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samedi 22 septembre 2007

ETATS-UNIS • Manifestation de Noirs contre le racisme


L'appel à manifester faisait suite à l'inculpation de six jeunes Noirs impliqués dans l'agression d'un adolescent blanc qui n'avait été que légèrement blessé.

Une grande manifestation a réuni plusieurs milliers de Noirs-Américains, jeudi 20 septembre à Jena, une petite ville de Louisiane (sud), secouée depuis des mois par une affaire de racisme, dans laquelle six jeunes Noirs ont été inculpés de tentatives de meurtre après l'agression d'un Blanc.

L'affaire a éclaté il y a un an dans cette ville de 3.000 habitants, dont 85% de Blancs et 12% de Noirs, quand trois adolescents noirs sont venus s'assoir dans la partie de la cour de leur lycée tacitement réservée aux Blancs, à l'ombre d'un arbre.
Le lendemain matin, trois cordes de pendus étaient apparues sur l'arbre, une image rappelant les lynchages répandus dans la région il y a seulement quelques dizaines d'années.

Les Blancs non poursuivis

Evoquant "une farce", la direction du lycée s'est contentée de suspendre les lycéens blancs responsables pour trois jours. Dans les mois qui ont suivi, plusieurs incidents violents ont éclaté. Une aile du lycée a été incendiée, puis un lycéen noir a été battu après s'être montré dans une fête à laquelle n'étaient conviés que des Blancs.
Un jeune Blanc a ensuite fait mine de tirer sur trois adolescents noirs dans un magasin. Et le 4 décembre, un adolescent blanc, Justin Barker, a été agressé et légèrement blessé par un groupe de Noirs alors qu'il sortait du gymnase du lycée.
La plupart des Blancs impliqués dans les violences n'ont pas été poursuivis. Mais six lycéens noirs soupçonnés d'être les auteurs de l'agression au gymnase ont été arrêtés et inculpés de tentative de meurtre et d'une combinaison d'autres crimes qui pourraient leur valoir la réclusion à perpétuité.

Pétition

De nombreuses associations noires-américaines ont pris la défense des "Six de Jena". "Les poursuites ne sont pas justifiées (...). Une chaussure de tennis n'est pas une arme mortelle", dénonce ainsi une pétition qui a déjà recueilli des milliers de signatures.
"Malheureusement, ce genre de problème n'est pas limité à Jena", a expliqué Dennis Parker, directeur du programme de lutte contre le racisme au sein de la puissante association de défense des libertés ACLU, évoquant une situation "emblématique" d'une tendance à envoyer facilement en prison de jeunes Noirs.

Bush "attristé"

"Les événements en Louisiane m'ont attristé, et je comprends les émotions", a déclaré le président américain George W. Bush, en réponse à une question sur la manifestation de Jena au cours d'une conférence de presse jeudi, rappelant son attachement à "l'équité de la justice" et assurant que le ministère de la Justice suivait l'affaire.
Un seul des six inculpés a pour l'instant comparu: Mychal Bell, 17 ans, a été reconnu coupable en juin de coups et blessures par un jury exclusivement blanc. Une audience était prévue ce jeudi pour fixer sa peine, mais une cour d'appel a annulé le jugement la semaine dernière, ordonnant que l'adolescent, qui avait comparu devant un tribunal pour adultes, soit jugé comme un mineur.
"Il n'y a pas d'égalité", a déploré sur CNN Tina Jones, mère de l'un des "Six de Jena". "Les Noirs reçoivent la peine la plus lourde que la loi propose, tandis que les Blancs s'en tirent avec une tape sur les doigts", a-t-elle ajouté.

samedi 11 août 2007

Élections cruciales au Sierra Leone





2,6 millions de Sierra-Léonais sont appelés à voter pour élire Parlement et chef de l'Etat. Après dix ans de guerre civile, il s'agit d'un véritable examen de démocratie pour le pays.


Les bureaux de vote ont ouvert leurs portes samedi 11 août en Sierra Leone pour des élections présidentielle et législatives décisives devant marquer le retour définitif de la paix et de la démocratie dans ce pays ruiné par dix années de guerre civile de 1991 à 2001.
De longues files d'attente ont commencé à se former devant plusieurs des 6.171 bureaux où le vote a débuté vers 7 heures (locales et GMT).Quelque 2,6 millions de Sierra-Léonais sont appelés aux urnes.Sept candidats sont en lice pour succéder au président sortant Ahmad Tejan Kabbah. Ce dernier, arrivé au pouvoir en 1996, en pleine guerre civile, ne peut se représenter après les deux mandats qu'il vient d'effectuer.


Deux candidats se détachent


L'élection devrait néanmoins se jouer entre les candidats des deux partis qui se sont successivement partagé le pouvoir depuis l'indépendance du pays en 1961: le Parti du peuple de Sierra Leone (SLPP, au pouvoir) et le Congrès de tout le peuple (APC, principal parti d'opposition).
Le vice-président sortant Solomon Berewa (SLPP) et Ernest Koroma, chef de l'APC, partent favoris à moins que l'ex-ministre Charles Margai, dissident du SLPP et neveu d'un des pères de l'indépendance Sir Milton Margai, vienne perturber l'ordre établi.
Pour être élu dès le premier tour, un candidat devra récolter plus de 55% des suffrages dans les 6.176 bureaux de vote du pays comme le prévoit la règle électorale sierra-léonaise."Je n'en vois aucun obtenir 55% (des voix). Cela va être très contesté et trop serré", prédit cependant le commentateur politique Ibrahim Karbgo.Les Sierra-Léonais devront également élire pour cinq ans 112 des 124 députés du Parlement monocaméral parmi 566 candidats, au scrutin majoritaire à un tour.Un référendum constitutionnel également prévu a été abandonné pour ne pas trop compliquer la tâche des électeurs.


Un défi démocratique


Les différents scrutins font figure de ballon d'essai démocratique pour l'ancienne colonie britannique à l'image ternie par des coups d'Etat et une guerre civile (1991-2001) qui figure parmi les plus violentes de l'histoire moderne, avec son lot de mutilations, recrutements forcés d'enfants soldats et d'autres graves violations des droits de l'Homme.
Les élections de 2002 - qui avaient vu la réélection d'Ahmad Tejan Kabbah au premier tour - avaient été organisées sous l'étroite supervision des Casques bleus de l'ONU, mais cette fois-ci les forces de sécurité seront seules pour maintenir l'ordre sous l'œil de la communauté internationale.
Environ 350 observateurs internationaux (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest, Commonwealth, Union africaine, Union européenne) vont être déployés dans le pays.
Le début de la campagne électorale, qui a pris fin jeudi soir à minuit a été perturbé par des violences politiques dans plusieurs villes, dont la capitale Freetown, mais le calme est progressivement revenu depuis.


Une obligation de réussite


La Cédéao a d'ores et déjà averti qu'elle ne tolèrerait "aucune violence" au cours des élections.
De son côté, Victor Angelo, directeur du Bureau intégré des Nations unies en Sierra Leone, qui a remplacé la mission onusienne fin 2005, a estimé "qu'il n'y a pas d'alternative, cela doit bien se passer".
Le pays, qui regorge de richesses minières, dont des diamants, a vu ses infrastructures en grande partie détruites pendant la guerre et se trouve dans une situation critique malgré un fort soutien international, en particulier britannique.
Les programmes des candidats sont principalement centrés sur la lutte contre le chômage, la construction d'hôpitaux ainsi que la fourniture d'eau potable et d'électricité aux 5,5 millions de Sierra-Léonais.
Le pays a été classé en 2006 à l'avant-dernière place de l'Indicateur du développement humain (IDH) du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud).

mardi 24 juillet 2007

Infirmières libres : controverses autour d'un show élyséen



Contrairement à ce qu'avait prétendu Nicolas Sarkozy, la Libye indique que Bruxelles et Paris ont contribué aux compensations versées aux familles des enfants libyens contaminés par le sida.


Nicolas Sarkozy a annoncé mardi qu'il se rendrait en Libye mercredi pour un "déplacement politique pour aider la Libye à réintégrer le concert des nations", après la libération des infirmières et du médecin bulgares.




Pierre Moscovici, député socialiste du Doubs a fait part de son "sentiment de malaise" face à l'action de Cécilia Sarkozy en Libye. La veille, il avait dénoncé le "show" de la diplomatie sarkozyenne.

Pierre Moscovici persiste et signe. Interrogé mardi matin 24 juillet sur France 2, le député socialiste du Doubs a fait part de son "sentiment de malaise" et a demandé la "transparence" sur la nature de l'intervention de Cécilia Sarkozy alors que les cinq infirmières bulgares et le médecin palestinien étaient dans l'avion du retour vers la Bulgarie mardi matin.


Lundi, Pierre Moscovici avait déjà dénoncé une diplomatie sarkozyenne tenant "largement du show".
"S'agit-il d'une affaire humanitaire ou politique? Si c'est une affaire humanitaire, alors il n'est pas illogique que Mme Sarkozy soit là, parce que ce pourrait être le rôle de la première dame de France, mais si c'est une affaire politique, alors là on entre dans une méthode diplomatique que je réprouve totalement"
, a-t-il expliqué sur France-2 tout en se réjouissant de la libération des soignants bulgares.

Le député socialiste a réclamé que des "comptes soient rendus devant la représentation nationale et devant le Parlement (...) s'il s'agit d'une affaire politique". "Tout ça n'est pas transparent", a-t-il insisté.
"Y a-t-il eu rançon? Si rançon, de combien?" s'est interrogé Pierre Moscovici, rappelant que les personnels soignants avaient été "retenus en otage" pendant plus de huit ans à Tripoli.
L'élu socialiste, qui avait critiqué la veille la "stratégie du coucou" du président de la République, a réitéré ses critiques en regrettant "cette manière de tout récupérer, de tout tirer à soi".

"Pour moi, l'essentiel du travail a été fait par l'Union européenne", a-t-il analysé, réclamant que, si "diplomatie à l'américaine" il y a, ils soient imités "pour ce qu'ils ont de bon, c'est à dire la transparence"

Tripoli : les conditions ont été satisfaites


La Libye a affirmé mardi 24 juillet que les conditions qu'elle avait posées pour une extradition des infirmières et du médecin bulgares "ont été satisfaites", selon un responsable gouvernemental libyen.


"L'affaire a été réglée. Nous avons reçu des garanties pour la normalisation des relations avec les pays européens et pour un accord de partenariat avec l'Union européenne", a dit ce responsable qui a requis l'anonymat.


Tripoli a obtenu également des garanties pour le traitement des enfants libyens et pour la réhabilitation de l'hôpital de Benghazi, où ceux-ci ont été contaminés par le virus du sida.
"Les infirmières ont quitté le pays mais le monde ne doit pas oublier le drame des enfants contaminés par le sida", a précisé cette même.


Le responsable libyen a confirmé par ailleurs la visite du président français Nicolas Sarkozy mercredi en Libye. Il a précisé que des accords seront signés entre Paris et Tripoli notamment dans les domaines de la sécurité, de l'énergie, de l'enseignement, de l'immigration, de la santé et de la recherche scientifique.
Il a ajouté qu'un autre accord sera conclu pour la rénovation de l'hôpital de Benghazi, précisant qu'une équipe d'experts et de médecins français a précédé Nicolas Sarkozy en Libye et étaient déjà à l'oeuvre dans l'hôpital de cette ville située à 1.000 km à l'est de Tripoli.


Sarkozy accusé de troc nucléaire avec Kadhafi



Le réseau "Sortir du Nucléaire", accuse le président français d'avoir offert à la Libye "de la technologie nucléaire en échange des infirmières bulgares".

Le réseau "Sortir du Nucléaire" a accusé mardi le président de la République Nicolas Sarkozy de se livrer à "un troc nucléaire" en proposant au numéro un libyen Mouammar Kadhafi "de la technologie nucléaire en échange des infirmières bulgares".


"Promouvoir le nucléaire, et tenter d'étendre cette technologie sur la planète, est de façon générale une très mauvaise chose pour l'environnement", souligne dans un communiqué le réseau, une fédération d'associations. Mais "fournir de la technologie nucléaire à un dictateur est encore plus irresponsable"

Programme militaire ? Certes, ajoute le communiqué, "MM. Sarkozy et Kadhafi parlent de "nucléaire civil, mais l'expérience et l'actualité (par exemple en Corée ou en Iran) montrent que nucléaire civil et militaire sont intimement liés".


Mouammar Kadhafi a officiellement renoncé à un programme nucléaire militaire, mais "ce dictateur est un habitué des revirements brutaux et des pratiques dissimulatoires", indique "Sortir du nucléaire".


Le réseau "dénonce avec la plus grande vigueur la "monnaie d'échange" utilisée par les Sarkozy -l'épouse du chef d'Etat étant son "pion avancé" en Libye- pour arriver à leurs fins".


Communiqué du Parti Socialiste

Le Parti socialiste se réjouit de la libération des infirmières bulgares et du médecin palestinien détenus depuis plus de 8 ans en Libye et injustement condamnés par le régime du Colonel Khadafi pour des crimes qu’ils n’ont pas commis –avoir inoculé le virus du Sida à des centaines d’enfants.
Il s’agit là, avant tout, d’un succès de l’Europe, dont le Parti socialiste salue le rôle. Les Présidences successives de l’Union européenne, de la Grande-Bretagne en 2005 jusqu’à l’Allemagne et au Portugal en 2007, ainsi que la Commission européenne, n’ont pas ménagé leurs efforts pour obtenir ce résultat, elles en sont aujourd’hui récompensées.
La France s’est elle aussi impliquée dans cette libération, en particulier au moment de la finalisation de la négociation. Le Parti socialiste, tout en se félicitant de ce résultat, s’interroge sur la conduite et l’organisation de la diplomatie française. Il souhaite que soient précisés le rôle et la responsabilité de chacun. Enfin le Parti socialiste demande que la clarté soit faite sur les conditions de ces discussions, et notamment sur les contreparties demandées et obtenues par le Colonel Khadafi. Le Parlement devra, le moment venu, en être informé : le Parti socialiste y veillera.

dimanche 8 juillet 2007

Xavier Darcos et l'affaire du film "4 mois, 3 semaines, 2 jours" de Cristian Mungiu


Xavier Darcos vient de s’illustrer dans une affaire liée à la Palme d'or de Cannes/Prix de l'éducation nationale "4 mois, 3 semaines, 2 jours" de Cristian Mungiu

Sous la pression des lobbys anti-avortement, le ministre a voulu en effet empêcher l'édition par le CRDP de Nice dans la collection nationale "à-propos", décision qu'il vient de suspendre samedi 7 juillet (et non d'annuler), la mayonnaise médiatique étant en train de monter très vite depuis vendredi dernier.
Un article est à paraître dans L'Humanité du lundi 9 juillet.
Voici les deux dépêches AFP relatives à cette histoire de censure, ainsi qu’une critique du film parue dans l’US, magazine du syndicat SNES-FSU

Prix de l'Education: le ministère refuse d'éditer le film primé à Cannes
Dépêche (AFP) - 06/07/2007 22h14

Le ministère de l'Education a refusé d'éditer à destination des collégiens et lycéens des DVD du film "4 mois, 3 semaines, 2 jours", Palme d'Or à Cannes et lauréat du Prix de l'Education, le jugeant trop "dur", mais des réalisateurs dénonçent vendredi des "pressions d'associations anti-avortement".
Signé par Cristian Mungiu, "4 mois, 3 semaines, 2 jours", un drame puissant et cru sur les avortements clandestins dans la Roumanie de Ceausescu, a aussi reçu le prix de la critique au dernier Festival de Cannes.
Selon la Société des réalisateurs de films (SRF), le ministre de l’Education nationale Xavier Darcos a décidé d'"interdire la fabrication et la diffusion du DVD-Rom" du film en milieu scolaire "à la suite de pressions d’associations anti-avortement".
Décerné le 27 mai par un jury présidé par la comédienne Bernadette Lafont et composé de six enseignants et deux étudiants, le Prix de l'Education nationale récompense, depuis 2003, à un film en sélection officielle à Cannes, choisi pour ses qualités artistiques et son intérêt pédagogique.
Celui-ci bénéficie alors de la création et de la diffusion en milieu scolaire d’un DVD-rom pédagogique édité à 1.500 exemplaires, ce qui ne sera pas le cas cette année pour "4 mois, 3 semaines, 2 jours".
Interrogé par l'AFP, Nicolas Boudot, conseiller technique au cabinet de M. Darcos, a confirmé une décision prise au ministère "après le visionnage du film, huit jours après la remise du prix, par une vingtaine de membres du cabinet", a-t-il dit, justifiant celle-ci par la "dureté" de l'oeuvre.
"Nous avons jugé les images dures" a affirmé M. Boudot, "le film est potentiellement choquant et destabilisant pour des élèves ayant entre 11 et 18 ans". "Nous ne voulons pas que des élèves puissent être troublés par un film produit par l'Education nationale", a-t-il ajouté, réfutant toute pression extérieure.
Dans un courrier daté du 2 juillet dont l'AFP a obtenu copie, le directeur du cabinet du ministre, Philippe Court, invoque "le principe de précaution", ne jugeant "pas souhaitable" la diffusion du film "dans les classes, par le réseau des centres régionaux de documentation pédagogique".
La lettre, adressée à Christine Juppé-Leblond, inspectrice générale en charge du cinéma et de l'audiovisuel, invite celle-ci à veiller à ce que le jury récompense, à l'avenir, des films adaptés "à une diffusion auprès de l'ensemble des élèves de collèges et de lycées".
Un avis qui fait débat au ministère, où certains estiment au contraire que le film "ne présente aucun risque pour le public adolescent" qu'il invite à une "prise de conscience sur un sujet qui peut et doit être abordé sans détour".
Fin mai, l'association anti-avortement Choisir la vie avait dénoncé, dans un communiqué intitulé "La culture de mort récompensée à Cannes" une "véritable propagande pro-avortement et un danger pour les enfants scolarisés". L'association affirmait son "opposition ferme à voir diffuser un tel film dans les établissements scolaires français".
Le premier Prix de l'éducation était allé en 2003 à "Elephant" de Gus Van Sant, et l'avant-dernier, en 2006 à "Marie-Antoinette" de Sofia Coppola.

Xavier Darcos suspend sa décision de ne pas éditer des DVD de la Palme d’Or
Dépêche (AFP) - 07/07/2007 11h23
Le ministre de l'Education nationale Xavier Darcos a décidé de "suspendre" sa décision de ne pas faire éditer pour les collégiens et lycéens des DVD du film roumain "4 mois, 3 semaines, 2 jours", Palme d'Or à Cannes et lauréat du Prix de l'Education, a annoncé samedi le ministère.
La Société des réalisateurs de films (SRF) avait dénoncé vendredi des "pressions d'associations anti-avortement" pour ne pas diffuser ce film de Cristian Mungiu, qui évoque les avortements clandestins dans la Roumanie de Ceausescu.
"Le ministre a décidé de suspendre toute décision" et doit rencontrer "dès le début de la semaine" la SRF ainsi que des membres du jury du Prix de l'Education, a fait savoir samedi le ministère.
M. Darcos va également demander l'avis de la Commission nationale de classification et prendra sa décision à l'issue de ces consultations, a-t-on ajouté de même source.



Une école de responsabilité
www.snes.edu/usencour/us.html (US Mag juin 2007, SNES-FSU)


Roumanie, 1987. Le pays est encore sous le joug de Ceaucescu et de sa politique nataliste effrénée, qui a criminalisé l’avortement depuis 1966. 4 mois, 3 semaines et 2 jours racontent les épreuves traversées par deux étudiantes, Gabita et Otilia, pour organiser l’avortement clandestin de Gabita. Que le film de Cristian Mungiu ait reçu à la fois la Palme d’Or et le prix de l’Éducation ne manque pas d’intriguer : est-il réussi parce qu’il éduque, ou éduque-t-il parce qu’il est réussi ? Certains bloggers à la vertu outragée n’ont pas pris le temps de se poser la question. À peine la nouvelle annoncée, ils se sont indignés, sans en connaître une seule image, qu’on trouve une valeur éducative à un film « sur » l’avortement. L’auraient-ils vu qu’ils auraient vite ravalé leurs cris, car il est évident dès les premières minutes que 4 mois... n’évite pas plus son sujet qu’il ne s’y laisse réduire, et construit pour cette raison une riche et complexe expérience de spectateur.

La première partie reste longtemps indéchiffrable, n’exposant qu’un visible lacunaire : préparatifs d’un étrange voyage, omniprésence des petites transactions, infatigables trajets urbains d’Otilia pour réaliser un plan énigmatique. La structure se resserre peu à peu jusqu’à la longue et éprouvante scène centrale ; puis la tension ne se relâche que pour mener vers une douleur plus brutale, plus profonde.
A la fin seulement tous les indices (les chatons, les allergies, le savon) ont pris leur sens, mais il faut remonter mentalement le chemin pour le reconstituer. Pour s’apercevoir que le titre, arrivant au générique de fin, résout une question abandonnée, comme la ruine d’un suspense éphémère. De combien de mois Gabita était-elle donc enceinte ? Quatre mois, trois semaines et deux jours, exactement. Comme d’autres films roumains dont nous avons parlé ici (La mort de Dante Lazarescu, 12 h 08 à l’Est de Bucarest), 4 mois... rappelle que le cinéma est l’oxygène des sociétés qui ont longtemps étouffé. Lorsque revient l’accès aux images, même difficile, l’urgence est d’explorer le secret, l’interdit, tout ce qui a fait la souffrance passée. Mungiu, qui avait vingt ans à l’époque où des femmes avortaient encore clandestinement en Roumanie, dans une démarche de résistance à l’oppression qui excluait le questionnement moral, constate que ses souvenirs sont aussi ceux des autres ; évoquer son passé, c’est travailler à la construction d’une mémoire nationale, celle que les totalitarismes défigurent ou atrophient.

Si le cinéma s’impose comme le moyen d’expression le plus indiqué, c’est que la situation même exige toutes les ressources des personnages filmiques. Organiser un acte interdit dans un contexte entièrement hostile, c’est entretenir un certain rapport au corps (savoir jusqu’où on peut et veut disposer du sien), à la gestualité (comment effectuer les gestes efficaces dans un cadre contraint), à la parole (négociations incessantes), à la sociabilité (on ne peut pas avorter sans des amis fidèles), à la temporalité (chaque étape dépassée de la grossesse est un deadline dramatique), à l’espace (il faut explorer les tréfonds de la ville, en maîtriser les espaces les plus sinistres et anonymes). Parce que le propos ne prend forme que par le langage du cinéma, l’image se dérobe à tout plaidoyer.
La seule chose que le film dise clairement, c’est que dans un pays où règne la violence sociale, les femmes sont celles qui la subissent le plus durement. Il dit aussi que le vivant s’entête dans les histoires de mort, que l’amitié, l’espoir, la faim ont la vie dure, que les cauchemars se terminent et que leur fin elle- même peut être cauchemardesque.
Mais c’est tout : le cinéaste ne s’engage pas au-delà de ses propres doutes, et le film est en ce sens pour le spectateur une école de responsabilité. Sans doute est-ce beaucoup exiger de lycéens que de répondre à la demande qui leur est ainsi faite, et l’accompagnement est nécessaire.
Un risque sera de crier au chef-d’œuvre, éternel prétexte des critiques pour éviter la chair brûlante des films. Mais 4 mois..., c’est son intelligence, ne fait pas plus la propagande du cinéma que celle de l’avortement, et il nous faut entrer dans ses équilibres savants avec patience et discrétion. Noter par exemple que le plan-séquence, parce qu’il installe un régime théâtral où les acteurs sont aux commandes, et atteste ainsi l’harmonie qui règne entre cinéaste et comédiens, condamne par sa forme même un régime fondé sur la défiance.
Montrer comment, analyse des jeux d’acteur à l’appui, l’horreur naît de la proximité du médical et du sexuel. Remarquer la voix obscènement douce de l’avorteur après le « paiement », la façon dont il transforme la technicité de son discours et de ses gestes en un instrument d’oppression. Analyser la symétrie entre la scène centrale et celle du repas d’anniversaire, ou encore l’espace blafard des salles de bains, refuges mitoyens des lieux de torture physique et morale.
Expliquer pourquoi le film de Mungiu réalise si obstinément son projet politique en termes esthétiques ne sera pas facile. Mais cette ténacité est ce qui fait son courage, ce qui résiste en lui à tous les procès, et lui donne, par-delà toute idéologie, son statut exemplaire.

Jacqueline Nacache

• 4 mois, 3 semaines et 2 jours (4 luni, 3 saptamini si 2 zile), Roumanie, 2007, 1 h 48. Réal. : Cristian Mungiu. Sortie : 29 août 2007. Documentation, http://www.crdp-nice.net/ cannes 2007/film_4_mois.html