jeudi 12 juillet 2007

Visite éclair de Nicolas Sarkozy en Algérie : entre pillage planifié et immigration choisie

Nicolas Sarkozy a déclaré être venu à Alger pour écouter « les conseils avisés » du président Bouteflika sur le projet du président français de créer une union méditerranéenne. Paris voudrait travailler avec des pays comme la Tunisie, l’Algérie, l’Egypte et la Libye pour donner corps à son projet afin de déverrouiller les réticences espagnoles, italiennes et apaiser les doutes de l’Allemagne.

La France
entend jouer un rôle diplomatique moteur en Europe et en Méditerranée pour contrecarrer les avancées américaines et russes. Nicolas Sarkozy vise également, à travers son initiative, à empêcher la Turquie, pays majoritairement musulman, d’adhérer à l’Union européenne (UE). Là, il y a un problème : l’Algérie est-elle favorable à l’adhésion de la Turquie à l’UE ?



Les crimes du colonialisme

La réponse du chef de la diplomatie algérienne, M.Medelci, au refus clair du président français de reconnaître les crimes du colonialisme marque une nette reculade. « Si nous n’oublions pas le passé, écrit ou non écrit, nous ne devons pas, et pour cause, l’effacer. S’il est clair qu’il est attendu que nous nous projetions tous vers le futur, il est tout aussi clair que nous n’oublions pas ce passé ».

Il est visiblement plus question de réitérer l’exigence, exprimée publiquement par le président Bouteflika, de demander des excuses pour les crimes de l’armée coloniale. « Je viens ici ni pour blesser ni m’excuser (...). Je respecte l’Algérie pour ce qu’elle est, son histoire, ses hommes d’Etat. Je souhaite seulement que la France soit considérée de la même façon », a déclaré M.Sarkozy à Alger


Histoire de business

Mais nombre de commentateurs vont droit au but : Nicolas Sarkozy est parti à Alger pour parler business. « L’Algérie est en effet un pays qui s’enrichit à grande vitesse, notamment grâce aux revenus des hydrocarbures : quatrième exportateur de gaz, derrière la Russie, le Qatar et la Norvège, l’Algérie est un partenaire incontournable. Le pays a apuré toutes ses dettes et dispose de quelque 80 milliards de dollars de liquidités, soit la dixième réserve mondiale de devises (...). La France doit mettre les bouchées doubles si elle veut devenir un partenaire de premier ordre de l’Algérie », écrit un journaliste de Challenges.
Sarkozy a déclaré mardi soir à Tunis que le renouvellement des contrats d’approvisionnement à long terme de Gaz de France en Algérie était « bien parti ». « C’est un point très important pour nous. Parmi les producteurs de gaz, vous avez la Russie, l’Iran, le Qatar, où rien n’est libre jusqu’en 2009. Et donc, tout ça c’est quand même assez sérieux », a-t-il soutenu.

Beaucoup de bruit pour rien

L’Algérie a, une nouvelle fois, exprimé le souhait que ses ressortissants voulant se rendre en France voient leur obtention de visas facilitée. Paris a promis de rendre plus aisé l’octroi de visas d’affaires aux Algériens et de rouvrir en septembre son consulat général d’Oran, fermé depuis plus de dix ans. Le 4 juin 1958, du haut du balcon du gouvernement général d’Alger, de Gaulle avait lancé à une foule en liesse un vibrant : “Je vous ai compris !”. Son cri laissait croire qu’il était résolu à ce que l’Algérie demeure française ; la suite de l’histoire n’avait laissé aux colons que d’amères désillusions.

Bref, si on fait un premier bilan de cette visite éclair force est de constater qu’elle n’a pas débouché sur des résultats probants, si ce n’est l’annonce d’une nouvelle visite – d’Etat cette fois – en novembre prochain, qui devra produire des résultats “concrets et tangibles”.


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