vendredi 15 février 2008

Mémoire des enfants de France exterminés par le nazisme

Lors du dîner annuel du CRIF le Président de la République a annoncé que chaque élève de CM2 « se voient confier la mémoire de 11000 enfants français victimes de la Shoah ».

Mouvement issu de la résistance au nazisme, le MRAP est favorable à toute initiative permettant de pérenniser le souvenir des crimes racistes et de veiller à leur disparition définitive. Si l’intention d’entretenir la mémoire est en la circonstance louable, voire
nécessaire, le MRAP s’interroge fortement sur l’opportunité et la forme de la démarche annoncée.

Cependant le MRAP s'interroge, comme la plupart des éducateurs, et des pédopsychiatres sur les « parrainages individuels d’enfants juifs assassinés. »Des enfants de dix ans auront-ils les connaissances historiques et la maturité nécessaires pour comprendre que la déportation de 11 000 enfants par la police de l’État français de Pétain, puis leur assassinat dans les chambres à gaz, s'inscrit dans un système industriel de la mort planifiée ? Rien n'est moins sûr !
L'enseignement du génocide ne peut se concevoir sans un travail pédagogique qui permette de comprendre ce que fut la barbarie nazie afin d’éviter une démarche culpabilisante et mortifèreAprès la décision de faire lire la lettre du Guy Môquet dans les écoles ou les vestiaires de rugby, cette nouvelle mesure peut apparaître une fois encore comme une instrumentalisation de l’histoire et non comme le signe d’une volonté sérieuse, intégrant dans une réflexion collective, les différents partenaires de la communauté scolaire.

Le MRAP ressent en outre un profond malaise face à ce qui constitue un inacceptable « tri sélectif » des mémoires dans la mesure où les victimes Tsiganes de l’extermination nazie (Samudaripen) restent une fois encore ignorées du discours des plus hautes autorités de l’Etat.
Si 11 000 noms d'enfants juifs sont inscrits sur le mémorial de la Shoah, d'autres enfants non-juifs, les ont accompagnés dans l'horreur.
Toutes ces victimes et leurs parents étaient françaises, étrangères, apatrides, réfugiées, clandestines. Ni Vichy ni Hitler n’avaient cure de passeports ou de papiers.

Comment expliquer à des écoliers, que parmi les enfants terrorisés que l'on regroupait sur le même pallier d'un immeuble pour les envoyer vers la mort, il leur faudra se souvenir des seuls « enfants français victimes de la Shoah » ?

Comment accepter cette préférence nationale présidentielle, jusque dans le souvenir de l'indicible douleur des personnes assassinées par la barbarie ?

Le MRAP tient à rappeler l’existence d’outils essentiels pour la valorisation de lieux de mémoire tels Ysieux Il existe également sur les murs de chaque école où des enfants juifs furent raflés pour être exterminés une plaque le rappelant aux passants et, à l’intérieur de l’école, une liste de chacun des petits assassinés avec leur nom et leur âge. Ainsi, la mémoire de ce crime contre l’humanité auquel la France a participé se perpétue dignement.

Le MRAP rappelle que c’est la négation de la pleine humanité de l’autre qui est à l’origine de tous les crimes racistes, d’hier et d’aujourd’hui.

Il condamne toutes opérations de récupération politicienne, quelqu’en soient les auteurs, qui encourageraient la concurrence des mémoires.

Paris, le 15 février 2008

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Secrétariat de Direction
Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples
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Histoire du MRAP (actualisé) : http://mrap.juridique.free.fr

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