lundi 22 octobre 2007

Histoire : Confusion et impensé dans l'histoire de l'immigration à l'Ecole

Histoire : Confusion et impensé dans l'histoire de l'immigration à l'Ecole

Longtemps absente des programmes, l'histoire de l'immigration fait son entrée à l'Ecole dans la confusion, souligne le rapport de Benoît Falaize, Olivier Absalon et Pascal Mériaux, réalisé dans le cadre de la recherche "Enjeux contemporains de l'enseignement en histoire-géographie" de l'INRP.

L'enquête révèle que cette histoire occupe peu de place dans les programmes à l'exception de la filière STG et de l'école primaire. "L’histoire de l’immigration en classe est peu enseignée du point de vue historique. Ce sont les matières comme la géographie, l’éducation civique ou les langues et les lettres qui prennent volontiers en charge cet enseignement, moins dans ses dimensions historiques que contemporaines. Cet enseignement apparaît diffus et peu structuré. Il est souvent le fait de projets pluridisciplinaires qui échappent à l’ordinaire de la classe". C'est dire que l'actualité et ses enjeux sont omniprésents.

Les pratiques pédagogiques font souvent appel à l'histoire familiale et vont parfois à rebours des objectifs attendus. "Les professeurs… dans une générosité bienveillante et spontanée, « enferment » les élèves dans une reconnaissance de groupe (« les élèves Maliens », « les Maghrébins »…) où un regard extérieur ne peut être posé pour aider ces élèves en adolescence, à l’inverse même d’une conception dialogique de la construction identitaire. Le rapport d’enquête que nous remettons constate qu’il y a un impensé de l’histoire migratoire en France véhiculé par l’école et par l’institution tout entière : un impensé qui concerne non pas les immigrés eux-mêmes mais la nation elle-même et qui fait de l’étranger un autre irréductible, et de l’immigré, ou de ses enfants, une figure équivoque de la question nationale".

Le groupe de travail

Le rapport (en pdf) : http://ecehg.inrp.fr/ECEHG/enjeux-de-memoire/histoire-de-l-immigration/reflexions-generales/enseigner-l-histoire-de-l-immigration/enseigner_histoire_immigration.pdf/view (194 p.)


editorial

A propos du "flop" Guy Môquet

Cela ne fait plus de doute : à quelques heures du 22 octobre, au moment où j'écris cet éditorial, il est clair que la volonté présidentielle de célébrer dans les lycées la mort de Guy Môquet ne sera pas respectée. Parti des professeurs d'histoire-géographie, le mouvement de contestation a gagné les autres disciplines. On peut le résumer dans cette remarque d'une enseignante de français "je me servirai de cette lettre le jour et à l'heure où j'en aurai besoin dans ma progression ". On ne sait même pas si le président de la République pourra assister à la moindre cérémonie au lycée Carnot (celui de G.Môquet) à Paris… Il ne reste plus qu'à s'interroger sur ce premier, mais retentissant, "flop" présidentiel.

Dès le début les objectifs de cette opération ont été brouillés par le spontanéisme présidentiel. S'il s'agit, comme le disent les instructions du 30 août, " de rappeler aux élèves des lycées l’engagement des jeunes gens et jeunes filles de toutes régions et de tous milieux qui firent le choix de la résistance", alors force est de constater que le président et ses conseillers auraient été bien inspirés de choisir un authentique résistant. Elles évoquent "la grandeur de notre pays" en y associant une citation du président qui justement la contredit. “Aimez la France car c’est votre pays et que vous n’en avez pas d’autre”, c'est un peu court comme argument pour honorer "la grandeur nationale" !

Les propos du porte-parole, puis de M. Guaino ont achevé d'ouvrir les yeux sur le projet présidentiel. Ainsi M. Guaino déclarant que "l'école, ce n'est pas un self-service", s'interrogeant sur les refus d'obéissance des enseignants ("Tout ça est très triste mais amène à s'interroger sur ce que doivent être au fond à la fois l'éthique et les devoirs d'un professeur dont la nation a payé des études, dont la nation paie le salaire et auquel la nation confie ses enfants") et proclamant que Guy Môquet est là pour refonder une identité nationale menacée par le cosmopolitisme ("aujourd’hui, avec l’immigration, la mondialisation, la désintégration du travail, il y a un problème identitaire") a réussi à faire tourner le dos à nombre d'enseignants qui envisageaient d'utiliser la journée pour un réel travail historique.

Car ce projet est-il conciliable avec l'éthique professorale ? Un demi-siècle après Vichy peut-on attendre des enseignants qu'ils professent un amour aveugle de la patrie ? La question a déjà été posée récemment avec la loi sur "les aspects positifs" de la colonisation. On connaît la réponse des enseignants. Peut-on demander aux enseignants qu'ils participent avec leurs élèves à une cérémonie purement formelle, sans mise en perspective historique, qui serve de faire-valoir aux élus du secteur ? Comment l'Elysée n'a-t-il pas lu dans les instructions officielles mêmes de l'Education nationale qui exigent que la mémoire s'efface devant l'histoire, que la réflexion critique des élève s'exerce, le raidissement de la maison Education devant une conception aussi périmée de l'Ecole et de l'autorité ?

L'affaire Guy Môquet révèle une double erreur de stratégie et de tactique. Ce que les Français retiendront sur le fond ce sont les conceptions périmées qui logent sous les dorures élyséennes. L'obéissance passive exigée des fonctionnaires, le culte de la patrie, l'immigration perçue comme un ferment de désintégration nationale : le fossé entre l'Elysée et les valeurs de la majorité de la société française est mis à nu. Les enseignants sont plus troublés par l'utilisation qui est faite de l'ADN, par la chasse souvent aveugle, parfois mortelle, qui est faite des sans papiers que par les angoisses de M. Guaino.

Mais la leçon principale est encore plus simple : son aveuglement idéologique a empêché l'Elysée de sortir dignement de cette petite crise. Sera-t-il capable de gérer des conflits sociaux plus sérieux ?

dimanche 21 octobre 2007

Lecture controversée de la lettre de Guy Môquet lundi dans les lycées

A la demande de Nicolas Sarkozy, la lettre du jeune résistant communiste Guy Môquet à sa famille sera lue lundi dans tous les lycées de France, ou presque. Soutenus par la gauche, notamment le PC, certains enseignants et proviseurs de l'Education nationale refusent de se plier à l'exercice, dénonçant une "instrumentalisation du devoir de mémoire" au profit du politique.

Nicolas Sarkozy a cité à plusieurs reprises lors de sa campagne présidentielle la lettre adressée à sa mère par le résistant communiste de 17 ans avant d'être fusillé le 22 octobre 1941 par les Allemands. Le 16 mai dernier, lors d'une cérémonie d'hommage aux résistants fusillés en août 1944 à la Grande cascade du Bois de Boulogne, il avait annoncé sa première décision de chef de l'Etat de demander que cette lettre soit lue "en début d'année à tous les lycéens de France". Il ne fait cependant jamais mention de l'appartenance du jeune résistant au parti communiste.

Ainsi le ministre de l'Education nationale Xavier Darcos précise dans le bulletin officiel du 30 août 2007, que, "dans les classes, la lecture de la dernière lettre que Guy Môquet adressa à sa famille le 22 octobre 1941 s'insérera au sein d'une réflexion sur l'engagement des jeunes qui firent le choix de la résistance et sur les valeurs de fraternité, de justice et de liberté", avec une brochure de l'Education nationale à l'appui.

Mais le SNES (syndicat national des enseignants de second degré, majoritaire) appelle à ne pas lire cette lettre pour refuser "l'instrumentalisation du devoir de mémoire" et "cautionner l'entreprise commémorative du 22 octobre, décidée par le seul chef de l'exécutif".

"Nous ne 'boycottons' ni la mémoire de Guy Môquet ni celle de la Résistance", mais "notre travail d'enseignant n'a rien à voir avec une démarche qui vise à susciter l'émotion sans distance critique, sans replacer un témoignage, aussi poignant soit-il, dans son contexte historique", souligne le SNES. "Or, la lettre de Guy Môquet (...) ne dit rien de son engagement, elle n'évoque que son amour de la patrie, de ses parents, de sa famille et son sens du devoir".

C'est l'un des principaux reproches adressés par le comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire (CVUH). "Lue hors programme, et quel que soit le niveau de classe, cette lettre sera déconnectée de son contexte d'élaboration, et servira de véhicule à des valeurs données comme universelles, à des valeurs absolutisées", déplore Laurence de Cock-Pierrepont, historienne et professeur d'histoire au lycée Joliot-Curie de Nanterre et à l'IUFM de Versailles.

Plus modéré, le SGEN-CFDT qui déplore "l'articulation entre usage politique, devoir de mémoire et 'crédibilité' pédagogique", se déclare "pas fondé à donner des consignes impératives sur ce sujet qui relève de la confiance accordée aux enseignants". "Il revient aux équipes éducatives d'assumer des choix si possible collectifs et de revendiquer l'autonomie pédagogique pour décider d'appliquer la stratégie qu'elles souhaitent mettre en oeuvre".

A l'origine de cette idée, le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, a qualifié vendredi de "très triste" le refus de certains professeurs de lycée de lire la lettre de Guy Môquet, mettant en cause "l'éthique de ces professeurs-là". "Je trouve qu'ils prennent en otage un moment d'émotion collective (...) pour des raisons dont on a bien compris qu'elles n'avaient absolument rien à voir ni avec le contenu de la lettre, ni avec leurs devoirs de professeur ou leurs scrupules d'historien", a-t-il ajouté, fustigeant "une attitude purement politicienne, une prise en otage corporatiste, idéologique".

Le ministre de l'Education Xavier Darcos a assuré vendredi qu'il ne "fliquera" pas les professeurs de lycée qui refuseront lundi de lire la lettre de Guy Môquet. "J'ai dit aux professeurs qu'ils devaient le faire à leur manière, que si vraiment ça heurtait à ce point leur conscience d'exalter la Résistance, qu'ils ne le fassent pas", a-t-il déclaré . Lundi, le porte-parole de l'Elysée David Martinon avait précisé que les professeurs récalcitrants ne seraient pas sanctionnés.

Du côté politique, le PC prévoit un rassemblement au métro Guy Môquet dans le XVIIe arrondissement de Paris (angle rue Marcadet et Saint-Ouen), où interviendra Marie George Buffet. Le porte-parole du Parti communiste Olivier Dartigolles avait affirmé dimanche que la secrétaire nationale avait été sollicitée par Nicolas Sarkozy pour une "lecture commune" de la lettre le 22 octobre. La numéro un communiste a décliné l'invitation.

Le PS quant à lui a également mis en garde contre une "instrumentalisation de l'Histoire", appelant les enseignants à "restituer le contexte historique" et à rappeler l'"engagement" du jeune résistant communiste.

samedi 20 octobre 2007

FRANCE • Octobre noir pour le président

Le divorce de Nicolas et Cécilia Sarkozy n'a pas manqué de susciter les commentaires railleurs de la presse européenne. Revue de détail et jeu de massacre...

Le divorce de Nicolas Sarkozy n'a laissé personne indifférent en Europe : on ne compte plus les éditoriaux. Plus critiques les uns que les autres, d'ailleurs. A commencer par le Corriere della Sera, qui, dès jeudi, expliquait avec cruauté que "Nicolas Sarkozy voulait la rupture, il l'a eue. Il a gagné les élections en promettant une rupture avec le passé et l'immobilisme traditionnel français, mais c'est sa femme qui a rompu avec lui."

Le constat est presque plus sévère dans la Tribune de Genève, qui évoque "l'octobre noir" du président : "L'état de grâce est terminé. Place à l'état de crosses, celles qui s'abattent sur lui comme dans un derby de hockey sur glace. Après la tentaculaire affaire EADS, les bisbilles et chicayas au sein de sa propre majorité, les divergences croissantes avec la chancelière allemande Angela Merkel, voilà que Nicolas Sarkozy subit son grand bizutage de président : sa première grève des transports." Le tout nappé d'"une procédure de divorce" qui l'atteint "jusque dans sa vie privée". Heureusement, conclut Jean-Noël Cuénod, que "l'opposition socialiste lui permet de souffler !"

Cette conjonction de la grève des transports et de l'annonce officielle du divorce du président a, par ailleurs, le don d'agacer pas mal de quotidiens. A commencer par la Tageszeitung de Berlin, qui trouve "obscène" ce "hasard" du calendrier. Le très conservateur Daily Telegraph aussi : "Je me suis entretenu avec un ami français. 'Chapeau', m'a-t-il dit. Il parlait de Nicolas Sarkozy. Annoncer son divorce le jour de la plus grande grève des transports en douze ans est un coup de maître. Quel contre-feu ! Quel timing ! s'extasiait cet ami. Quel cynisme, fut ma seule réponse."

Et puis il y a ceux qui, comme la Frankfurter Rundschau, prennent cette information avec ironie : "Mon Dieu, que diront Jacques et Bernadette ? Un divorce à l'Elysée ! Ce Sarko a simplement trop d'énergie. Il fallait bien qu'il fasse exploser quelque chose un jour ou l'autre." Ou encore Die Welt : "Que vaut Sarkozy sans sa Cécilia ? C'est un fait qu'il a obtenu une bonne partie de ses succès non seulement accompagné de sa femme mais activement soutenu par elle. Son absence l'affaiblira-t-il sur le plan politique et en tant que président ? Ses collaborateurs ne veulent pas le croire. Mais Sarkozy se sentira un peu seul à l'Elysée."

Enfin, il y a les sérieux, comme Le Soir, pour qui "la séparation du couple Sarkozy est tout sauf une anecdote. Le divorce entre le maître de l'Elysée et la "First Lady", tout sauf juste une aubaine pour la presse people. Qu'il le veuille ou non, l'affaire sera un tournant dans le quinquennat du président français. Après six mois de mandat, celui-ci va tout simplement devoir se révéler tel qu'il est."

Et le quotidien de conclure sévèrement : "Fini la mise en scène, plus ou moins sincère, de sa vie privée. L'histoire dira – dès que l'on apprendra la chronologie du divorce – si Nicolas Sarkozy a menti en jouant la comédie de la réconciliation. Mais le voilà déjà, sans fard, les yeux dans les yeux avec les Français. Ceux-ci seront à même de le juger pour ce qu'il est : un homme politique porteur d'un projet, pas une sorte d'apprenti Kennedy cherchant à refabriquer un quelconque mythe."


vendredi 19 octobre 2007

EDUCATION : les syndicats dénoncent "la criminalisation du militantisme"


"Nous avons voulu redire notre solidarité à ceux qui se battent pour les enfants de sans-papiers et dénoncer la criminalisation du militantisme", a déclaré Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU.
Gérard Aschieri, secrétaire général de la Fédération syndicale unitaire (FSU) (Reuters)
Lors d'une conférence de presse commune, sept organisations liées à l'Education ont exprimé, vendredi 19 octobre, leur soutien aux militants poursuivis pour leur engagement auprès des sans-papiers. Les syndicats dénoncent unanimement "la criminalisation du militantisme". "Nous avons voulu redire notre solidarité à ceux qui se battent pour les enfants de sans-papiers, notamment, et dénoncer, de manière générale, la criminalisation du militantisme", a déclaré Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU aux côtés des 4 autres fédérations de l'Education (FSU, Unsa-Education, Ferc-CGT, Sgen-CFDT, Sud Education), du réseau RESF et de la FCPE (parents d'élèves).Les parties présentes tenaient notamment à renouveler leur "solidarité" à Florimond Guimard, militant RESF syndiqué au SNUIpp-FSU, à trois jours de son procès, lundi, devant le tribunal d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).Florimond Guimard avait participé à une manifestation contre l'expulsion d'un parent d'élève le 11 novembre 2006 à l'aéroport de Marignane."Une tentative d'intimidation""On a voulu tous réaffirmer que ce qui lui est reproché (violence sur agent de la force publique aggravée, ndlr) ne tenait pas, il n'est pas auteur de violences", a déclaré Gérard Aschieri."On l'interprète comme une tentative d'intimidation des militants engagés dans la lutte pour les enfants sans-papiers", a-t-il dit. Une manifestation est prévue lundi à Aix-en-Provence."Au-delà de Florimond Guimard, on a de multiples cas", a regretté Gérard Aschieri, qui a fait référence au procès, le 24 octobre à Méru (Oise), "de quatre militants RESF et FSU poursuivis pour diffamation, par le maire, après avoir dénoncé dans un tract des propos inadmissibles du maire sur les étrangers

Procédés ignobles à l'encontre des sans-papiers

Xavier Darcos sur les sans-papiers: "accueil" dans les Ecoles mais pas d'opposition à "l'application de la loi"

Le ministre de l'Education, Xavier Darcos, a rappelé dans une lettre aux recteurs fin septembre que l'Ecole se devait d'accueillir "tous les enfants", même sans-papiers, mais qu'elle n'était pas investie pour autant d'une "mission qui justifierait" une opposition à la loi.

Manifestation de soutien aux sans papiers

"Les services de l'Education nationale ne sont ni chargés de contrôler la régularité de la situation des parents d'élèves au regard de la législation sur le droit de séjour des étrangers ni investis d'une mission qui justifierait qu'ils s'opposent à la loi", assure le ministre dans cette lettre également adressée aux inspecteurs d'académie et que son entourage a transmis vendredi à l'AFP.
Dans une première partie, il rappelle le devoir d'accueil de "tous les enfants" par l'Ecole: il explique que "l'inscription des enfants n'est pas subordonnée à la régularité de la situation de leurs parents" et que les "données" recueillies auprès des parents "ne doivent comporter aucune mention relative à la régularité du séjour des étrangers en France".
Puis, il ajoute que "c'est précisément parce que la scolarisation des enfants n'est pas subordonnée à la vérification de la régularité de la situation des parents (...) que l'inscription des enfants dans une école ne peut valoir en elle-même autorisation de séjour de la famille".
"Je tiens donc à rappeler à chacun ces deux règles fondamentales: l'accueil de tous les enfants à l'Ecole et le respect par tout agent public des lois de la République", conclut-il.
Ce courrier, daté du 24 septembre, a été envoyé aux recteurs et inspecteurs d'académie plus de deux semaines avant celui adressé par cinq organisations de l'Education (FSU, Unsa-Education, Sgen-CFDT, Ferc-CGT et Sud-Education), jeudi, à M. Darcos et à Brice Hortefeux, ministre de l'Immigration, demandant un titre de séjour "vie privée et familiale" pour les familles d'enfants sans-papiers scolarisés.


Usurpation d'identité pour interpeller des parents devant un collège : ouverture d'une enquête

La police a ouvert une enquête administrative sur des enquêteurs de la police judiciaire soupçonnés d'avoir usurpé l'identité d'un conseiller principal d'éducation (CPE) pour convoquer des parents au collège de leur enfant et les interpeller, a-t-on appris vendredi de sources concordantes.
"Une enquête administrative en cours a révélé qu'il s'agissait d'enquêteurs de la PJ qui recherchaient dans le cadre d'une commission rogatoire une femme soupçonnée de trafic d'héroïne", a-t-on appris de source policière.
"L'enquête administrative se poursuit afin de déterminer si des fautes professionnelles ont été commises", a-t-on précisé.
Selon Sud-Education, des parents ont été convoqués d'urgence par quelqu'un se présentant comme le CPE du collège Utrillo (XVIIIe arrondissement) et ont constaté, une fois sur place, que "personne parmi l'équipe du collège n'était au courant".
"Lorsque les parents sont ressortis, des policiers les attendaient pour les arrêter et les embarquer au commissariat", a précisé le syndicat dans un communiqué. Selon lui, "un policier a reconnu que c'était lui qui avait usurpé l'identité du CPE".
Dans un courrier adressé vendredi au ministre de l'Education Xavier Darcos, le secrétaire général de la FSU, Gérard Aschieri, dénonce un procédé "parfaitement immoral et certainement punissable par la loi".
Il évoque "un émoi considérable dans la communauté éducative de l'établissement" et estime que ça "pose un réel problème pour l'exercice serein des missions d'éducation".
"Après un tel acte, comment imaginer que les personnels susceptibles de rencontrer des familles puissent établir les relations de confiance nécessaires", ajoute-t-il, en regrettant que l'affaire contribue à "jeter le discrédit sur les services publics et les missions de ses personnels".
Interrogé par l'AFP, le ministère a déclaré que, "si les faits sont avérés, ce fait divers est déplorable". "Les sanctions nécessaires seront prises par les autorités compétentes, en l'occurrence, la préfecture de police", a-t-il ajouté.

Communiqué envoyé par SUD éducation Paris au Recteur

A Monsieur le Recteur de l’académie de Paris

Objet : affaire du collège Utrillo
SUD éducation Paris vient d’être informé d’un événement d’une portée extrêmement grave survenu au collège Utrillo, dans le XVIIIème arrondissement de Paris :
Des parents ont reçu un coup de téléphone émanant soi-disant du CPE leur enjoignant de passer en urgence au collège où est scolarisé leur enfant. Lorsqu’ils se sont présentés, le CPE très étonné leur a affirmé ne pas les avoir contactés, et après vérification il est apparu que personne parmi l’équipe du collège n’était au courant de quoi que ce soit. Lorsque les parents sont ressortis, des policiers les attendaient pour les arrêter et les embarquer au commissariat. Un policier a reconnu que c’était lui qui avait usurpé l’identité du CPE pour tendre ce piège immonde aux parents !
SUD éducation Paris s’indigne de ces méthodes honteuses. De plus en plus chaque jour, la fin semble justifier pour les forces de police l’emploi de tous les moyens, même les plus immoraux, même les plus illégaux !
SUD éducation Paris dénonce cette nouvelle escalade, qui relève soit d’une grande bêtise soit d’un cynisme inimaginable. Ce n’est pas seulement l’identité de notre collègue qui a été usurpée, c’est sa fonction qui a été détournée abusivement. Quelle société sommes-nous en train de construire, si demain les élèves ou les parents doivent se méfier lorsqu’ils sont invités à un rendez-vous dans leur établissement scolaire ?
SUD éducation Paris exige de la part des autorités académiques que toute la lumière soit faite sur cette affaire, et qu’une protestation officielle soit transmise à la Préfecture de Police.
http://www.sudeducation75.org/article.php3?id_article=213

CHRONIQUE D’UNE RAFLE DEGUEULASSE ANNONCEE A PARIS



Selon des informations concordantes émanant de sources sures, une monstrueuse rafle de sans papiers serait prévue demain 19 octobre à Paris. Il s’agirait pour la préfecture de police de Paris de rattraper son important retard par rapport aux quotas d’expulsions imposés par le ministère de la rafle et du drapeau. En, effet, la préfecture de police devrait afficher 3680 prises en fin d’année. Elle n’en est pas à la moitié.
Le Réseau Education sans frontières s’associe aux recommandations de prudence données par la Ligue des Droits de l’Homme : 1/ Eviter de se déplacer. 2/ Si on y est contraint, éviter les gares et le métro, privilégier le bus ou la marche.3/ Se déplacer avec son titre de transport, mais sans passeport. 3/ Ne se rendre à aucune convocation sans avoir prévenu et être accompagné. 4/ Ne pas ouvrir sa porte si on ne sait pas qui frappe. Relayez et prévenez autour de vous.
Le RESF appelle d’autre part les Parisiens et ceux qui se trouveraient à Paris demain à placer les interventions policières sous le regard de la population, à les encourager quand elles font leur travail de lutte contre la criminalité, de secours à la population ou d’organisation de la circulation, mais aussi à témoigner solidarité et sollicitude aux étrangers arrêtés si d’aventure les forces de police étaient employées à des tâches que la conscience de chacun, et celle de nombreux policiers, ne peut que réprouver.

Manifestation contre la loi Hortefeux le 20 octobre à Paris

Il est possible que, sachant son projet éventé, la préfecture de police l’annule ou le reporte. Mais il n’empêche que même si le terme lui déplait, c’est bien une rafle d’une ampleur inégalée peut-être depuis la guerre d’Algérie que prépare la préfecture. Comme si la police n’avait pas d’autre mission que de donner la chasse à des hommes, des femmes, des enfants même, dont le seul tort est de n’être pas né dans un pays riche et de n’avoir pas de papiers de la bonne couleur !
Il reste que des fuites nombreuses ont eu lieu et le projet a été éventé. Cela prouve, et c’est heureux, qu’il se trouve des fonctionnaires qui ne sont pas prêts à tout cautionner et qui prennent leurs responsabilités en sabotant ce qu’ils considèrent à bon droit comme quelque chose de bien dégueulasse. Le sarkozysme n’a pas encore tout corrompu.

Précisions de dernières heures suivantes :
1) Une bonne partie de l’opération devait être ciblée sur le 10e arrt
2) La PP semble avoir réduit l’ampleur de la rafle du fait qu’elle a été éventée. Elle dit maintenant qu’il y avait quelque chose de prévu mais pas plus que d’habitude et que s’il y avait beaucoup de sorties prévues, c’était pour préparer le match de samedi. Ben voyons...

A l'école des sans-papiers (blog sur liberation.fr)
Parents d'élèves et enseignants, pour la plupart membres de RESF, racontent le quotidien des enfants de familles sans papiers.

http://sanspapiers.blogs.liberation.fr/sans_papiers/2007/10/arrestation-dun.html
11/10/2007

jeudi 18 octobre 2007

Les Français commencent à s’apercevoir que le slogan « travailler plus pour gagner plus » était un leurre

Interview de Laurent Fabius publiée par le journal Le Monde.

Vous étiez mercredi le principal orateur du groupe socialiste lors de la discussion budgétaire. Faut-il y voir une reconnaissance de la position d’actif sage que vous revendiquez ?

En tout cas, je me réjouis de cette intervention car le budget est l’ossature de la politique du gouvernement. Ce budget 2008 est fondé sur des chiffres auxquels personne ne croit. Il ne soutiendra vraiment ni la demande ni la compétitivité des entreprises. Compte tenu des déficits abyssaux et du "boulet fiscal" qu’il comporte, il y aura donc probablement un autre budget, caché celui-là, mais révélé après les élections municipales de mars. Désosser cette politique, formuler des contre-propositions, c’est un rôle d’opposant utile à un moment où beaucoup à gauche se demandent où est passée l’opposition. J’aimerais que, la bataille parlementaire achevée, ces citoyens interrogatifs se disent : la gauche est de retour.

Il faut agir pour « déconstruire » la droite et reconstruire la gauche. La droite se flatte d’une pseudo-ouverture. Une vraie ouverture eût consisté à demander à l’opposition de la rejoindre sur telle ou telle question en reprenant une partie de ses idées. Là, le Président propose à des personnalités, qui y ont une prédisposition, de venir au Gouvernement appliquer sa propre politique : c’est du débauchage. La fausse ouverture est donc une vraie fermeture du débat démocratique. En même temps, nous devons reconstruire la gauche. C’est-à-dire à la fois réaffirmer nos valeurs - égalité, liberté, laïcité, service public, internationalisme - qui restent pertinentes et adapter certaines de nos propositions pour les rendre mieux opératoires. Il faut enfin clarifier notre stratégie, celle d’une gauche décomplexée, rassembleuse et diverse. A la base, les électeurs, les militants, les élus nous veulent actifs, combatifs. Avec d’autres, je suis décidé à sonner le réveil.

Sur quels sujets faut-il adapter les propositions du PS ?

Le grand sujet, c’est en France et en Europe de nous montrer plus offensifs et plus efficaces dans la mondialisation. Je plaide depuis longtemps pour que nous placions au premier rang l’environnement : nous devons aller beaucoup plus loin qu’aujourd’hui sur les économies d’énergie, la fiscalité écologique, l’habitat, les transports. De même, rendons l’action publique plus efficace : notre système brasse beaucoup d’argent, avec un impact redistributif faible. En matière européenne, nous manquons d’audace : je développerai dans les semaines qui viennent la proposition d’une Coopération européenne pour la recherche et l’innovation (CERI) ; ce serait le premier exemple de "coopération renforcée" réussie.

Le congrès de 2008, qui doit-être celui de la rénovation, devra-t-il régler la question du leadership au sein du PS ?

Plus que d’une simple rénovation, nous avons besoin d’une véritable reconstruction. Elle ne doit pas être fermée sur le PS. A terme, il faut imaginer un grand parti socialiste et progressiste qui respecte les différentes sensibilités de la gauche et dépasse les frontières actuelles. S’agissant du leadership, pourquoi décider en 2008 la candidature pour 2012, 2017 ou 2022 ? En revanche, le Congrès doit permettre de repartir du bon pied et renouveler les équipes. Pour ma part, j’entends me consacrer aux questions de fond sans me mêler du meccano interne.

Quel jugement portez-vous sur le traité européen simplifié et sur les mouvements de grève du 18 octobre ?

Sur le le traité européen simplifié, j’attends de voir le texte mais une chose est déjà acquise : un sujet qui a été tranché par référendum ne peut être à nouveau valablement tranché que par le peuple. J’espère que nous pourrons dégager une position de rassemblement du PS, et que nous saurons aussi considérer l’essentiel, qui ne se trouve pas dans les procédures mais dans les politiques européennes à mettre en oeuvre.

Quant à la mobilisation sociale, au-delà des régimes spéciaux, sorte de ballon d’essai gouvernemental, elle porte sur l’ensemble des retraites, le pouvoir d’achat, l’emploi. Des efforts sont nécessaires, des changements aussi, mais ils doivent être répartis équitablement, or ils ne le sont absolument pas. Les Français commencent à s’apercevoir que le slogan « travailler plus pour gagner plus » était un leurre. C’est le début d’une prise de conscience. Au PS et à la gauche de l’amplifier et d’offrir au pays une autre perspective.

mardi 16 octobre 2007

Test ADN : un acharnement méprisant.


Malgré une vaste mobilisation citoyenne, la condamnation sans appel des autorités morales, politiques, associatives, religieuses, le gouvernement persiste et signe dans son obstination à criminaliser le droit fondamental de vivre en famille. En maintenant l’infamant et
humiliant amendement discriminatoire ADN, en biologisant le droit, le gouvernement manifeste son mépris face aux valeurs républicaines, à l’expression de l’indignation massive, et fait preuve d’autisme politique.

Le vote de la loi sur la maîtrise de l’immigration, assortie de cet amendement dangereux restera comme une tache dans la série des violations des droits et des libertés fondamentaux en France.

Aussi, le MRAP, qui espère la saisine du Conseil constitutionnel, appelle à une riposte déterminée à la hauteur de cet affront en participant massivement à la journée de mobilisation nationale du 20 octobre 2007 (départ Belleville à 14h30).

Paris, 16 octobre 2007.

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Message transmis
Secrétariat de Direction
Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples
43 bd Magenta - 75010 Paris

Laurent Fabius : L’amendement ADN doit être mis à la poubelle



Pourquoi le recours aux tests ADN pour contrôler l’immigration régulière est-il inacceptable ? Parce qu’il est au croisement de deux thèses elles-mêmes inacceptables.

La première, c’est la "génétisation" de la société. Par un usage perverti de la science, certains voudraient, contre la tradition philosophique et juridique de notre pays, faire dépendre le destin des individus de la génétique et les sélectionner sur cette base.

On dira : pourquoi cette émotion, c’est une affaire ponctuelle, sans passé ni lendemain. L’ennui, c’est que le précédent Ministre de l’Intérieur proposait, il y a peu,de dépister les comportements pré-délinquants chez les enfants à partir de 3 ans.

L’ennui, c’est qu’un candidat à l’élection présidentielle affirmait dans un entretien avec un philosophe que la pédophilie et le suicide sont inscrits dans les gènes. Et voilà qu’on voudrait maintenant fonder le regroupement familial sur l’inné. Ce biologisme heurte le principe d’égalité. Il est aussi contradictoire avec les odes à la liberté que les partisans du test ADN entonnent volontiers.

La génétisation de la société se croise avec une seconde thèse, également inacceptable, la stigmatisation des immigrés. Quatre lois en quatre ans sur les immigrés ou plutôt contre eux. Les préfets sommés de "faire du chiffre", quitte à organiser la "chasse" aux enfants de sans papiers. Et voilà qu’on nous parle maintenant - c’est la prochaine initiative - de "quotas d’immigrés régionaux" avec débat chaque année au Parlement. La proposition d’un test ADN, c’est laisser entendre qu’un étranger serait par nature un risque et même potentiellement un délinquant. Il est temps de porter un coup d’arrêt. Sinon, l’immigration servira de plus en plus comme bouc émissaire de tous les problèmes et comme un filon pour multiplier les clins d’oeil à l’extrême droite.

Un dernier point. Je ne pense pas que ce soit le seul Monsieur Mariani, auquel on doit cette offensive anti-égalité, anti-liberté, anti-immigré. Dans notre système institutionnel, il faut savoir que les textes de loi s’ils émanent du gouvernement subissent le contrôle du Conseil d’Etat alors que les amendements d’origine parlementaire, eux, en sont dispensés. Il est donc fort possible que les tests ADN ont été proposés par un député pour éviter que le Conseil d’Etat adresse un carton rouge.

Ne considérons pas non plus que l’amendement que nous combattons cesserait d’être un scandale parce qu’il serait allégé d’une partie de sa substance puisque c’est précisément pour faire scandale et flatter une certaine opinion qu’il a été proposé et accepté.

Ma conclusion est simple : l’amendement ADN doit être mis à la poubelle et, avec lui, les idées qu’il porte. C’est le sens de mon engagement et, je crois, aussi du vôtre.

lundi 15 octobre 2007

Tous ensemble contre l’ADhaine


L’appel contre l’amendement Mariani a rempli le Zénith, hier soir, à Paris.

Qu’est ce que vous faites dehors, mes beautés, il y a un concert gratuit contre les lois ADN.» 20 heures, hier, devant le Zénith, à Paris. Malheureusement, les beautés ne rentreront pas. La salle est bondée. Plus de 6 000 personnes de tous âges ont répondu à l’appel de Charlie Hebdo, SOS Racisme et Libération contre l’amendement Mariani de la loi Hortefeux sur l’immigration. «C’est trop, trop grave, cela nous rappelle ce qui s’est passé il y a soixante ans», dit à l’entrée Viviane Securani, 64 ans. «C’est antirépublicain, et cela ne représente pas notre société. On a tellement stigmatisé les immigrés qu’on a l’impression qu’il n’y a plus rien à faire», expliquent en chœur Pauline et Florent, 27 et 23 ans. Malheureux d’être sans billets.

Dedans, cela se presse. On attend les artistes, les politiques. «Il y a une voiture, ils disent que c’est le staff de Fabius, mais il n’y a pas Fabius dedans», dit un membre de l’organisation. «Laisse entrer, et on avise après», répond un autre. Jack Ralite râle. Il va falloir qu’il coupe dans son texte : «Une minute, ce n’est pas la peine, je ne parle pas.» Amélie Nothomb boit du champagne pour se donner du courage. D’autres parleront avant elle. Comme Bernard-Henri Lévy (1) : «Ceux qui sont pour cet amendement sont des apprentis sorciers qui ouvrent des brèches d’une gravité extrême […] Ils ont porté un mauvais coup à la science.» Ou encore Bertrand Delanoë, maire de Paris : «Cet amendement est une tâche sur l’âme de ce que nous sommes collectivement.» Arrive le chanteur ivoirien Tiken Jah Fakoly. Qui lance entre deux chansons : «Je suis africain et pas un bandit, et je dis à Sarkozy de pas toucher à mon ADN.» Sur l’écran, un dessinateur de Charlie le gratifie d’un croquis légendé: «la Jamaïque qui se lève tard». Après le reggae, Isabelle Adjani, chapeau bleu, veste sombre, dit : «Sommes-nous devenus fous au point d’oublier que quand la xénophobie fait appel à la science, le pire est toujours à craindre ?»

François Hollande rappelle que le PS prépare un recours auprès du Conseil constitutionnel si le gouvernement ne retire pas l’amendement Mariani. François Bayrou explique, lui, que le texte a été «réduit», mais maintenu dans l’esprit. Et Laurent Fabius parle d’un amendement «inacceptable», qui risque de «conduire à l’eugénisme».

(1) Actionnaire et membre du conseil de surveillance de Libération.

Bertrand Delanoë au meeting "Touche pas à mon ADN"
envoyé par jeunes-paris15


vendredi 12 octobre 2007

La Cité nationale de l’histoire de l’immigration à l’ombre des tests ADN


« Changer le regard contemporain sur l’immigration », c’est la mission de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration qui ouvre ses portes ce mercredi au grand public, au Palais de la Porte Dorée, à Paris. Mais la tension régnant autour de la politique française d’immigration est venue bousculer un événement qui aurait dû être une grand-messe républicaine.

« Chaque fois qu’une civilisation n’a pas réussi à penser l’autre, ces raides préservations de pierres, de barbelés, ou d’idéologies closes se sont élevées. » Comme un pied de nez au ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Co-développement, Brice Hortefeux, cette citation extraite du texte Les murs des écrivains martiniquais Patrick Chamoiseau et Edouard Glissant trône en gros caractère sur une pancarte amovible à l’entrée de la toute nouvelle Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI). Mardi après-midi, alors que les ouvriers mettaient la dernière main aux travaux avant l’inauguration, l’institution organisait une conférence de presse et une visite des lieux dirigée par un guide de choix, Jacques Toubon, ancien ministre de la Culture et de la Justice, président du Conseil d’orientation de la Cité.

"Les trois rameaux supposés de l’humanité"

A travers les objets, photographies, caricatures, films d’archive et enregistrements sonores, les journalistes suivaient ses explications enthousiastes, mais demeuraient taraudés par la même interrogation : pourquoi n’y a-t-il pas d’inauguration officielle ? Brice Hortefefeux est passé discrètement lundi, pour éviter les associations qui menaçaient de manifester si elles apprenaient qu’il se rendait sur les lieux. Christine Albanel, le ministre de la Culture, y fera une simple incartade mercredi soir. Quant à Nicolas Sarkozy et François Fillon, ils n’ont pour l’instant retenu aucune date de visite. La polémique sur la loi de l’immigration, entre test ADN et la querelle sur les hébergements d'urgence , aura définitivement assombri le ciel de la toute nouvelle CNHI. Agacé par les insistantes questions de la presse, Jacques Toubon a sèchement répondu que « la Cité, c’est la Cité. La politique, c’est la politique. »

L’immigration, une thématique qui ne se laisse pas si facilement enfermer dans un musée

Pour l’historien Gérard Noiriel, qui a démissionné le 18 mai des instances dirigeantes de l’établissement avec sept autres chercheurs pour protester contre l’intitulé du portefeuille de Brice Hortefeux, le travail de la CNHI s’inscrit dans le débat politique actuel. « Si, nous, on voulait glorifier la bonne immigration, c’est à dire l’ancienne, et stigmatiser la nouvelle, il y aurait déjà eu une inauguration officielle ! », a-t-il affirmé aux journalistes qui se pressaient autour de lui. « L’immigration est montrée comme négative. On montre du doigt les clandestins, alors que la France est un pays qui est né par l’immigration », a-t-il tenu à ajouter. L’historien s’est dit heureux de la naissance de la CNHI mais a regretté que le projet rencontre des « obstacles » inattendus « nés suite à la campagne présidentielle de 2007. »

Patricia Sitruk, la directrice de l’établissement, nous a confié que, pour elle, l’essentiel est de travailler sans subir de pressions politiques : « ce qui est important pour nous, c’est de mener à bien la mission inscrite dans notre décret constitutif : diffuser, transmettre, deux siècles d’histoire de l’immigration et, par là, changer le regard contemporain sur l’immigration. » Un projet ambitieux qui entend aller à la rencontre des jeunes, en particulier ceux issus des anciennes colonies françaises. « Ce public jeune a besoin, comme nous, de connaître l’histoire de France pour vivre un présent apaisé. A travers des outils pédagogiques, la formation des enseignants [qui travaillent à l’élaboration du contenu du lieu], et le contenu de la programmation, nous l’interpellerons. » Ce dernier n’étant pas a priori passionnés par les musées, Patricia Sitruk entend relayer l’action de la CNHI auprès d’eux grâce à un réseau de 1500 associations et faire de son établissement un lieu de vie où se tiendront des animations artistiques et des débats.

Faire évoluer le regard des Français contemporains sur l’immigration, les aider à avoir un regard positif sur l’autre plutôt que d’entretenir un discours de méfiance et de haine est une ambition louable. Cependant, pour l’heure, c’est le regard du Français « intégré » sur l’immigré qui est largement privilégié dans les salles présentées au public.

Il faut espérer que, dans les expositions à venir, la perception des immigrés originaires des anciennes colonies françaises et de leurs enfants sur l’Hexagone trouvera une plus grande place. Une Cité nationale de l’histoire de l’immigration, installée dans le pavillon de l’exposition colonial de 1931, l’ex-musée des colonies françaises, ne gagnerait aucun crédit à chosifier les immigrés.

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mercredi 10 octobre 2007

Mémoire de l'immigration, par un collectif d'historiens


La Cité nationale de l'histoire de l'immigration ouvre ses portes sans tambour ni trompette, comme si les plus hautes autorités de l'Etat cherchaient aujourd'hui à minimiser l'événement. Et, pourtant, l'ouverture de ce lieu de mémoire marque un moment important dans la vie politique et culturelle française. Le rôle majeur joué par l'immigration dans l'histoire contemporaine de la France est enfin reconnu par la communauté nationale.

En mai, nous avons démissionné du conseil scientifique de la CNHI, en dépit de notre attachement à ce projet, parce que la création du "ministère de l'immigration et de l'identité nationale", par son intitulé même, contredit les objectifs civiques que poursuit la Cité. Cette association de mots ne pouvait que conforter les stéréotypes et les préjugés qui existent aujourd'hui en France sur l'immigration.

Quatre mois après la création de ce ministère, nous constatons, hélas, que nos craintes étaient fondées. Les immigrés sont présentés, désormais, comme une menace pour l'identité nationale, comme des fraudeurs en puissance, des suspects qui doivent recourir à des tests ADN pour prouver leur bonne foi et leur bon droit. L'histoire de l'immigration est fréquemment mobilisée pour justifier ces mesures, dans des discours opposant les "bons" immigrés d'hier, respectueux des "valeurs républicaines" et qui "ont fait l'effort de s'intégrer", aux "mauvais" d'aujourd'hui.

Le projet défendu par la CNHI va à l'encontre de ces stéréotypes. Ceux qui l'ont conçu et porté ont toujours refusé de les cautionner, de même qu'ils ont toujours refusé d'entrer dans les polémiques stériles opposant les adeptes de la repentance et les tenants de l'antirepentance. La CNHI est un établissement culturel qui a une vocation éducative. Sa principale mission est de faire mieux connaître l'histoire des migrations pour combattre les contre-vérités et les fantasmes ; c'est la seule façon de former des citoyens un peu plus tolérants et respectueux des autres.

En dépit des difficultés qui ont jalonné sa mise en place, cette Cité est le résultat d'un travail collectif auquel ont contribué associations, chercheurs et acteurs de la vie publique, tous convaincus, au-delà de leurs divergences de vues, qu'il fallait changer le regard sur l'immigration. A contre-courant de l'offensive actuelle, on peut faire le pari que cette idée reste et sera partagée par un très grand nombre de Français. Pour toutes ces raisons nous souhaitons longue vie à la CNHI. Mais nous appelons à la vigilance pour éviter que ce lieu de mémoire soit détourné de sa fonction première.

Marie-Claude Blanc-Chaléard, historienne Paris-I ;

Geneviève Dreyfus-Armand, historienne ;

Nancy L. Green, historienne EHESS ;

Gérard Noiriel, historien EHESS ;

Patrick Simon, démographe INED ;

Vincent Viet, historien IDHE ;

Marie-Christine Volovitch-Tavarès, historienne

Patrick Weil, historien CNRS-Paris-I.

mardi 9 octobre 2007

La science asservie à la xénophobie

Quand un pays, ou du moins quelques-uns dans ce pays, asservissant la science à la xénophobie, songent à se protéger des étrangers à l'aide d'une barrière de gamètes, qu'en conclure ? Que ce pays chavire ? Qu'il est pris de délire, au risque de renier son histoire ? Ou tout cela à la fois ?

Son histoire, la nôtre, c'est celle d'un pays qui n'a cessé, depuis qu'il existe, d'accueillir des étrangers. Ce sont bien des "étrangers", n'est-ce pas, les Francs, venus d'outre-Rhin, qui lui ont donné son nom ? Et tous les autres, lentement attirés vers l'ouest du continent parce qu'ils étaient persécutés, pauvres, ou tout simplement à la recherche d'une vie meilleure ? Et les autres encore, ceux qui sont venus du sud, plus tard, pour les mêmes raisons ? Mille ans, au moins, que ce mouvement existe, et qu'il a progressivement constitué la France. Terre d'asile.

Regarder l'étranger comme une menace en puissance, c'est donc tout simplement répudier l'histoire de ce pays. C'est très exactement renier son identité, celle-là même dont la politique aujourd'hui proposée se réclame. L'identité nationale de la France, son génie propre, c'est précisément de l'accueil des "étrangers" qu'elle s'est lentement constituée.

Mais il y a plus. Pour les parents, pour les enfants, l'approche biologisante aujourd'hui proposée porte atteinte au lien qu'ils tissent jour après jour. Ce lien n'a rien à voir avec la génétique. Si la biologie y est certes présente, dans la majorité des cas, elle n'en est pas constitutive. Réduire la filiation, la famille, aux seuls liens du sang, c'est entreprendre une véritable régression conceptuelle, à laquelle notre droit comme notre culture se sont toujours refusés.

DROITS DE L'ENFANT

Ne sommes-nous pas un pays doté d'une législation sur l'adoption plénière qui va jusqu'à effacer la trace de la filiation biologique antérieure de l'enfant, lorsqu'elle est connue ? Un pays qui, contre vents et marées, maintient l'accouchement anonyme, au mépris de la Convention internationale sur les droits de l'enfant ? Dans les naissances sous X, justement, la filiation biologique est scrupuleusement effacée, de telle sorte que l'adoption plénière soit irrévocable et irrécusable.

En 1990, le Sénat et l'Assemblée nationale ont ratifié à l'unanimité la Convention internationale sur les droits de l'enfant. La France devenait ainsi, et elle s'en est honorée, le premier pays de l'Europe - des Douze, à l'époque -, à le faire. Ce texte, à présent ratifié par tous les pays du monde sauf deux - les Etats-Unis et la Somalie - est un traité de droit international qui s'impose naturellement à notre droit interne.

Or que dit cette Convention sur ce sujet ? On peut lire dans son article 10 très exactement ceci : "Toute demande faite par un enfant ou ses parents d'entrer dans un Etat-partie ou de le quitter aux fins de réunification familiale est considérée par les Etats-partie dans un esprit positif, avec humanité et diligence." "Humanité", les tests ADN qui seraient imposés aux seuls étrangers ? "Esprit positif", le règne du soupçon qu'une telle démarche symbolise et véhicule ?

Puisque la France se veut Etat de droit, qu'elle respecte les textes au regard desquels elle a contracté des obligations absolues. Retour au texte, donc. Retour à la diligence et à l'humanité dont ce traité est porteur. Retour à l'identité nationale, la vraie, celle qui a su faire leur place, toute leur place, à ces "étrangers" dont nous sommes les enfants, les frères, les soeurs, et les parents.

Claire Brisset, ancienne défenseure des enfants

Charlie Hebdo et SOS Racisme lancent la pétition contre les tests ADN.


En instaurant des tests ADN pour prouver une filiation dans le cadre d’un regroupement familial, l’amendement Mariani, adopté par l’Assemblée Nationale, fait entrer la génétique dans l’ère d’une utilisation non plus simplement médicale et judiciaire mais dorénavant dévolue au contrôle étatique. Cette nouvelle donne pose trois séries de problèmes fondamentaux.

Tout d’abord, des problèmes d’ordre éthique. En effet, l’utilisation de tests ADN pour savoir si un enfant peut venir ou non rejoindre un parent en France pose d’emblée cette question : depuis quand la génétique va t’elle décider de qui a le droit ou non de s’établir sur un territoire ? Au-delà, depuis quand une famille devrait-elle se définir en termes génétiques ? Sont pères ou mères les personnes qui apportent amour, soin et éducation à ceux et celles qu’ils reconnaissent comme étant leurs enfants.

Ensuite, cet amendement fait voler en éclats le consensus précieux de la loi bioéthique qui éloignait les utilisations de la génétique contraires à notre idée de la civilisation et de la liberté.

Enfin, cet amendement s’inscrit dans un contexte de suspicion généralisée et récurrente envers les étrangers qui en vient désormais à menacer le vivre ensemble. Car tout le monde s’accorde à dire que la fraude au regroupement familial ne peut être que marginale au regard des chiffres d’enfants annuellement concernés et au regard de l’absence de raison substantielle qu’il y aurait à frauder dans ce domaine. En effet, quelle étrange raison pousserait les immigrés à faire venir massivement dans notre pays des enfants qu’ils sauraient ne pas être les leurs ? Autrement dit, l’amendement instaurant les tests ADN n’a pas pour fonction de lutter contre une fraude hypothétique mais bien de participer à cette vision des immigrés que nous récusons avec force.

Nous sommes donc face à un amendement qui, sur les plans éthique, scientifique et du vivre ensemble introduit des changements profondément négatifs. C’est pourquoi, nous, signataires de cette pétition, appelons le Président de la République et le Gouvernement à retirer cette disposition, sous peine de contribuer, en introduisant l’idée que l’on pourrait apporter une réponse biologique à une question politique, à briser durablement les conditions d’un débat démocratique, serein et constructif sur les questions liées à l’immigration.

http://www.touchepasamonadn.com/

samedi 6 octobre 2007

Vers un face-à-face birman


Une semaine après l'écrasement d'un mouvement de protestation populaire au Myanmar, Aung San Suu Kyi seraite prêt à examiner "sous un jour positif" l'invitation du chef de la junte militaire, Than Shwe. Celui-ci avait déclaré la veille à la télévision d'Etat être prêt à recontrer l'opposante - une première depuis cinq ans - à condition que celle-ci abandonne son soutien aux sanctions occidentales.

Alors que la répression continue de s'abattre contre les opposants au régime, une vingtaine d'anciens chefs d'Etat ou de gouvernement ont par ailleurs fait parvenir au président chinois Hu jintao une lettre lui demandant d'user de son influence pour parvenir à un "dialogue pacifique" au Myanmar.

Dessin de Zapiro paru dans Mail & Information (Johannesburg)


EADS : du scandale financier à l’affaire d’État


Le Parti socialiste dénonce avec la plus grande fermeté les petits arrangements, les manipulations et la recherche du profit à tout prix qui ont prévalu jusqu’au plus haut sommet de l’État dans l’affaire EADS.

Non content de laisser l’entreprise affronter une crise industrielle et sociale, la droite n’a pas hésité à organiser la socialisation en amont des pertes de Lagardère.
C’est en effet en toute connaissance de cause que le gouvernement de l’époque, auquel appartenait l’actuel Président de la République, a fait racheter la moitié de sa participation par des institutionnels à hauteur de 7,5%. La Caisse des dépôts, qui a porté sur ordre cette opération, a investi deux milliards d’euros, dont un tiers est parti en fumée peu de temps après.

Après l’affaire Clearstream, et le dossier SOGERMA, l’affaire de la vente de stock-options par les dirigeants et de la participation de deux des actionnaires principaux, avant l’annonce de plusieurs difficultés industrielles majeures (A380 et A350), n’avait fait qu’accroître les difficultés de l’entreprise et le trouble des salariés.

Le comportement des dirigeants, pour scandaleux qu’il soit, ne doit pas masquer la véritable responsabilité de l’État qui a couvert ces cessions.
Le Parti socialiste demande que toute la lumière soit faite dans les plus brefs délais sur cette affaire, y compris sur les responsabilités politiques du gouvernement de l’époque.


jeudi 4 octobre 2007

MRAP • Le votre du sénat sur le test ADN est une faute morale

Le Sénat vient de voter l’amendement sur les tests ADN pour les candidats au regroupement familial. Malgré les aménagements de dernière minute permettant soit disant d’encadrer, il reste que ce vote représente une régression, une tache qui souille la page de l’histoire des droits et des libertés fondamentales.

Pour le MRAP ce vote reste une faute éthique, morale. Il représente une humiliation à l’endroit d’hommes, de femmes, d’enfants en quête d’une vie digne. Cet amendement est révélateur de l’autisme et de l’acharnement obsessionnel de ce gouvernement contre l’immigration. Il représente un affront à l’égard de toutes celles et tous ceux qui se sont mobilisés contre ce texte qui criminalise le droit fondamental de
vivre en famille.

Il reste que cet amendement ne saurait dissimuler les autres dispositions tout aussi inacceptables de ce projet de loi, que le MRAP n’aura de cesse de dénoncer. Le MRAP, qui encourage la mobilisation citoyenne, attend que tous les moyens soient mis en oeuvre, y compris la saisine du Conseil constitutionnel, pour faire barrage à ce projet qui structure de manière racisante la société française.

Mouloud Aounit

Paris, le 4 octobre 2007.

Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples
43 bd Magenta - 75010 Paris

CORÉES • Un sommet pour la paix


Le sommet intercoréen prévu du 2 au octobre [à Pyongyang] ne suscite guère d’intérêt en Corée du Sud, où tous les yeux sont rivés sur une incroyable affaire d’escroquerie ayant pour origine l’ancienne directrice artistique de la Biennale de Kwangju et impliquant des hommes politiques. Mais, surtout, contrairement au sommet de juin 2000 entre le président sudiste de l’époque Kim Dae-jung et Kim Jong-il, qui avait été qualifié d’historique et avait suscité une immense vague d’émotion au Sud, ce deuxième rendez-vous est considéré comme une chose presque naturelle, tant la réconciliation avec le Nord fait désormais partie du paysage quotidien des Sud-Coréens.

Le sommet de l’an 2000 était le résultat d’une volonté commune des deux pays et avait abouti, à la fin de la même année, à un rapprochement spectaculaire entre Pyongyang et Washington. Autrement dit, la collaboration intercoréenne a pu servir de moteur dans l’évolution des rapports entre le Nord et les Etats-Unis. En revanche, cette fois, l’idée d’un sommet n’a commencé à se concrétiser qu’à partir du moment où les tensions se sont apaisées entre Kim Jong-il et George W. Bush. Il est vrai aussi que le problème du nucléaire nord-coréen a de quoi modérer l’enthousiasme. Le report des pourparlers à six sur cette question [initialement prévus le 19 septembre, ils ont été repoussés au 27 septembre] n’est pas fait pour rassurer ceux qui craignent que ce problème pèse sur le sommet. Puisqu’elle est étroitement liée au nucléaire et aux pourparlers, cette rencontre devra être l’occasion pour Séoul d’affirmer son rôle de meneur dans le débat sur la dénucléarisation de la péninsule. Et ce d’autant plus qu’il est question depuis quelque temps d’un traité de paix qui remplacerait l’actuel armistice, ainsi que d’un effort commun à Pyongyang et à Washington pour mettre fin à la guerre de Corée. [Le conflit de 1950-1953 n’est théoriquement pas terminé puisque le Nord et le Sud n’ont signé qu’un simple armistice.]

Le sommet doit aussi contribuer à l’amélioration des relations intercoréennes, qui sont aujourd’hui réelles, quoique au point mort. De nombreux dossiers sont bloqués du fait de l’absence d’avancées sur les questions politiques et militaires. Une coopération est en effet attendue pour la mise en service des liaisons ferroviaires et routières et l’implantation d’activités supplémentaires dans la zone industrielle spéciale de Kaesong [cette ville du Nord accueille de nombreuses entreprises sudistes]. Une confiance mutuelle est également indispensable pour résoudre le délicat problème de la ligne de démarcation [entre les deux Corées sur la mer Jaune, contestée par le Nord]. La paix est décidément le mot d’ordre de ce sommet.

Kim Kun-sik Hankkook llbo

mardi 2 octobre 2007

Une diplomatie incohérente, par Ségolène Royal




Paris, le 27 août 2007, Conférence des ambassadeurs. Abordant l'épineuse question de la Turquie, Nicolas Sarkozy tient des propos qui, dans sa bouche, prennent une résonance singulière. "La France ne s'opposera pas à ce que de nouveaux chapitres de la négociation entre l'Union et la Turquie soient ouverts" dit-il devant une assistance médusée.

Le refus de l'entrée de la Turquie dans l'Union semblait pourtant réglée. Association oui, adhésion non : Nicolas Sarkozy en avait fait une question de principe, lors de notre débat. Quelques mois plus tard, frappé par un principe de réalité jusqu'alors soigneusement nié, il dessine une perspective radicalement différente. La fermeture qu'il prônait se voit du jour au lendemain disqualifiée. On pense même à supprimer le referendum obligatoire préalable à une éventuelle adhésion. Pour la Turquie, tout redevient possible !

Ce revirement n'est pas isolé. 14 Juillet 2007 : les principales forces politiques libanaises dont le Hezbollah sont invitées à dialoguer à la Celle Saint Cloud, dans la résidence du ministre des Affaires étrangères. "Le Hezbollah est un acteur politique important au Liban. Il est l'une des composante du dialogue national et à ce titre, il est invité aux rencontres inter-libanaises" affirme ce jour là le porte-parole de l'Elysée. Oubliée la déclaration de Nicolas Sarkozy lors du forum de l'ump du 12 décembre 2OO6 à propos d'une candidate qui avait rencontré la commission des affaires étrangères du liban en présence de l'ambassadeur de France et dans laquelle ne siégeait qu'un seul député du Hezbollah : "le fait d'être un élu ne suffit pas pour discuter. Hitler avait été élu, ça n'en fait pas un interlocuteur respectable et responsable". La polémique fut entretenue une bonne semaine : faute lourde, inexcusable, inqualifiable, méconnaissance des questions internationales, et pour tout dire, incompétence.

Et que dire du dossier iranien et de l'accès à la filière nucléaire qui inclut la maîtrise de l'enrichissement de l'uranium ? Je m'y suis toujours opposée tant que les garanties de contrôle n'étaient pas apportées. Aujourd'hui, faute de n'avoir pas défendu cette attitude préventive et responsable, on nous exhorte par la voix du ministre des affaires étrangères à "nous préparer au pire", à la guerre, ne faisant d'ailleurs que traduire l'incroyable déclaration de Nicolas Sarkozy devant les ambassadeurs, évoquant une alternative menaçante entre "la bombe iranienne ou le bombardement de l'Iran".

Cette succession de retournements inspire de l'inquiétude et pose la question de la crédibilité de la parole de la France.. Récemment nos partenaires se sont encore demandés s'il s'agissait d'improvisation ou de provocation lorsque le Président a fait du nucléaire civil, à la tribune des Nations-Unies "la meilleure réponse à ceux qui veulent, en violation des traités se doter de l'arme nucléaire" confondant, une nouvelle fois, l'achat d'électricité et la maîtrise de la totalité de la filière avec l'enrichissement de l'uranium qui permet, tôt ou tard, de passer du civil au militaire.

De tels revirements, soudains et imprévisibles, soulèvent des questions aujourd'hui sans réponses. Pourquoi cette navigation à vue, cette gestion erratique du dossier iranien ? Comment le Hezbollah infréquentable du mois de décembre 2006 est-il devenu l'interlocuteur acceptable du mois de juillet 2007 ? Que s'est-il passé pour que Nicolas Sarkozy change son fusil d'épaule sur la Turquie ?

A aucun moment le Président ne s'en est expliqué. A t-il péché par ignorance des contraintes internationales ? A-t-il délibérément oublié de révéler ses intentions ? Se doutait-il que certains de ses choix ne seraient pas tenables ? Si oui, pourquoi n'a t-il rien dit ? Chauffer l'opinion, donner l'apparence de la fermeté puis se dédire face aux risques d'isolement : serait-ce cela la nouvelle diplomatie de rupture ? C'est la perte de crédibilité de la France qui est en jeu aujourd'hui, et ce qui la menace c'est la banalisation de sa parole, une marginalisation très difficilement récupérable par la suite.

Dans le "concert des nations", notre pays apportait traditionnellement un contrepoint salutaire. Elle faisait entendre une musique différente, parfois mezzo voce, parfois fortissimo, mais toujours en harmonie avec deux valeurs cardinales : le sens du bien commun et l'éthique de la responsabilité qui interdisait d'utiliser la politique étrangère à des fins de politique intérieure.

Ex-Yougoslavie, Irak, Liban, Darfour, conflit israélo-palestinien : autant de théâtres sur lesquels la France récusait les fausses évidences et les manichéismes simplificateurs. A l'idéologie facile, à l'intérêt étroit, elle préférait l'analyse rationnelle des faits, ultime boussole d'un monde singulièrement complexe, ultime condition à une action crédible et respectée.

Or quel spectacle la France donne-t-elle depuis quatre mois ? En Europe, celui d'un président qui tire la couverture à lui, exaspérant nos plus fidèles partenaires et notemment l'Allemagne, ahurie par la dramatisation du dossier iranien, agacée par la récupération du traité, choquée par l'ingérence sur l'abandon du nucléaire, et blessée d'entendre Nicolas Sarkozy appeler Angela Merkel, "cette femme de l'est" ! Bourde sur bourde. En Afrique, celui d'un président qui dénonce avec brutalité ce continent comme "absent de l'histoire, empêtré dans l'éternel recommencement où jamais l'homme ne s'élance vers l'avenir", pour ensuite s'afficher avec les chefs d'Etat gabonais ou libyen. Où est la cohérence, où est le message, où est la dignité ?

Au fond, seul le rapprochement avec Washington donne à la diplomatie de Nicolas Sarkozy un semblant de cohérence. A l'heure où l'Amérique remet en cause ses choix de politique étrangère, à l'heure où le rapport Baker prône une nouvelle approche fondée sur le dialogue plutôt que sur le rapport de force militaire, à l'heure où même nos amis britanniques marquent leurs distances, Nicolas Sarkozy fait le choix de l'atlantisme. C'est une décision lourde de conséquence et pourtant, là encore nulle explication, aucun débat au Parlement.

Le Président de la République serait bien avisé de se ressaisir et de s'inspirer de cette sage recommandation du rapport Védrine : amis, alliés mais pas alignés. C'est en ne cédant pas à la tentation des surenchères et de la politique spectacle que la France, dont la crédibilité est indispensable à la paix du monde, disposera d'une diplomatie forte et écoutée, avant qu'il ne soit trop tard .

Ségolène Royal

lundi 1 octobre 2007

Comment reconstruire la gauche?



Depuis quelques mois, un nouveau pouvoir s'est installé.
Si beaucoup de visages ne sont pas nouveaux, le style présidentiel est inédit et la droite est décomplexée comme jamais. L'omnipouvoir du chef de l'Etat est un mélange de mesures libérales, de postures compassionnelles, d'alignement sur l'administration Bush. Dans l'Hexagone, sa stratégie d’annonces en rafale et de mouvement perpétuel vise à affaiblir les contrepouvoirs, instrumentaliser les médias et endormir les Français. A l'extérieur, une nouvelle doctrine se déploie sur fond d'atlantisme, de bellicisme en Iran, de paternalisme en Afrique et de coups de menton en Europe derrière les sourires de façade adressés à nos partenaires.

Le nouveau pouvoir a dévoilé son jeu. Transferts fiscaux au profit des plus riches, suppressions de postes dans l'Education nationale, création de taxes médicales, privatisation de GDF, fichage génétique des étrangers assimilés à des quasi-délinquants, voilà pour les premières décisions. Le reste est probablement programmé au lendemain des élections municipales et cantonales : remise en cause du droit du travail et du Smic, augmentation de la TVA, privatisation de la Sécurité sociale et des retraites avec assurances privées à la clé, démantèlement d'Areva, entre autres. M. Sarkozy mène la politique rêvée par le MEDEF. Ce qui est recherché, c'est la démolition du pacte social mis en place depuis la Libération et la remise en cause des conquêtes sociales largement réalisées par les gouvernements de gauche. Ce n’est pas une rupture, c’est une revanche.

Face à cette déferlante, le premier devoir du Parti socialiste, c’est de s’opposer. Les Français n’attendent pas des socialistes qu’ils se contentent de préparer, les yeux rivés sur leur nombril, les échéances de 2012, 2017 et pourquoi pas 2022 ! Ils nous demandent d’être utiles au quotidien en étant les défenseurs et les porte-paroles de tous ceux qui sont victimes de la politique de la droite : les jeunes, les salariés, les retraités. S’opposer, c’est d’abord dénoncer au Parlement et dans les médias les mauvais coups portés ou en préparation. C’est contester inlassablement la grille de pensée que la droite cherche à imposer. Le libéralisme n’est pas seulement dans les ministères ; il est aussi de plus en plus souvent dans les têtes. A nous de mener un travail intellectuel et politique avec toutes les composantes des forces de progrès pour démontrer qu’une autre politique est possible, une politique qui ne vise pas seulement à imposer aux Français les diktats de la mondialisation financière, mais qui propose à gauche et qui propose moderne. La reconquête passe par cet indispensable combat culturel.

Pour mener ce travail d’opposition et de reconquête en vue de prochaines victoires, le Parti socialiste doit se reconstruire. Non par une rénovation de surface qui serait synonyme de droitisation des idées sur fond de guerre des générations. Après une campagne présidentielle marquée par un certain flottement sur les valeurs et sur les alliances, il convient de dissiper les idées fausses. Si nous avons perdu, c’est notamment parce que nous avons trop délaissé le terrain économique et social, parce que nous avons semblé à la remorque de la droite sur de nombreux sujets – sécurité, nation, immigration -, parce que nous n’avons pas assez assumé notre identité en la déclinant à travers des propositions concrètes et efficaces, c'est-à-dire adaptées au monde actuel, celui du capitalisme débridé.

Reconstruire, c’est réaffirmer nos valeurs – l’égalité, la solidarité, la liberté, la laïcité, l’internationalisme – et adapter nos propositions. La réalité de la mondialisation, contrairement à ce que voudraient imposer les idéologues de la droite, ne rend pas caduc le socialisme. Elle le justifie. Face à la destruction de l’environnement par un capitalisme prédateur, il faut une vraie social-écologie, fondée sur de nouvelles régulations. Face à la marchandisation, il y a un besoin de sanctuariser la santé, l’éducation, le logement, la protection sociale ou encore l’énergie, de défendre et de renforcer les services publics. Face à la montée des nouveaux géants – Chine, Inde, Brésil -, il faut en Europe une ambition industrielle fondée sur l’innovation, la recherche, l’éducation, l’enseignement supérieur. Face à la confusion du politique et du religieux, face au communautarisme, il y a besoin de laïcité et de République. De tout cela, la gauche est porteuse.

S'opposer et reconstruire, c'est la tâche du Parti socialiste. Encore faut-il, pour qu'il y parvienne, que chacun le conforte au lieu de l'abîmer. Avec le PS, sa force militante, son réseau d'élus, la victoire est possible. En revanche quand l'identité socialiste est négligée, quand nos valeurs sont présentées comme archaïques par ceux-là mêmes qui sont censés en être les porteurs, quand nos propositions survolent les enjeux fondamentaux (croissance et emploi, pouvoir d'achat, logement, éducation, santé) ou font la part trop belle à la droite, quand les positionnements sont fluctuants, alors on ne parvient ni à rassembler la gauche ni à convaincre les Français. Le PS doit redevenir une instance de débat collectif où les débats de fond priment sur la personnalisation des enjeux, où la richesse des sensibilités est respectée, où la formation sert à lutter contre la dépolitisation ambiante, où se retrouve la diversité de la société - diversité de parcours, d'origines, d'âge -, où l'expertise intellectuelle et scientifique est invitée et non rejetée. Un PS qui fasse entendre ses préoccupations et ses propositions au sein du Parti Socialiste Européen et de l'Internationale Socialiste. Un PS au clair avec sa stratégie d'alliances pour réunir une majorité de Français. Privilégions la cohérence. Cohérence avec notre histoire et nos valeurs: c'est dans le cadre du rassemblement de la gauche et des écologistes que s'inscrit la démarche des socialistes. Cohérence dans nos alliances : comment nouer accord, au niveau national comme au niveau local, avec un mouvement qui n'a jamais manifesté et ne manifeste pas sa volonté de soutenir et de participer à une alternative politique à gauche ?

Au Parlement et dans la société, nous serons des reconstructeurs. Notre sensibilité est elle-même un rassemblement de sensibilités diverses. Elle a vocation à s'élargir. S'y retrouvent des femmes et des hommes qui ont eu, dans le passé, des approches parfois différentes, mais qui partagent un même attachement à la République laïque et sociale, à un socialisme de gouvernement et de vrai changement, à une Europe ouverte et non offerte aux quatre vents de la mondialisation financière, à un projet historique conciliant économie et écologie, à la démocratie de réflexion et non d'opinion. Nous nous retrouvons également dans l'exigence d'une gauche décomplexée portée par Laurent Fabius. Dans un monde compliqué et où les réponses superficielles sont nombreuses, il y a un besoin de crédibilité, de sens de l'Etat, d’anticipation des enjeux et de clarté sur les valeurs. Nous nous reconnaissons dans une démarche de modernisation des propositions qui exclut toute droitisation du PS. Nous comptons sur tous les militants socialistes pour éclairer le chemin, combattre la droite et préparer l'alternance.

Communiqué de Rassembler à gauche