vendredi 23 novembre 2007

Le Medef et la durée légale du travail

papier de verre
Hervé Le Tellier
De plus en plus "décomplexé", le Medef veut supprimer la durée légale du travail, "trop complexe". C'est vrai, "travailler plus pour gagner plus", c'est compliqué. "Travailler plus" suffit.
lemonde.fr, 22:11:2007

lundi 19 novembre 2007

François Hollande répond à Danielle Mitterrand

Le Premier secrétaire du PS François Hollande a répondu dimanche 18 novembre à Danielle Mitterrand qui avait reproché aux dirigeants du PS de ne pas avoir "l'esprit socialiste", dans une interview au Parisien le 15 novembre.
Alors que la veuve du président Mitterrand a jugé que les dirigeants du PS avaient "un regard beaucoup trop attendri pour l'argent", François Hollande a rétorqué au Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI : "Je ne sais pas de quoi elle parlait."
"En revanche, je pense qu'il faut avoir l'esprit socialiste", a-t-il poursuivi, ajoutant : "Avoir l'esprit socialiste, c'est avoir la capacité de rénover le Parti socialiste, de le renouveler, et de faire en sorte que nous soyons convaincants dans le monde d'aujourd'hui."
"Chaque génération doit jouer son rôle et aucune génération n'est plus socialiste qu'une autre", a-t-il insisté.
Quant à savoir si son successeur pourrait être à la fois Premier secrétaire et candidat à l'Elysée, il a répondu : "On n'a pas à choisir à la place des militants".
"Je souhaite que mon successeur soit un acteur majeur du monde politique", a-t-il dit, le définissant comme "celui ou celle qui doit être sur une ligne claire et rassembler les socialistes".
"Ce ne sera pas le moment en 2008, quand il y aura un congrès, de déclarer sa candidature", a estimé François Hollande qui n'est "pas pour un Premier secrétaire de transition".

vendredi 16 novembre 2007

Danielle Mitterrand fustige les socialistes


"Depuis quelques années, les dirigeants socialistes n'ont pas la tripe socialiste", "ils ont un regard beaucoup trop attendri pour l'argent", juge la veuve du président.
Danielle Mitterrand, qui publie ce vendredi 15 novembre "Le livre de ma mémoire", estime que "les socialistes ont un regard beaucoup trop attendri pour l'argent" dans une interview au Parisien, ce même jour.
Interrogée sur l'élection d'un socialiste français, Dominique Strauss-Khan, à la tête du FMI, la veuve de l'ancien président socialiste répond "un Français d'accord, un socialiste, on en reparlera". Elle estime que le PS a "à sa tête des gens qui n'ont pas l'esprit socialiste", que "depuis quelques années, les dirigeants socialistes n'ont pas la tripe socialiste". "Ils ont un regard beaucoup trop attendri pour l'argent. Ils ne réagissent pas, ne respirent pas ce désir de société que nous avons", ajoute-t-elle.

Elle déclare ne pas être inscrite au PS car "ils se sont beaucoup trop rapprochés du système dans lequel on vit. Peut-être veulent-ils l'amender, mais moi je veux en sortir".
Danielle Mitterrand estime que "la société actuelle", "repose sur des valeurs financières", et sur l'exploitation "de l'homme par l'homme".
Le quotidien la questionne également sur les photos que François Mitterrand avait laissé prendre de Mazarine Pingeot (fille naturelle et reconnue de l'ancien président), elle explique qu'il était "harcelé par les journalistes".
"Il a fini par dire: 'Foutez moi la paix et faites ce que vous voulez'", raconte-t-elle avant d'estimer que "c'est indécent" de lui poser cette question. "Quand vous achetez votre viande, vous ne demandez pas au boucher ce qui se passe dans son lit le soir. C'est ce que vous faites avec nous", conclut-elle lapidairement.

mercredi 14 novembre 2007

Violente manifestation anti-française à N'Djamena

Plusieurs centaines de personnes se sont réunies dans la capitale tchadienne, jetant des pierres sur des voitures occupées par des Occidentaux aux cris de "A bas Sarkozy", "la traite négrière c'est fini", "le Tchad est indépendant depuis 1960".

Manifestants à N'Djamena le 10 novembre

Une manifestation anti-française a rassemblé plusieurs centaines de personnes, mercredi 14 novembre, à N'Djamena. Aux cris de "A bas Sarkozy", "la traite négrière c'est fini", "le Tchad est indépendant depuis 1960", les manifestants, jeunes en majorité, ont jeté des pierres sur des voitures occupées par des Occidentaux. La police tentait mercredi matin de les disperser. Des policiers antiémeute bloquaient l'accès au palais de Justice et à l'ambassade de France, un bon millier de manifestants se trouvant non loin de là, place de l'Indépendance, au coeur de la capitale.
Mardi, des associations de femmes commerçantes ainsi que par le réseau des Association de droits de l'Homme du Tchad avaient lancé des appels à une "manifestation pacifique" contre les "agissements de l'Arche de Zoé".
La semaine dernière, des manifestations anti-françaises avaient déjà rassemblé quelques dizaines de personnes, mais elles n'atteignaient ni l'ampleur ni la violence de celle de mercredi.

21 personnes inculpées

Cette manifestation anti-française intervient alors que six membres français de l'association L'Arche de Zoé sont incarcérés et poursuivis à N'Djamena pour avoir tenté d'emmener en France 103 enfants à partir du Tchad. Les enfants avaient été présentés comme des orphelins du Darfour (ouest du Soudan) nécessitant une évacuation sanitaire. Le président Sarkozy a promis d'aller "chercher" les membres de l'ONG au Tchad "quoi qu'ils aient fait", des propos très mal perçus au Tchad.
Onze des 21 inculpés arrêtés dans cette affaire ont déjà été libérés et ont regagné leurs pays respectifs, sans que les charges soient levées. Quatre responsables tchadiens sont également incarcérés à N'Djamena.

Nicolas Sarkozy est-il raciste ?


Doudou Diène, dans son rapport présenté à Washington le 9 novembre lors de l’assemblée générale des Nations unies, a pointé du doigt le discours tenu par Nicolas Sarkozy à Dakar le 26 juillet. Le Sénégalais accuse le président français d’avoir légitimé intellectuellement le racisme. Hasard ou coïncidence ? le chef de l’Etat français était à la Maison Blanche cette même semaine pour un voyage express de 24 heures. Pour Afrik.com, le rapporteur spécial de l’ONU fait le point sur l’attitude de Nicolas Sarkozy et la situation du racisme en France.

Afrik : Quel est précisément votre rôle au sein de l’ONU ?

- Doudou Diène : Je suis rapporteur spécial de l’ONU sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance. Mon travail consiste à produire chaque année une étude sur le racisme dans le monde.

Afrik : Lors de l’assemblée générale des Nations unies, vous avez accusé le président français, Nicolas Sarkozy, d’être dans une « dynamique de légitimation du racisme ». Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

- Doudou Diène : En effet, il s’agit d’instrumentaliser et de légitimer intellectuellement le racisme. Je n’ai pas seulement accusé Nicolas Sarkozy. J’ai critiqué aussi les récentes déclarations du prix Nobel de médecine James Watson, qui a voulu démontrer que les Africains étaient inférieurs intellectuellement. Concernant le président français, je fais référence à son discours à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar au Sénégal, le 26 juillet. Dans ces deux cas, il est question de légitimer scientifiquement des stéréotypes historiques de construction du racisme. A noter aussi, le projet de loi français sur les tests ADN dans la procédure du regroupement familial des étrangers qui stigmatisent un peu plus l’immigré qui n’existe qu’au travers d’une politique sécuritaire.

Afrik : Comment a réagi le représentant de la France qui a assisté à cette assemblée ?
- Doudou Diène :
Il a jugé que mes accusations étaient infondées et irresponsables. Concernant le projet de loi sur les tests ADN, il a expliqué qu’ils n’étaient pas obligatoires pour les immigrés mais proposés sur une base volontaire. Il a ensuite affirmé la volonté de Nicolas Sarkozy de lutter contre le racisme. Je n’ai pas pensé que le président français était raciste, pour preuve il a dans son gouvernement Rama Yade, la secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères et aux droits de l’Homme. Je crois juste que le discours de Dakar a blessé. Dire devant l’élite intellectuelle africaine qu’elle n’est pas entrée dans l’histoire s’inspire des écrits racistes du XVII, XVIII et XIXème siècles.

Afrik : Le discours de Dakar reflète-t-il l’image d’une France qui a du mal à assumer son passé ?

- Doudou Diène : Oui, la France a un véritable problème avec son passé. Ce pays n’a pas assumé la guerre d’Algérie, tout se passe comme si la décolonisation ne s’était pas produite. De plus, il y a un refus de repentance et une absence de travail de mémoire. La France a peur de la pluralité, elle est en pleine crise identitaire. Sa seule réponse à la diversité est la dépréciation.

Afrik : Que pensez-vous des propos tenus mardi dernier, à Washington, lors du Business Council par Nicolas Sarkozy envers Condoleezza Rice la considérant comme « une Américaine venue d’ailleurs » ?

- Doudou Diène : Selon moi, tous les Américains viennent d’ailleurs, y compris le président des Etats-Unis George W. Bush. Il n’est pas inutile de le rappeler. L’Amérique est en avance du point de vue de la diversité culturelle. En Occident, on assiste à l’émergence d’un courant idéologique qui s’enferme sur son identité nationale rejetant toutes formes de diversités.

lundi 12 novembre 2007

Ségolène Royal : "Sarkozy a dégradé le climat social"


L'ex-candidate PS à la présidentielle accuse le chef de l'Etat "d'arrogance et d'archaïsme" et de "faire de la provocation".

Ségolène Royal (AP)

Ségolène Royal (AP)

A la veille du début du mouvement de grève reconductible contre la réforme des régimes spéciaux de retraite, Ségolène Royal a accusé, lundi 12 novembre, Nicolas Sarkozy d'avoir dégradé le climat social en France.

"Bien sûr qu'il faut réformer le système des retraites globalement, mais ce qu'il ne faut pas faire et ce que fait malheureusement le gouvernement, c'est faire de la provocation ou aller à l'affrontement pour l'affrontement", a déclaré l'ancienne candidate socialiste à l'élection présidentielle sur France Inter.
"Il y a arrogance, il y a archaïsme et il y a volonté de ne pas régler les problèmes au fond", a-t-elle ajouté à l'adresse du chef de l'Etat, qui travaille selon elle "beaucoup avec les sondages".

Piège tendu aux syndicats

"Nicolas Sarkozy a dégradé le climat social. Un piège est tendu aux organisations syndicales et aux salariés : il va prendre les Français à témoin en disant 'vous voyez je vais aller jusqu'au bout, je vais faire la confrontation dans l'intérêt du pays'", a poursuivi la présidente de la région Poitou-Charentes. "Non, c'est lui qui a dégradé le climat social parce que les premières décisions qu'il a prises sont celles qui ont avantagé les hauts revenus".
Le "paquet fiscal", voté cet été, "a donné 250.00 euros aux 1.000 Français les plus aisés, ce qui fait un smic par jour, et (Nicolas Sarkozy) a triplé son propre salaire", a-t-elle fait remarquer. "Face à cela, quand il demande aux salariés de base de faire des efforts, il y a quelque chose qui se dégrade dans le climat social".
"Il y a une inquiétude profonde des Français, une hausse des prix, un sentiment de déclassement, des mouvements sociaux qui se préparent, des universités qui commencent à être bloquées. Est-ce là la France nouvelle que Nicolas Sarkozy nous promettait ?", s'est-elle interrogée.
"Nicolas Sarkozy nous avait promis un choc de croissance, aujourd'hui nous avons un choc de défiance".

Parti socialiste

Ségolène Royal, qui s'était peu exprimée jusqu'ici cette rentrée, n'a pas dévoilé ses ambitions au sein du Parti socialiste.
"Les Français estiment que les socialistes parlent trop entre eux et donc je ne veux pas tomber là dedans". "Il faut que les socialistes soient au coude à coude avec les salariés qui souffrent" a affirmé la présidente de la Région Poitou-Charentes, concédant que le PS doit se redresser et qu'elle a "bien l'intention de contribuer" à la reconstruction du PS. Réinterrogée sur son "désir d'avenir" au PS par Nicolas Demorand, Ségolène Royal a indiqué qu'il est "trop tôt pour le dire" avant d'affirmer un peu plus tard qu'elle "travaille pour être prête le moment venu" pour être "utile pour son pays et pour son parti".

Clarifier la ligne du PS


En réponse à une question d'un auditeur sur l'avenir du PS, elle a indiqué qu'"il va falloir clarifier" sa ligne politique. "Je pense qu'il faut, à partir du Parti socialiste, créer un parti politique de masse. (…) reconstruire un Parti socialiste élargi à tous les mouvements politiques qui le voudront" jusqu'au "centre-gauche", "le plus rapidement possible", a souhaité Ségolène Royal, faisant référence "à ce qui s'est passé en Italie".

samedi 10 novembre 2007

Arche de Zoé • "Ces voyous à qui Dieu a donné la peau blanche"


Quand des "aventuriers", sous prétexte de charité, viennent "s’emparer" d’enfants, les fantasmes sont prompts à se réveiller. Témoin ce texte du principal éditorialiste du quotidien camerounais d’opposition.

Le scandale provoqué par une poignée d’aventuriers européens qui ont affrété un avion pour aller s’emparer d’une centaine d’enfants, sous prétexte d’action humanitaire, sans droit ni titre, sans morale ni raison, est à lui seul tout un symbole de la contradiction dans laquelle baigne l’Occident. Comment comprendre qu’au moment où les portes de tous les pays européens semblent se fermer à l’Afrique par le biais de législations infernales contre l’immigration, on nous annonce que, par charité, une centaine de gamins ­nègres devaient être accueillis par des familles blanches ? S’agit-il d’en faire des esclaves dans des maisons closes, des jouets pour petits Blancs, ­de la bonne chair pour des fauves de cirque ? Combien d’enfants ont-ils déjà été victimes de ces rapines, comdes victimes africaines innocentes dont le seul tort est d’avoir été condamnées à la misère ?
Le gouvernement tchadien a pu stopper l’opération, en arrêtant ces aventuriers et en confiant les enfants à la garde de l’UNICEF. Mais de quel gouvernement tchadien s’agit-il ? Celui qui est protégé, supervisé et tenu à bout de bras par la France ? Bien évidemment, il ne faut avoir aucune illusion : la libération de ces voyous à qui Dieu a donné la peau blanche sera finalement arrangée. Ils sont citoyens des pays maîtres qui écument le continent, et le bon petit soldat tchadien n’échappera pas à la règle.
Sans doute inspiré par les histoires et les images qui emplissent les ­bulletins d’informations à travers le monde sur la misère totale du continent africain, un véritable commerce de la pitié s’est mis en place dans les pays riches. L’excitation a dorénavant gagné toutes les couches sociales. Il y a ceux qui se sont assignés pour mission, sans que mandat leur soit donné pour quoi que ce soit, de sauver des enfants africains traités à tort ou à raison d’orphelins. Il y a ceux qui se battent pour inventer des pro­grammes de sauvetage, tantôt pour la Somalie, tantôt pour l’est du Congo démocratique en proie à une rébellion sans fin, tantôt pour le Tchad et la Centrafrique, où des accords de paix succèdent aux accords de paix sans jamais faire taire les armes. On se bat donc partout au nom de l’Afrique.
Mais, et c’est édifiant, on cherche aussi, pour comprendre, pour cadrer, pour dompter la misère, à donner une couleur aux souffrances, à affecter une religion à la pauvreté et même à inventer une génétique de la violence. Où faudrait-il dorénavant orienter les recherches sur les causes de la misère de l’Afrique ? Faudrait-il continuer dans une critique intellectuelle des systèmes de gouvernance ou recourir à une étude approfondie des traits génétiques des peuples africains ?
Le monde ne parle plus que de nous, de l’Afrique. Le monde ne voit plus que nous comme le problème, la honte éternelle de l’espèce humaine, l’humiliation des continents, la source de toutes les maladies. Il y a une trentaine d’années, alors que je résidais à Washington, je découvris un article fort significatif dans le très sérieux Washington Post, sans doute un des plus prestigieux et des plus importants quotidiens des Etats-Unis. L’auteur de l’article, que l’on présentait comme un scientifique éminent, décrivait les différentes espèces de cafards en prenant soin de mentionner leurs capacités de nuisance, leur dangerosité et leur origine. Une bonne dizaine de ces bêtes étaient ainsi répertoriées, provenant de tous les continents. La plus douce, la plus fine et en même temps la moins nuisible était arrivée aux Etats-Unis dans les bagages des immigrants européens. La plus nuisible, la plus grossière, la plus méchante et plus envahissante provenait d’Afrique, importée dans les baluchons des esclaves.
Avant cela, mon séjour d’étudiant en Occident fut très souvent troublé par les injures des marchands de sommeil, qui, pour nous refuser la location de leurs minuscules chambres insalubres, expliquaient que les mets africains étaient trop épicés et dégageaient une forte odeur, gênante pour les voisins.
Aujourd’hui, en 2007, nouveau siècle, nouveau millénaire, et alors ­que le monde a évolué dans toutes les branches de la recherche scientifique, de la technologie et de l’information, alors que les peuples s’inquiètent de leur place dans la mondialisation, l’Afrique se voit rappeler brutalement ses insuffisances. Nous entrons dans la phase finale du procès cruel fait aux peuples, lequel mettra à mort les continents misérables et les races maudites.

Shanda Tomne
Le Messager

vendredi 9 novembre 2007

Politique d’immigration : Hortefeux revendique, persiste et signe


Dans son discours programmatique de ce jeudi 8 novembre, le ministre de l’immigration et de l’identité nationale Brice Hortefeux a confirmé l’obsession du gouvernement de suivre une politique brutale, cruelle, inhumaine, et inefficace en matière d’immigration et ce dans une logique de l’instrumentalisation politique de ce thème.

Le MRAP, qui estime non seulement sur le terrain moral, éthique, et politique inacceptable de brandir un tableau de chasse de 18600 expulsions de sans papiers, condamne la revendication et le prolongement de la politique d’éloignement. Il constate une fois de plus l’autisme de ce gouvernement qui malgré les tragédies et les drames que cette politique a généré (de multiples défenestrations par peur de la police, comme dernièrement à Marseille le 6 novembre 2007). Cette politique du chiffre produira encore d’autres effets.

Aussi le MRAP rendra coupable et comptable ce gouvernement de ces désastres humains. Concernant l’accès au marché du travail, le MRAP condamne une politique d’immigration qui conjugue tri sélectif et immigration jetable et corvéable. M. Hortefeux, en préconisant une liste de métiers hautement qualifiés ouverts aux étrangers non européens, et en formulant la possibilité d’une autre liste d’emplois non qualifié aux étrangers membres de l’Union européenne, cherche ni plus ni moins à modifier la nature même de l’immigration en France.

Quoi qu’il en soit, cette politique instaure une précarité absolue et loin d’apporter les réponses attendues aux phénomènes complexes de l’immigration, elle ne peut qu’accentuer les problèmes. Le MRAP, pour sa part, continue à dénoncer une politique qui fait des êtres humains, selon les cas de figure, une variable d’ajustement ou l’objet d’une politique cruelle du chiffre. Il revendique pour tous les êtres humains le respect de leurs droits et de leur dignité.

Paris, le 08 novembre 2007

Secrétariat de Direction

Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples
43 bd Magenta - 75010 Paris

Site officiel : http://www.mrap.fr

Histoire du MRAP : http://mrap.juridique.free.fr

mardi 6 novembre 2007

Arche de Zoé • Pour le Tchad, un procès en France serait une insulte



Le ministre tchadien de l'Intérieur, Ahmat Mahamat Bachir a estimé qu' "un procès en France" des membres de l'association Arche de Zoé "serait une insulte".

Dans un entretien au Parisien - Aujourd'hui en France paru mardi 6 novembre, Ahmat Bachir évoque "une justice" tchadienne "compétente", et explique qu' "un procès en France constituerait une insulte pour le peuple tchadien". "Quand nos délinquants se font arrêter chez vous, ils ne sont pas amenés ici", précise-t-il. "Les faits ont été commis au Tchad. C'est pourquoi ces bandits doivent être jugés et condamnés ici", insiste-t-il.


"Des contrôles plus stricts"


Les membres inculpés de Children Rescue, l'opération controversée montée par l'ONG l'Arche de Zoé et destinée à amener en France une centaine d'enfants "doivent aussi purger leur peine dans le pays: qu'ils goûtent à nos prisons!", s'exclame le ministre tchadien de l'Intérieur.
"Et, une fois qu'ils auront purgé leur peine nous les expulserons du pays une bonne foi pour toute", affirme le ministre.
Le ministre explique le Tchad va renforcer ses contrôles. "Désormais", les autorités tchadiennes réclameront "un rapport d'activité mensuel détaillé aux organisations humanitaires déjà installées". La confiance n'exclut pas le contrôle", conclut-il.

Sarkozy demande le retour des six bénévoles français de l'Arche de Zoé encore détenus au Tchad, "quoi qu'ils aient faient"


E
n déplacement au Guilvinec (Finistère), mardi matin 6 novembre, pour rencontrer les marins-pêcheurs, le président de la République Nicolas Sarkozy en a profité pour manifester une nouvelle fois son implication dans l'affaire de l'Arche de Zoé.

"J'irai également chercher ceux qui restent, quoi qu'ils aient fait", a lancé Nicolas Sarkozy, à l'issue d'une table-ronde sur la pêche, au sujet des six bénévoles français de l'Arche de Zoé qui restent détenus au Tchad.
"Le rôle du chef de l'Etat est de prendre en charge tous les Français", a ajouté Nicolas Sarkozy, deux jours après une visite éclair à N'Djamena d'où il a rapatrié quatre hôtesses de l'air espagnoles et trois journalistes français, inculpés au Tchad.
Après s'être désolidarisé de l'opération de l'Arche de Zoé, le président a toutefois "souhaité" dimanche à N'Djamena que les ressortissants français puissent être jugés en France.
Les six membres français de l'association, ainsi que les trois journalistes rapatriés en France, sont inculpés d'"enlèvement de mineurs" et "escroquerie". Sept Espagnols, un Belge et quatre Tchadiens sont poursuivis pour "complicité".

lundi 5 novembre 2007

TCHAD • Sarkozy se prend pour Zorro




Le député socialiste Jean-Louis Bianco affirme après la libération des journalistes français qu'"on ne peut pas diriger un Etat en se prenant pour Zorro"

Le député socialiste des Alpes- de-Haute- Provence Jean-Louis Bianco reproche, lundi 5 novembre, à Nicolas Sarkozy de se prendre pour Zorro après son aller-retour au Tchad et la libération des journalistes français. "On ne peut pas diriger un Etat en se prenant pour Zorro", affirme-t-il dans Le Parisien/Aujourd'hui en France. "Que trois Français et quatre Espagnols soient libérés, c'est évidemment une bonne nouvelle. Mais Nicolas Sarkozy ne résiste pas à sa tentation permanente de mettre en scène son action comme s'il était le seul à agir".

"Théâtralisation"

"Cette théâtralisation permanente est d'autant plus surprenante que Nicolas Sarkozy ne s'est toujours pas expliqué sur les conditions dans lesquelles cette équipée a pu être possible", affirme le député.
"Il était de notoriété publique que (l'Arche de Zoé) allait mener" une opération pour récupérer des enfants aux confins du Soudan et du Tchad. "Les ministres impliqués, leurs collaborateurs et les autorités françaises au Tchad doivent s'expliquer", demande Jean-Louis Bianco. "Dans cette affaire, il y a bien eu des dysfonctionnements très graves".

samedi 3 novembre 2007

ÉMIRATS ARABES UNIS • L'intifada des travailleurs indiens


La révolte inattendue des travailleurs immigrés du sous-continent indien à Dubaï montre combien leurs conditions de vie sont insupportables dans une des régions les plus nanties de la terre, constate le quotidien panarabe de Londres Al-Quds al-Arabi.

Après les récentes manifestations, à Dubaï, des travailleurs indiens pour dénoncer leurs conditions de vie humiliantes, les autorités ont d'abord voulu les expulser. Mais elles ont finalement décidé de présenter à la justice ceux d'entre eux qui avaient vandalisé des biens publics et privés. Les manifestations ne sont pas chose courante dans les pétromonarchies du Golfe, et encore moins de la part des travailleurs immigrés indiens, pakistanais, sri-lankais ou bangladais, qui constituent pourtant l'écrasante majorité des résidents de Dubaï. Les entrepreneurs les apprécient justement parce qu'ils ont la réputation de se soumettre à leurs ordres et d'accepter des salaires extrêmement bas.

Or, le 27 octobre, plus de 4 000 personnes sont descendues dans la rue, ont bloqué des routes d'accès à la zone industrielle de Jebel Ali et ont jeté des pierres sur les voitures de police. Ils demandaient davantage de bus pour les amener sur leurs lieux de travail, des logements moins surpeuplés et des salaires leur permettant de vivre dignement. Car aujourd'hui, ils s'entassent tous les matins dans des véhicules plus adaptés au transport du bétail qu'à celui des hommes, sont confinés dans des campements en plein désert et gagnent l'équivalent de 100 dollars par mois. Les responsables politiques estiment que leur sort relève du secteur privé qui les a embauchés, que cette grève constitue une violation des conditions dûment établies dans des contrats de travail, et que tout cela relève de la loi de l'offre et de la demande sur le marché de la main-d'œuvre...

Ces arguments sont justes dans la forme, mais dangereux sur le fond. Cela veut dire que le gouvernement légitime l'exploitation, voire le trafic, d'êtres humains et plie devant des hommes d'affaires sans pitié ni conscience, dont le seul but est d'accumuler des dollars sur leurs comptes en banque. Le résultat de leur avidité sans scrupule est l'insécurité et l'instabilité. Et c'est l'Etat qui en paie le prix. C'est donc à lui d'intervenir et de promulguer des lois, d'établir un salaire minimum, d'améliorer les conditions de vie et de poursuivre les entrepreneurs coupables d'atteinte à la loi. Dans un pays considéré comme l'un des plus riches, et où le coût de la vie est l'un des plus élevés au monde, est-il pensable de payer un travailleur 100 dollars par mois seulement ?

Il s'agit d'une sorte de signal d'alarme pour les gouvernements du Golfe. Ils ne devraient plus ignorer ce sujet explosif, alors qu'ils croulent sous les dollars grâce à la hausse des prix du pétrole. Quand ces immigrés descendent dans la rue, cela veut dire que le volcan d'humiliation accumulée est entré en éruption et qu'une grande explosion se prépare. La main-d'œuvre bon marché en provenance d'Asie forme [au moins] les deux tiers de la population dans toutes

les monarchies du Golfe. Rien qu'aux Emirats Arabes Unis, ils sont au moins 700 000 travailleurs émigrés. La langue arabe est marginalisée, au profit de l'ourdou et de l'anglais. C'est un sujet sensible, mais nous nous sentons le devoir de mettre en garde contre le tsunami qui menace les dirigeants et l'identité arabe de la région.

Il n'y a qu'une alternative. Soit nous acceptons de nous transformer en pays multiculturels, multiethniques et multireligieux, à l'instar des Etats-Unis, du Canada, de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande, soit nous cherchons à préserver notre identité arabe. Et, dans ce cas, il faut clairement assumer une politique de naturalisation. Il n'est pas normal que des ressortissants de pays arabes ou d'autres pays étrangers vivent ici durant plus de quarante ans avec l'épée de Damoclès d'une expulsion possible à chaque instant, sans obtenir le statut de résident permanent, sans sortir du système de "tutorat" qui les maintient dans la dépendance vis-à-vis d'un autochtone pour le renouvellement de leur titre de séjour, et sans que leurs enfants, qui sont nés dans notre pays et en ont adopté les coutumes, ne puissent ni acquérir la nationalité ni même le droit de se faire soigner dans les hôpitaux publics.

Dans les autres pays du Golfe non plus, ces travailleurs ne peuvent pas faire venir leurs familles, faute de salaire suffisant, ce qui provoque désordres en tous genres, viols, homosexualité et maladies dangereuses pour la société. Récemment, le ministre américain du Travail est allé au Koweït pour dire que cela devait changer. C'est nouveau et cela risque d'être suivi bientôt par des pressions internationales visant à imposer des naturalisations massives. N'oublions pas que l'Inde est une grande puissance économique et militaire. Elle n'acceptera plus longtemps le sort fait à ses ressortissants. Dans le Golfe, on méprise et on se moque de ces travailleurs indiens, mais les voilà qui relèvent la tête. Car ils appartiennent à un pays qui fabrique des fusées transcontinentales et des ordinateurs dernier cri, alors que nous autres Arabes ne sommes toujours pas capables de produire nous-même nos keffiehs et djellabas.

Abdel Bari Atwan

jeudi 1 novembre 2007

Arche de Zoé • 91 des 103 enfants ne sont pas orphelins



C
omme l'affirmait le cabinet du ministre des Affaires étrangères il y a plusieurs jours, la quasi-totalité des 103 enfants que l'association Arche de Zoé a tenté d'emmener en France le 25 octobre ne sont pas orphelins, ont affirmé des ONG. Ils disent avoir au moins un parent et venir de la "région frontalière entre le Tchad et le Soudan", selon un communiqué d'organisations humanitaires internationales publié jeudi 1er novembre.

Quelques uns des 103 enfants

"Les entretiens menés pendant plusieurs jours avec ces 21 filles et 82 garçons âgés de 1 à 10 ans (...) suggéreraient que 85 d'entre eux proviennent de villages de la région frontalière entre le Tchad et le Soudan, situés dans les zones de Adré et Tiné (localités frontalières)", affirment le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et l'Unicef.

D'autres entretiens


"Au cours des conversations que les travailleurs humanitaires ont eu avec eux, 91 des enfants se sont référés à un environnement familial constitué d'au moins une personne adulte qu'ils considèrent comme un parent", ajoutent les organisations. "Les entretiens se poursuivent avec les douze autres" enfants, précisent-elles.
L'association française Arche de Zoé, dont des responsables sont inculpés et écroués au Tchad, affirme que les enfants sont des "orphelins" du Darfour, région de l'ouest du Soudan frontalière du Tchad, en proie à une guerre civile.


L’embarras du ministre Kouchner

Mais où est donc passé Bernard Kouchner? Depuis le début de l’affaire de l’Arche de Zoé, le ministre des Affaires étrangères, en tournée en Asie, n’est sorti qu’à deux reprises de son silence pour la qualifier de «triste aventure» et pour expliquer que l’action humanitaire devait respecter des «règles». Y a-t-il, dans ce silence peu habituel, une gêne, voire une volonté de faire oublier des déclarations passées, peu compatibles avec son statut actuel ?

Activistes. C’est ce que lui reproche Rony Brauman, ex-directeur de MSF, qui a dénoncé hier et avant-hier la «responsabilité morale» de Kouchner, mais aussi de BHL et d’Urgence Darfour dans le scandale en cours. L’Arche de Zoé n’aurait, selon lui, fait que mettre en œuvre les incantations de Kouchner à l’action et à l’ingérence – étatique certes – pour mettre fin au «génocide» et à «l’horreur» au nom d’une morale universelle.

Quelques jours avant de devenir ministre des Affaires étrangères, Kouchner soutenait la mouvance des activistes sur le Darfour, principalement regroupée dans trois ONG : Urgence Darfour, SOS Darfour et Sauver le Darfour. Sans être membre d’aucune d’entre elles, il a participé à des rassemblements, comme celui du 20 mars à la Mutualité : «300 000 morts, 2 millions de déplacés… Oui c’est un génocide qui s’accomplit sous nos yeux. Un de plus. Un de trop […] Nos frères du Darfour sont en train de mourir. N’acceptons plus cela. Soyons plus forts que les obstacles», déclarait-il à la tribune, reprenant la terminologie américaine outrancière sur le «génocide» au Darfour, très contestée par les humanitaires français, à commencer par MSF. Kouchner toujours, écrivait dans le Monde du 27 décembre 2006 : «Que fait la France ? Elle hésite […] Triste tergiversation d’un pays considéré comme le défenseur des droits de l’homme, qui inventa l’ingérence humanitaire.» Dans ce même article, il livrait le chiffre de 10 000 civils tués par mois alors que l’ONU estime que l’on est tombé depuis la mi-2004 à 500, ou à 1 000 tout au plus.

Au printemps donc, Kouchner militait aux côtés de Jacky Mamou, président d’Urgence Darfour et ex-dirigeant de Médecins du Monde, qui estimait que «se taire, c’est se rendre coupable de non-assistance à personnes massacrées» et qu’il n’était «plus temps de dénoncer mais d’agir». Quant à Bernard-Henri Lévy, il préconisait «d’armer les rebelles», comme en Bosnie.

Ingérence. Puis Kouchner est devenu ministre. Pendant ses premiers jours au Quai d’Orsay, il défend l’ingérence humanitaire, qu’il a théorisée avec Mario Bettati et testée en Irak en 1991 : il propose des «corridors humanitaires» destinés à sauver, depuis le Tchad, «les survivants des massacres» au Soudan. A sa grande colère, les humanitaires n’en veulent pas : ils sont déjà 13 000 au Darfour et craignent surtout le mélange des genres avec l’action militaire ainsi que les effets pervers d’une opération qui accélérerait paradoxalement le nettoyage ethnique souhaité par Khartoum.

Réfugiés. Puis, c’est l’état-major qui enterre son projet de mettre en œuvre une no fly zone au-dessus du Darfour depuis le Tchad. Finalement, Kouchner, qui partage avec Sarkozy l’horreur de la passivité, réussi à arracher au président tchadien Idriss Déby le principe d’une force européenne destinée à sécuriser les réfugiés du Darfour en proie à des attaques transfrontalières dans l’est du Tchad. Mi-octobre, Kouchner soulignait devant ses partenaires européens «la mission humanitaire» de l’Eufor au Tchad, suscitant un communiqué désapprobateur de l’ONG Oxfam sur le mélange des genres.

Mais pour préserver son principal acquis, Kouchner a dû modérer son langage. Il ne parle plus depuis son entrée en fonction de «génocide au Darfour». Ces deux derniers jours, Jacky Mamou dans Libération et BHL dans le Parisien, lui ont emboîté le pas, désireux de se démarquer du fiasco de l’Arche de Zoé.

Eric Breteau, le responsable de l’Arche de Zoé, ne se voit-il pas comme un héritier de Kouchner en 1994 au Rwanda, lorsque ce dernier tentait en vain d’arracher des orphelins tutsis aux génocidaires hutus ?

Au Tchad et au Darfour aujourd’hui, on est loin de ce cas de figure. Il n’y a pas de génocide et on trouve sur place suffisamment de structures humanitaires.

mercredi 31 octobre 2007

TCHAD • L'Arche de Zoé dans l'œil du cyclone


La polémique enfle autour de l'arrestation au Tchad de responsables d'une ONG française, accusés d'avoir enlevé une centaine d'enfants en vue de les faire adopter en Europe. Le quotidien burkinabé Le Pays tente d'analyser l'affaire.


La gravité de l'affaire des 103 enfants tchado-soudanais qu'on aurait tenté d'enlever est à la mesure de l'absurdité de la situation qui prévaut au Darfour. Tels des voleurs pris la main dans le sac, des membres de l'association française l'Arche de Zoé ont été interceptés alors qu'ils s'apprêtaient à emmener une centaine d'enfants en France. Les condamnations sont unanimes, en attendant que la justice précise les circonstances dans lesquelles les faits sont survenus. Car il y a beaucoup de zones d'ombre autour de cette affaire, à commencer par l'importante logistique dont dispose l'Arche de Zoé et les autorisations obtenues par son avion pour atterrir au Tchad. Dans le flot de réactions, Alpha Oumar Konaré [ancien président du Mali, président de la Commission de l'Union africaine] est sans doute celui qui a le mieux planté le décor. Tout en condamnant l'acte de l'association française, il n'a pas pour autant occulté la responsabilité des Africains dans ce drame.

Dans un pays normal, pareille pagaille est difficilement imaginable. En outre, si des départs massifs d'enfants sont constatés, c'est en raison de la terreur que font régner les seigneurs de guerre dans la région. On le sait, les enfants sont les premières victimes des cruels affrontements dans ce Darfour où la haine de l'autre semble tenace. Pour preuve, des villages entiers sont rasés, comme s'il s'agissait d'effacer toute trace de certains peuples. Du reste, dans ce tohu-bohu général, il serait intéressant d'entendre les parents des enfants ou ce qu'il en reste. Sont-ils oui ou non favorables au départ en France de leurs enfants ? Leur réponse, si elle est sincère, permettra sans doute d'établir un peu mieux les responsabilités et de savoir s'il faut jeter l'opprobre sur l'Arche de Zoé.


Mahorou Kanazoe Le Pays (Burnika Fasso)


Comment l'Arche de Zoé démarchait sur l'Internet

Pour appeler les familles à accueillir, voire à adopter, un enfant du Darfour, l'Arche de Zoé démarchait sur le net, en jouant sur la corde de l'émotion.

«Aidez-nous à sauver ces enfants d'une mort certaine», «nous avons besoin de vous», «ensemble, essayons de sauver ces enfants»: pour démarcher les familles candidates à «l'accueil» d'enfants du Darfour, l'Arche de Zoé lançait depuis plusieurs mois appels et communiqués sur les forums consacrés à la famille ou à l'adoption, en France ou en Belgique. Les messages, rédigés le plus souvent par des «collaborateurs» de l'ONG, faisaient campagne sur le thème: «si vous ne faites rien, ces enfants vont mourir», et étaient parfois accompagnés d'appels au don et d'une vidéo poignante sur le conflit au Darfour. Des plans en noir et blanc montrant villages détruits et enfants affamés y apparaissent entrecoupés de messages compassionnels: «Donnons leur une chance de survivre», «ils ont besoin de nous»... Le tout sur une musique dans le même registre.


lundi 29 octobre 2007

Traité européen : c’est le peuple qui doit décider

Interview de Laurent Fabius

"Ce qui a été décidé par référendum ne peut être réexaminé que par référendum. Une autre procédure ne serait pas vraiment démocratique. Sur cette base, j’espère que ce sera l’occasion pour les socialistes de se rassembler."

Voterez-vous le projet de traité simplifié adopté à Lisbonne, qui se fixe pour objectif de désembourber l’Europe ?

Laurent Fabius. Le projet, avec ses 250 pages et ses 297 amendements, n’est pas plus « simplifié » que le précédent. En 2005, le peuple s’était prononcé par référendum.

Ce qui a été décidé par référendum ne peut être réexaminé que par référendum. Une autre procédure ne serait pas vraiment démocratique. Sur cette base, j’espère que ce sera l’occasion pour les socialistes de se rassembler.

Au final, voterez-vous oui ou non ?

Je ne vois pas comment on pourrait approuver un déni de démocratie. Chacun, socialiste tenant du oui ou du non, devrait être prêt à faire un effort pour tenir cette position.

Les tenants du non, comme vous, feraient eux aussi un « effort » ?

Ce serait logique. Je souhaite que nous adoptions la position la plus démocratique et susceptible de nous rassembler. C’est d’ailleurs ce qu’a préconisé le rapporteur du PS chargé de ces questions, Benoît Hamon.

Mais Nicolas Sarkozy, comme il l’avait dit lors de la campagne présidentielle, prévoit une ratification cette fois par le Parlement !

C’est le peuple qui doit décider. D’ailleurs, je pense qu’une majorité de Français souhaitent comme moi un référendum.

Ségolène Royal et Bertrand Delanoë appellent déjà à voter oui...

Nous disions tous, il y a quelques semaines, qu’il faudrait un nouveau référendum. Pour ma part, je ne l’ai pas oublié.

Souhaitez-vous que, comme en 2005, le PS consulte ses militants par référendum interne ?

On n’est pas obligé de se tendre à soi-même un piège. (Sourire.)

Comprenez-vous une grève dirigée contre la réforme des régimes spéciaux de retraite ?

Le mouvement a été très suivi, mais les gens sont partagés...

... Et vous-même, êtes-vous partagé ?

Je pense que les régimes spéciaux doivent évoluer, mais après une vraie négociation. De plus, leur remise en cause est vécue par beaucoup comme un ballon d’essai par rapport à la question plus générale des régimes de retraite. Le candidat Sarkozy a répété le slogan « Travailler plus pour gagner plus ». Avec les multiples taxations nouvelles, les augmentations de prix, les reculs de toutes sortes, on constate de plus en plus qu’il s’agit en réalité de « travailler plus pour gagner moins ». On ne peut pas être d’accord.

Mais le statu quo en matière de retraites est-il concevable ?

Il faut des évolutions, mais sur la base d’efforts partagés. Donc une discussion générale sur l’ensemble des retraites, et pas la stigmatisation d’une catégorie de salariés.

Pourquoi souhaitez-vous que le Conseil constitutionnel censure le texte sur les tests ADN, désormais très restrictif ?

Si le texte ne concerne vraiment qu’un tout petit nombre de personnes, à quoi sert-il ? Ce qui me paraît dangereux, c’est l’addition de deux idées qu’il contient, chacune dangereuse : l’idée que notre parcours dans la vie, et surtout le rapport parents-enfants, serait entièrement déterminé par la génétique ; et l’idée que l’étranger serait une sorte de délinquant potentiel, une menace. J’espère que le Conseil constitutionnel annulera cette mesure avec un argument principal : on ne peut pas traiter différemment un enfant adopté et un enfant qui ne l’est pas, ce qui serait le cas avec les tests ADN.

« Dans le scandale de l’UIMM, il faut désigner un juge »

Etes-vous hostile à l’idée de contrôler plus strictement les conditions du regroupement familial ?

Ce n’est pas parce qu’on récuse les tests ADN qu’on est pour une immigration massive et sans règles ! J’ai une autre approche sérieuse, responsable, autour de trois principes, que nous devons gérer dans le cadre européen : 1. l’impératif du codéveloppement ; 2. pour les immigrés en situation régulière, le droit à une vie comme les autres, donc au regroupement familial ; 3. le fait que la France ne peut accueillir « toute la misère du monde » et qu’il faut lutter contre les filières et trafics de clandestins. Trop souvent, l’immigration sert de filon électoral à la droite pour faire oublier son échec sur le plan économique et social. Je refuse cette dérive malsaine.

Faut-il aller jusqu’au bout de la présidentialisation du régime ?

Cessons de jouer avec les mots ! Il faut davantage de pouvoirs au Parlement, un meilleur contrôle des décisions du président, une écoute plus attentive du suffrage populaire. Le rapport du comité Balladur me paraît plutôt intéressant, mais qu’en restera-t-il ?

Souhaitez-vous toute la vérité sur les caisses noires de l’UIMM alors que certains syndicats et même des députés en auraient, dit-on, profité ?

C’est le monde à l’envers ! C’est bien le scandale UIMM. Pourquoi le présenter comme l’affaire des syndicats ou des politiques ? Il faut qu’un juge soit désigné et fasse la lumière rapidement.

Quel doit être le profil du futur premier secrétaire du PS ?

Le PS a bien des défis à relever. Oui ou non, devons-nous revendiquer nos valeurs socialistes ? Je réponds clairement oui. Oui ou non, devons-nous adapter un certain nombre de nos propositions ? Je réponds oui et j’ajoute que notre règle, ce doit être ce que j’appellerai « l’économie sociale et écologique de marché ». Devons-nous adopter une stratégie qui nous isolerait à gauche ou, comme je le crois, nous fixer comme objectif le rassemblement le plus large autour de nous ? Vastes enjeux. C’est cela notre tâche, et non pas de nous disputer en 2008 pour savoir qui sera notre candidat en 2012, 2017 ou 2022 !

D’ici au congrès PS de 2008, que comptez-vous faire ?

Je travaillerai activement à des propositions pour répondre aux préoccupations de fond (emploi, pouvoir d’achat, vieillissement, vivre ensemble, pollutions, mondialisation financière...). Je vais aussi alerter et mobiliser contre les mesures injustes, par exemple la scandaleuse taxe sur les malades. Et poser au pouvoir des questions concrètes, en souhaitant des réponses précises. Oui ou non, le gouvernement s’engage-t-il dans les cinq ans qui viennent à ce qu’il n’y ait pas d’augmentation de la TVA ? Même question pour la CSG et la CRDS. Si l’on refuse de me répondre ou si, comme c’est le cas jusqu’ici, l’on répond à côté, cela voudra dire qu’après les municipales les Français auront à payer une addition encore plus douloureuse et injuste qu’aujourd’hui.

Ce texte est disponible sur www.laurent-fabius.net

samedi 27 octobre 2007

Sarkozy, malmené et hué chez les cheminots, s’emmêle les pinceaux


Nicolas Sarkozy a rendu, vendredi 26 octobre au matin, une visite surprise à des cheminots de Saint-Denis, pour leur expliquer la réforme des régimes spéciaux de retraites.

A un jeune employé qui lui disait que les cheminots feraient "plier" ce gouvernement comme d'autres par le passé par des grèves et des manifestations, le président de la République a répondu: "La rue, elle fera pas plier parce que nous sommes dans une démocratie. Le droit de grève, c'est un droit qui est reconnu, mais je vais vous dire quelque chose: le chantage à la rue, ça ne marchera pas".

"Le choix de la rue dans une démocratie, ça n'est pas un bon choix. Ca montera une partie de la France contre les cheminots", a-t-il ajouté. "Je ne céderai pas sur le passage des 37,5 années à 40 ans de cotisation. En revanche, je m'engage à ce que personne ne perde de sa retraite en cotisant plus", a déclaré le chef de l'Etat à ses interlocuteurs. "
"C'est pas marrant à dire, mais il n'y a pas un pays au monde qui fait différemment, vous pouvez me chanter ce que vous voulez", a-t-il dit. "Vous devriez quand même être plutôt heureux que, pour une fois, il y ait un chef de l'Etat qui s'occupe de vous. Ca me semble quand même plus positif que de dire: c'est la rue qui va parler".

Nicolas Sarkozy s'était rendu tôt vendredi dans ce centre de maintenance de la SNCF de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) pour une visite destinée à dialoguer avec les cheminots opposés à la réforme de leur régime spécial de retraites. Sur place, il a longuement dialogué avec les employés. "Vous nous proposez de travailler plus pour gagner moins", lui a ainsi reproché Cyril Renaud, délégué CGT.
La visite s'est déroulée en présence de la présidente de la SNCF Anne-Marie Idrac.
Le ministre du Travail Xavier Bertrand achève ce vendredi une nouvelle série de consultations entamées mercredi avec les syndicats sur la réforme des régimes spéciaux de retraite. Parallèlement, les directions de la RATP et de la SNCF tentent d'éviter un nouveau conflit et une grève illimitée à la mi-novembre, en proposant de rencontrer des organisations syndicales des deux entreprises en début de semaine prochaine.
"Cela fait 25 ans qu'un président n'est pas venu à la SNCF", a souligné Nicolas Sarkozy, ajoutant: "Je n'ai pas peur, je ne viens pas en cachette", alors que les syndicalistes lui reprochaient la présence de médias.

Parlant de "provocation", Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste, a jugé que "c'est une curieuse conception du dialogue social que de dire aux salariés de la SNCF que l'on mène une négociation mais que rien ne changera dans le projet du gouvernement".
Pour le PCF, qui accuse de M. Sarkozy de dénier aux Français le droit de manifester, "les cheminots ne sont pas dupes d'une réforme qui, sous couvert d'un prétendu sauvetage de la retraite par répartition, vise à les faire 'travailler plus pour gagner moins"'.

Nicolas Sarkozy a surtout montré quelques lacunes dans le dossier de la réforme des régimes spéciaux de retraite, pourtant phare de son programme quand il a lancé " 40 ans [d’annuités] s’appliqueront à tout le monde, en revanche, les bonifications, les décotes, moi je pense que tout ceci ne peut s’appliquer que pour ceux qui ne sont pas déjà rentrés à la SNCF". Une rumeur monte dans la foule, un syndicaliste de FO s’étonne : ", mais ça c’est nouveau !".
C’est même énorme.
Le principe de la décote (1) fait partie des trois piliers intangibles du document d’orientation qui a été remis aux syndicats le 10 octobre, au même titre que la durée de cotisation à 40 ans pour la retraite à taux plein et l’indexation des pensions sur les prix. En affirmant que les décotes ne s’appliqueront qu’aux nouveaux entrants et ne toucheront pas les cheminots en poste, Sarkozy lâche donc une annonce explosive.
Les médias présents, Reuters, AFP, France 3 reprennent la phrase. Le souci, c’est qu’au même moment, chez le ministre du Travail Xavier Bertrand, qui concluait une série de rencontres avec les syndicats, les organisations de salariés se voient proposer un tout autre discours. Au point de sortir en déplorant des négociations bloquées.
A la SNCF, le discours est un peu embarrassé : «Je pense que c’est une boulette», glisse un cadre, la direction de l’entreprise préférant pudiquement s’abstenir de toute réaction officielle. Les syndicats, eux, s’en donnent à cœur joie. L’Unsa : «Si le Président le dit, c’est forcément lui qui a raison. Nous n’imaginons pas un instant qu’il ne connaisse pas le dossier.» Prenant Sarkozy au pied de la lettre, Eric Falempin, secrétaire national de FO, se délectait lui d’une grande victoire : «On vient de gagner sur un des trois points les plus importants.»
Même discours de façade de la CGT : «J’ai pris acte», assure Didier Le Reste, secrétaire de la fédération des cheminots, qui lâche : «Quand même, tout cela n’est pas très sérieux. A force d’agitation chronique, à force de vouloir parler sur tout, il en balance pas mal des bourdes. Il s’est déplacé avec une compagnie de CRS, une nuée de caméras, pour un exercice de communication qui relève de la provocation, sur des sujets qui sont quand même sérieux et qui méritent autre chose que ça…»
Dans la soirée, l’entourage de Xavier Bertrand a répondu à Libération que le ministère confirmait" les éléments du document d’orientation du 10 octobre". C’est dit élégamment, pour démentir le Président...

jeudi 25 octobre 2007

UNION MÉDITERRANÉENNE • Sarkozy se heurte au scepticisme poli des Marocains

Le dernier discours de la visite officielle du président français au Maroc était consacré au projet d'Union méditerranéenne, censé effacer les ratés des conférences euro-méditerranéennes, lancées en novembre 1995 à Barcelone. Dans la presse marocaine et espagnole, on s'interroge sur la crédibilité d'un tel projet.

Le président français a annoncé, le mardi 23 octobre, à Tanger, sa volonté de réunir en juin 2008 en France tous les chefs d'Etat et de gouvernement du bassin méditerranéen afin de fixer - sur le principe d'une "égalité stricte" - les bases de cette union.

"Le projet est-il si chimérique ?" se demande le quotidien marocain La Nouvelle Tribune. Nicolas Sarkozy voudrait que l'Union méditerranéenne soit un espace commun de développement, de sécurité, d'échange et de dialogue des cultures. Le projet soulève un "scepticisme poli sur les rivages du Maghreb, déchiré par ses rivalités", explique le quotidien. "Il demeure pour l'heure une coquille vide, un concept abstrait, même si l'objectif est qu'il prenne forme au second semestre de 2008."

D'autant que les observateurs voient dans ce projet d'union un simple "alibi" sur lequel pourrait s'appuyer le président français pour contrer l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne. Le quotidien marocain L'Economiste évoque ainsi "l'idée de base" du "partenariat privilégié", concept qui rappelle la contre-offre faite par Sarkozy pour évacuer l'intégration de la Turquie par l'UE.

Pour Aujourd'hui le Maroc, le fait "que Nicolas Sarkozy ait choisi Tanger pour dévoiler le socle de sa politique méditerranéenne en dit long sur la capacité amplificatrice du message méditerranéen prêté au Maroc". Selon le journaliste Mustapha Tossa, moins sévère que ses confrères, le concept d'Union méditerranéenne "a besoin, pour augmenter son indice de crédibilité, d'un grand travail de pédagogie et d'explication. Et l'on s'attend à ce que Nicolas Sarkozy investisse autant de vitalité et d'énergie que celles qu'il avait mises à contribution pour sortir l'Union européenne de son impasse en arrachant au forceps un consensus sur le traité simplifié."

Pour El País, Nicolas Sarkozy, en dépit de ses efforts pour "se démarquer du défaitisme promarocain de son prédécesseur", ne se démarque pas vraiment de la politique menée par Jacques Chirac. "La principale originalité du plan de Sarkozy réside dans sa méthodologie." "Il se serait en fait inspiré des débuts de la Communauté économique européenne (CEE), annonciatrice de l'Union européenne actuelle. Pour ce faire, il a exprimé le souhait de lancer cinq institutions : une banque d'investissement méditerranéenne, une agence de l'énergie nucléaire, une université méditerranéenne avec des programmes d'échanges inspirés d'Erasmus afin de favoriser les interactions culturelles, une agence de l'environnement et une autre dédiée à l'audiovisuel." Le président français a en outre "passé de la pommade aux Marocains en louant dans un autre discours 'l'exemplarité' du royaume alaouite dans le monde musulman et sa 'vigueur démocratique'".

Mouna El Mokhtari

mercredi 24 octobre 2007

Agir en homme d’Etat pour être considéré comme un homme d’Etat

C’est le conseil que le New York Times adresse à Nicolas Sarkozy, au terme d’un éditorial particulièrement sévère où le quotidien américain n’hésite pas à faire un rapprochement entre une « loi abjecte » — le projet de loi relatif à la maîtrise de l’immigration, et notamment la mise en place de test ADN — et certaines lois de la France de Vichy.

Texte en version originale et sa traduction en français

Pseudoscientific Bigotry in France

October 21, 2007

Immigration issues bring out the worst instincts in politicians who should know better. Congress showed that earlier this year. Now it is the turn of France’s Parliament. It is moving toward final approval of an ugly new law that would introduce DNA testing as a potential basis for excluding prospective immigrants hoping to reunify with family members already living in France.

DNA testing can be a useful tool in establishing criminal guilt or innocence. But it has no rightful place in immigration law. Modern French families, like modern American families, are constituted on many bases besides bloodlines and genetics. This is something most French politicians and voters should be aware of.

They should also be aware of the cautionary lessons of modern French history. Under the Nazi occupiers and their Vichy collaborators, pseudoscientific notions of pure descent were introduced into French law with tragic consequences.

The DNA provision, proposed by a member of Parliament close to President Nicolas Sarkozy, has been angrily denounced by the center-left opposition, principled members of the center-right majority and a member of Mr. Sarkozy’s cabinet. As a result, the legislation has been hedged with some cautionary language, but not enough. Meanwhile, Mr. Sarkozy, who could have intervened to stop this bill at any point, and still can, has not, and is not very likely to.

Though himself the son of a Hungarian immigrant, Mr. Sarkozy has made his political name with harsh criticism of more recent immigrants, especially North African Arabs. His pandering on this issue helped win him votes that used to go to far-right extremists like the perennial presidential candidate Jean-Marie Le Pen.

Immigrant bashing is an effective vote-getter. Unfortunately, it leads to bad laws, bad policies and needless human suffering for the individuals and families it targets and exploits. Mr. Sarkozy wants to be seen as a statesman. He should act like one.

Bigoterie pseudo-scientifique en France

Editorial du New York Times du 21 octobre 2007

Les questions d’immigration font ressortir les pires instincts des hommes politiques qui devraient se montrer plus avisés. Le Congrès américain l’a prouvé au début de l’année. Maintenant c’est au tour du Parlement français. Il s’apprête à adopter une nouvelle loi abjecte qui introduit les tests ADN comme fondement possible du rejet d’une demande de regroupement familial.

Les tests ADN peuvent être utiles pour établir la culpabilité ou l’innocence dans une affaire criminelle. Mais ils n’ont rien à faire dans une loi sur l’immigration. De nos jours, les familles françaises, comme les familles américaines, se constituent sur des bases qui ne se limitent pas à la filiation biologique. C’est un fait dont la plupart des politiciens et des électeurs français devraient être conscients.

La France aurait dû retenir les leçons de son histoire récente. C’est sous l’occupation nazi et le régime de Vichy que la notion pseudo-scientifique de pureté de la race a été introduite dans le droit français avec les conséquences tragiques que l’on sait.

Le recours à l’ADN, proposé par un député proche du Président Nicolas Sarkozy, a été vivement dénoncé par l’opposition de centre-gauche, par des membres de la majorité de centre-droit qui ont encore des principes, ainsi que par un membre du cabinet de M. Sarkozy. Cela s’est traduit par une certaine prudence — mais insuffisante — dans la rédaction de cette innovation législative. M. Sarkozy aurait pu intervenir à tout moment pour arrêter le processus législatif, il le peut encore, il ne l’a pas fait et il ne le fera sans doute pas.

C’est en fustigeant la dernière génération d’immigrés, en particulier ceux qui sont originaires d’Afrique du Nord, que M. Sarkozy, lui-même fils d’un immigré hongrois, s’est fait un nom en politique. Ce racolage lui a permis de récupérer les voix qui se portaient habituellement à l’extrême droite, sur Jean-Marie Le Pen, éternel candidat à l’élection présidentielle.

Casser de l’immigré est un moyen efficace de gagner des suffrages. Malheureusement, cela conduit à de mauvaises lois, à une mauvaise politique et à des souffrances inutiles pour les personnes et leurs familles visées par cette instrumentalisation.

M. Sarkozy veut être considéré comme un homme d’Etat.

Qu’il agisse en homme d’Etat !

mardi 23 octobre 2007

La loi sur la « maîtrise de l’immigration »


Communiqué du MRAP

Sous le régime de Vichy, était considéré comme Juif celui qui avait des grands-parents juifs ; c’était la première fois en France que la biologie dictait le droit.

Sous la République de Sarkozy, la représentation populaire va voter une loi qui non seulement criminalise le droit de vivre en famille, mais qui fera aussi dépendre le regroupement familial des immigrés d’un examen biologique, le test ADN : ce sera la deuxième fois qu’en France la biologie dictera le droit à des fins de discrimination raciste. C’est pourquoi, ce jour restera comme un jour de honte.

Le docteur Watson, prix Nobel pour avoir découvert l’ADN vient de déclarer à propos des Africains que les test démontrent que leur intelligence n’est pas la même que celle des blancs. Cette déclaration faite quelques jours avant le vote de la loi prend valeur de symbole.

Le Mrap ne peut que réitérer sa condamnation de telles pratiques et
joindre l’expression de son inquiétude devant de telles dérives à celle de centaines de personnalités politiques, scientifiques, associatives et religieuses.

Il rappelle, avec Robert Badinter, que « les lois de bioéthique de 1994 et 2004, écartent les usages de la génétique à des fins autres que médicales et de recherche scientifique". Le refus d’entendre ces voix est un signe manifeste de mépris envers elles.

A vouloir satisfaire les revendications de l’extrême droite en matière de politique migratoire, le gouvernement et sa majorité inaugurent des méthodes qui nient l’égalité de tous devant la loi et mettent en danger la démocratie et les droits de l’homme.


Paris, le 23 octobre 2007

Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples
43 bd Magenta - 75010 Paris