuteurs. "
"C'est pas marrant à dire, mais il n'y a pas un pays au monde qui fait différemment, vous pouvez me chanter ce que vous voulez", a-t-il dit. "Vous devriez quand même être plutôt heureux que, pour une fois, il y ait un chef de l'Etat qui s'occupe de vous. Ca me semble quand même plus positif que de dire: c'est la rue qui va parler".

Nicolas Sarkozy s'était rendu tôt vendredi dans ce centre de maintenance de la SNCF de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) pour une visite destinée à dialoguer avec les cheminots opposés à la réforme de leur régime spécial de retraites. Sur place, il a longuement dialogué avec les employés. "Vous nous proposez de travailler plus pour gagner moins", lui a ainsi reproché Cyril Renaud, délégué CGT.
La visite s'est déroulée en présence de la présidente de la SNCF Anne-Marie Idrac.
Le ministre du Travail Xavier Bertrand achève ce vendredi une nouvelle série de consultations entamées mercredi avec les syndicats sur la réforme des régimes spéciaux de retraite. Parallèlement, les directions de la RATP et de la SNCF tentent d'éviter un nouveau conflit et une grève illimitée à la mi-novembre, en proposant de rencontrer des organisations syndicales des deux entreprises en début de semaine prochaine.
"Cela fait 25 ans qu'un président n'est pas venu à la SNCF", a souligné Nicolas Sarkozy, ajoutant: "Je n'ai pas peur, je ne viens pas en cachette", alors que les syndicalistes lui reprochaient la présence de médias.

Parlant de "provocation", Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste, a jugé que "c'est une curieuse conception du dialogue social que de dire aux salariés de la SNCF que l'on mène une négociation mais que rien ne changera dans le projet du gouvernement".
Pour le PCF, qui accuse de M. Sarkozy de dénier aux Français le droit de manifester, "les cheminots ne sont pas dupes d'une réforme qui, sous couvert d'un prétendu sauvetage de la retraite par répartition, vise à les faire 'travailler plus pour gagner moins"'.

Nicolas Sarkozy a surtout montré quelques lacunes dans le dossier de la réforme des régimes spéciaux de retraite, pourtant phare de son programme quand il a lancé " 40 ans [d’annuités] s’appliqueront à tout le monde, en revanche, les bonifications, les décotes, moi je pense que tout ceci ne peut s’appliquer que pour ceux qui ne sont pas déjà rentrés à la SNCF". Une rumeur monte dans la foule, un syndicaliste de FO s’étonne : ", mais ça c’est nouveau !".
C’est même énorme.
Le principe de la décote (1) fait partie des trois piliers intangibles du document d’orientation qui a été remis aux syndicats le 10 octobre, au même titre que la durée de cotisation à 40 ans pour la retraite à taux plein et l’indexation des pensions sur les prix. En affirmant que les décotes ne s’appliqueront qu’aux nouveaux entrants et ne toucheront pas les cheminots en poste, Sarkozy lâche donc une annonce explosive.
Les médias présents, Reuters, AFP, France 3 reprennent la phrase. Le souci, c’est qu’au même moment, chez le ministre du Travail Xavier Bertrand, qui concluait une série de rencontres avec les syndicats, les organisations de salariés se voient proposer un tout autre discours. Au point de sortir en déplorant des négociations bloquées.
A la SNCF, le discours est un peu embarrassé : «Je pense que c’est une boulette», glisse un cadre, la direction de l’entreprise préférant pudiquement s’abstenir de toute réaction officielle. Les syndicats, eux, s’en donnent à cœur joie. L’Unsa : «Si le Président le dit, c’est forcément lui qui a raison. Nous n’imaginons pas un instant qu’il ne connaisse pas le dossier.» Prenant Sarkozy au pied de la lettre, Eric Falempin, secrétaire national de FO, se délectait lui d’une grande victoire : «On vient de gagner sur un des trois points les plus importants.»
Même discours de façade de la CGT : «J’ai pris acte», assure Didier Le Reste, secrétaire de la fédération des cheminots, qui lâche : «Quand même, tout cela n’est pas très sérieux. A force d’agitation chronique, à force de vouloir parler sur tout, il en balance pas mal des bourdes. Il s’est déplacé avec une compagnie de CRS, une nuée de caméras, pour un exercice de communication qui relève de la provocation, sur des sujets qui sont quand même sérieux et qui méritent autre chose que ça…»
Dans la soirée, l’entourage de Xavier Bertrand a répondu à Libération que le ministère confirmait" les éléments du document d’orientation du 10 octobre". C’est dit élégamment, pour démentir le Président...

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